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création

  • Le maître du jugement dernier - Léo Perutz

    maitre du jugement dernier.jpgLe célèbre comédien Eugène Bischoff se donne la mort dans sa demeure à Vienne, en 1909 après avoir donné un concert chez le Baron Von Yosch. On accuse le baron Von Yosch de l’avoir poussé au suicide en lui révélant de mauvaises nouvelles sur sa carrière et sur ses finances. Ceci pour renouer des liens amoureux avec son ancienne amante Dina qui est l'épouse du comédien. Décidé à prouver son innocence, le Baron, aidé par Solgrub un ingénieur, se lance dans une enquête dont le but est de relier le cas d'Eugène Bischoff à celui de deux jeunes qui se sont également suicidés. 

    Il ne faut pas se laisser tromper par les allures de roman policier de l'ouvrage, le maître du jugement dernier est plus que cela. Si Léo Perutz use d'un art consommé du suspens jusqu'à un dénouement inattendu, s'il promène le lecteur dans cette enquête mystérieuse qui progressivement fait part grande au fantastique, c'est pour mieux l'interpeller sur des thématiques liées à la création artistique et à l'art. Le thème s'impose au lecteur captivé qui voit le psychologique se mêler au mysticisme et au policier.

    La vraie question n'est pas tant de savoir qui a tué Eugène mais de savoir pourquoi il est mort ? Dans une atmosphère angoissante, Léo Perutz pose des questions relatives à la nature et au déclin de l'artiste, au manque d'inspiration, à la recherche de sources de création, au talent entre autres. Le livre est sobre, intelligent et marqué de la griffe de l'auteur. Tout au long du livre la vérité est là, cachée, comme pour taire le malheur d'un homme finalement vaincu par ce qu'il a de plus intense, de plus précieux et de plus insaisissable en lui.

    Très bon.

     

  • Exemplaire de démonstration - Philippe Vasset

    vasset_exemplaire_demonstration.jpgDans ce livre, Philippe Vasset imagine le Scriptgénérator, une machine à inventer des histoires déclinables en livres, films, jeux vidéos etc à partir d’une très grande base de données, riche de toutes les productions passées et présentes. A l’ère du tout multimédia, de la consommation culturelle à tout va, peut-on imaginer arme plus fatale ?

    En chapitres courts et incisifs, en points précis et détaillés, dans le plus pur style argumentaire commercial, l’auteur donne vie à sa machine et explique toutes ses potentialités. L’ironie est explosive derrière le sérieux du propos. Le scriptgénérator n’est rien d’autre que la mort de l’art et plus particulièrement de l’écrit. Phillipe Vasset a enfanté un monstre qui personnalise les vices que la loi économique, le marché, la course infernale à la rentabilité essaie d’imposer au secteur original et risqué de la culture et de la création. Chaque ligne de ce panégyrique à l’égard de la merveilleuse machine révèle les enjeux de la culture à l’heure de la mondialisation, de l’ultra-libéralisme et  du conformisme. Comment échapper au formatage des œuvres, au nivellement par le bas, aux auteurs, à leurs fantaisies, leur imprévisibilité ? Le scriptgénérator est une machine à fabriquer de la soupe en s’affranchissant de tout ce qui fait l’essence de l’art. Cette machine se propose de faire de l’art, de la création, rien de plus, rien de moins que de la matière première, et de devenir par là même, la créatrice de valeur ajoutée, de productivité, remplaçant le créateur.

    Cet exercice d’idées, convaincant et réussi, est émaillé en revanche de chapitres qui se veulent être l’illustration de ce que peut faire la fameuse machine. C’est pourtant là le point faible du livre, un bémol non négligeable. L’illustration du travail de la machine est plutôt raté et ennuyeux, et peu représentatif de ce que donnerait la machine en accord avec ses principes de fonctionnement. On pourra toujours objecter que nous ne savons rien de la programmation de la machine et de ce qui est attendu par son utilisateur actuel, mais l’argument me paraît faible devant le résultat. Ces pages intercalaires entre les descriptions du scriptgénérator ne provoquent très rapidement que l’envie de les ignorer. Fort heureusement, elles bénéficient d’un artifice qui pousse le lecteur à poursuivre. Ajoutons aussi que l'idée de l'utilisation des matières premières souffre aussi d’un impact finalement réduit.

    Un livre assez original et pertinent dans ses réflexions mais qui souffre finalement de son concept narratif.