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désillusion

  • Tout doit disparaître - Benoît Duteurtre

    tout doit disparaître.jpgLe personnage principal de ce livre est un naïf, un doux rêveur un peu inadapté à notre société contemporaine de communication et de consommation. Si au début il se croit artiste, un être exceptionnel, à part, un musicien, très vite, il déchante et à défaut de réaliser son rêve, essaie de s'en rapprocher en se lançant dans le journalisme musical. C'est peu de dire que la désillusion est totale et que le héros découvre que le réel ça cogne -cf. Lacan.

    Les mésaventures qui arrivent à ce personnage sont souvent drôles et pathétiques - les deux semblent d'ailleurs inséparables chez l’auteur. Il essaie de percer dans le milieu de la presse mais chute inexorablement dans la presse féminine, les faits divers et même dans la presse porno...Le trait d'humour est forcé pour dépeindre au vitriol les réalités, les logiques de ce métier et les personnalités qu'on y rencontre.

    Benoît Duteurtre vise le paraître, la communication qui ont envahi nos existences à différent niveaux. Il est léger en abordant les problèmes du quotidien, les petits riens qui nous ridiculisent, nous rabaissent et nous forcent à nous compromettre. Le ton est désabusé, un peu mélancolique tout en étant agréable. Tout doit disparaître n'est pas de la grande littérature et peut parfois sembler trivial mais c'est un livre distrayant, qui sait se moquer avec détachement de choses que nous prenons nous parfois trop au sérieux, et ce n'est pas grave si au final on l'oublie assez rapidement.

     

     


  • Quel bonheur ! - Gila Lustiger

    quel bonheur.jpgC'est le portrait terrible d'une femme au foyer de la classe bourgeoise, que l'ennui ronge jusqu'à la crise de nerfs, à l'inevitable explosion. Elle a tout pour être heureuse, cette privilégiée: une femme de ménage qui la dispense de travail domestique, un mari qui subvient à tous ses besoins matériels, qui ne rechigne pas à jouer aux amoureux, une petite fille un peu gâtée, censée la combler avec l'amour maternel et la nécessaire activité d'éducation. Quel bonheur n est ce pas ?

    Sauf que A. est quelque part prisonnière de ce cadre doré qui lui est mortifère. Elle essaie de calmer par le shopping, la critique de la femme de menage, le regime, l'écriture, etc ses pulsions violentes générées par l'ennui. Rien n'y fait. Elle va glisser subrepticement vers des abîmes et même l'adultère n'y changera rien. Il y a un vide, une superficialité chez cette femme qui risque de l'engloutir chaque fois qu'elle se laisse aller à l'introspection. Et ce ne sont pas les préjugés, le mépris, la fausse intelligence qui vont la sauver.

    Gila lustiger est cruelle avec ce personnage, elle critique avec violence un modèle bourgeois proche de la caricature, obsédé par l'argent, l'apparence, grignoté par le néant et le ridicule. Tous les personnages qui gravitent autour d'A, du mari, affreux capitaliste conservateur à l'enfant gâté en passant par les parents très traditionnels subissent le trait moqueur et et rageur de Gila Lustiger. Elle en veut visiblement à ce modèle qui a fait l'Allemagne moderne, qui a determiné ces couples qu'elle fustige dans ce livre, avec un certain succès parce qu'on a une véritable aversion et de la pitié pour les personnages, pour A.

    La forme des chapitres, courts, permet de tasser un sentiment de longueur même si parfois on ne peut s'empecher d'être gagné par la vacuité du personnage - qui contamine le roman - et de se demander si cela meritait tant de temps et de talent. Surtout que le personnage de A, peu original, a déja été traité un certain nombre de fois sous ce même angle. Notons aussi que cet archétype sur lequel gila lustiger tape n'est plus le modèle dominant ou en tout cas est menacé de declin. En conclusion, que de férocité pour décrire une femme finalement perdue dans un modèle dont la prédominance et la pertinence sont remises en question à notre époque. Moyen.