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contes

  • La vierge froide et autres racontars – Jorn Riel

    La-vierge-froide-et-autres-racontars.jpgPourquoi pas une autre série de racontars ? Voilà ce que je me suis dit devant le rayonnage de la librairie. J’avais envie de retrouver le caractère unique de ces nouvelles qui ont fait la renommée de Jorn Riel. Ce n’est pas tant qu’elles sont extraordinaires. Stylistiquement parlant, difficile d’être ébloui, de même parfois pour le reste d’ailleurs. C’est juste qu’elles sont singulières et plaisantes. A même de faire passer un bon moment, même si elles sont inégales et plutôt simples.

    Singulières donc par leur univers : le Groenland, monde froid et hostile. L’île est essentiellement habitée par des hommes qui se débrouillent dans des conditions de vie extrêmes pour survivre, bien entendu aux conditions météorologiques, mais aussi aux tâches ingrates du quotidien, à l’absence de femmes et de distractions, à la solitude donc, également liée à l’éloignement géographique les uns des autres sur cette île à très faible densité de population. Comment faire donc si ce n’est essayer de mettre un peu d’inventivité et de poésie dans leurs histoires, dont le point de départ est souvent l’arrivée d’un visiteur en transit, dans cette sorte d’enfer.

    Quelque fois on sourit donc de ces mésaventures, on prend l’habitude de connaître les personnages récurrents comme l’impayable Valfred ou d’autres. Rien de génial, juste des histoires donc, des contes plus ou moins réussis. Certains racontars sont des délices de rocambolesque, comme « Le dressage d’un lieutenant » ou comment rabattre son caquet à un petit chef ignorant des réalités quotidiennes de ces hommes, ou encore « De joyeuses funérailles » quand la mort et la fête cohabitent dans un imbroglio sans nom. D’autres sont assez tristes, gorgées de solitude, comme « Le roi oscar » et son quiproquo meurtrier, « Alexandre » ou le coq comme fidèle compagnon, « Tournée de visites ». Il y en a aussi des pas très convaincantes comme « Le vent du Sud-est » sur le manque de sexe, « Le tatoueur » débarqué sur l’île avec son matos pour faire des ravages.

    Ces racontars sont atypiques et font passer un petit moment sympathique. 

  • La malédiction du lamantin – Moussa Konaté

    lamantin.jpgUn polar malien qu’est ce que ça peut bien donner ? C’est avec entrain et  curiosité que je me suis plongé donc dans mes premières aventures avec le commissaire Habib et le jeune inspecteur Sosso. Et je dois avouer que mon avis est plus que mitigé.

    L’intrigue se déroule donc à Kokrini, près de Bamako, dans la communauté des Bozos. Après une nuit d’orage exceptionnellement violente, le corps du chef Kouata et celui de sa coépouse Nassoumba sont retrouvés au matin. Ont-ils réellement été foudroyés par la volonté du génie Maa le lamantin, divinité protectrice des Bozos ? Si oui pourquoi ? C’est l’occasion pour le commissaire Habib et son apprenti de pénétrer dans l’univers culturel des Bozos. Au menu, l’apprentissage des mythes fondateurs de cette ethnie de pêcheurs, la rencontre avec leurs croyances et leurs coutumes. Il y a bien dans le passé des Bozos une histoire qui permet de donner corps à la croyance à la vengeance du Dieu lamantin dans l’affaire qui occupe notre duo d’enquêteurs.

    C’est le point fort du polar à la sauce Moussa Konaté, ce côté exploration culturelle. On y apprend beaucoup sur les Bozos et plus généralement sur la société malienne. Le conflit intergénérationnel et même celui entre modernité et tradition sont ainsi bien présents. Au nom du respect des aînés, on essaie d’empêcher le commissaire de mener son enquête. On n’hésite pas non plus à critiquer sa rationalité, son refus d’adhérer aux croyances communes, de ne pas s’écraser devant la chape du contrôle social. Le personnage de Sodjè est aussi symbolique d’un courant qui traverse les pays de l’Afrique noire, à la recherche d’une certaine authenticité, d'une traditionnalité. Quelques passages révèlent aussi la corruption par exemple, ou encore la coexistence de la religion musulmane avec l’animisme, les séquelles du choc de la rencontre avec l'occident.

    Malheureusement cette immersion en milieu Bozo et au Mali souffre de nombreux défauts. D’abord le ton didactique de Moussa Konaté. Si on peut s’en accommoder étant donné qu’il explique une autre culture, force est de reconnaître qu’il donne un côté un peu professoral et peu seyant au polar. Plus généralement, c’est le ton même des conversations entre certains personnages qui donne au livre une certaine lourdeur ou un aspect factice. C’est d’autant plus dommage que le commissaire Habib, le jeune inspecteur Sosso ou d’autres personnages ont parfois des profils simplistes.

    A cela j’ajoute aussi que l’enquête même de la malédiction du lamantin souffre également de quelques défauts. Ce n’est pas grave que le suspens soit diffus, ce que compense le côté ethnographique. En revanche, le rythme du livre est assez inégal, parfois mal maîtrisé et l’enquête est bouclée avec une facilité relative. Elle peut même sembler bâclée.   

    Au final, la malédiction du lamantin me laisse quand même sur ma faim. A voir si je me laisse tenter par d’autres aventures du commissaire Habib, mais c'est mal barré. 

  • Le vicomte pourfendu - Italo Calvino

    vic_pourf.jpgLes contes philosophiques ne courent pas les étagères des librairies. En voici un de qualité. Calvino démontre avec aisance une maîtrise de ce genre voltairien. Avec beaucoup  d’imagination, il crée des personnages fantasques et un univers onirique sur lequel s’imprime l’incroyable histoire du vicomte Médard de Terralba. Ce noble guerrier se retrouve coupé en deux lors d’un combat, ses deux parties vivant séparément, l’une faite que de bonté, l’autre de méchanceté. C’est une petite réussite de simplicité. Le récit fait par un enfant ne manque pas de drôlerie et délivre une philosophie simple mais profonde. Il y a quelque chose d’aussi terrible dans l’extrême bonté que dans la cruauté.