Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

désir

  • Rêves de garçons – Laura Kasischke

    reves-de-garcons-2561-250-400.jpgC’est l’été de ses dix-sept ans que raconte Kristy Sweetland. Celui qui a marqué la fin d’une époque pour elle, alors qu’à priori il n’avait rien de singulier. Quelque part dans le Midwest américain, elle a séjourné en compagnie de sa meilleure amie dans un camp de vacances pour effectuer un stage de perfectionnement de pom-pom girls. Au menu, vie de groupe encadrée, exercices et grosse chaleur dans un paysage de lacs et arbres forestiers. Et puis surtout une escapade en voiture au cours de laquelle Kristy, Desiree sa meilleure amie et Kristi une autre pom pom girl rencontrée sur place, vont croiser la voiture de deux jeunes hommes.

    Incipit du roman, cette rencontre fortuite entre ces jeunes filles et ces jeunes hommes sert de filigrane jusqu’au dénouement. Qui sont ces deux jeunes hommes qui ont suivi les trois filles qui les ont finalement semés ? Se peut-il qu’ils les aient retrouvées et qu’ils traînent maintenant autour du camp ? Qu’attendent-ils alors au juste ? Quels sont leurs plans ? Se peut-il que les puériles provocations sexuelles des filles lors de cette rencontre leur aient donné des idées ? L’ombre de ces deux jeunes hommes, potentiels agresseurs et poursuivants, permet à Laura Kasischke d’introduire et d’asseoir un climat de tension diffuse, de menace omniprésente, de voyeurisme qui fonde partiellement l’intérêt du livre. Une peur sourde grandit progressivement parmi les principaux protagonistes du roman et installe une atmosphère d’inquiétude qui ne faiblit pas. L’imminence d’une catastrophe est annoncée et habite autant le lecteur que les héroïnes.

    L’ambiance du livre est une réussite qui malheureusement génère également un suspens et une forte attente qui peut être déçue par la conclusion du livre. Disons-le d’emblée, celle-ci n’est pas à la hauteur du roman et l’affaiblit légèrement même si l’essentiel est indéniablement ailleurs. Rêves de garçons n’est pas un thriller, mais bien une plongée dans l’adolescence en général et en particulier dans celle d’une jeune fille de la classe moyenne de l’Amérique ordinaire. Laura Kasischke arrive à restituer avec justesse cette période charnière avec son lot d’interrogations, d’hésitations, d’angoisses.

    Kristy, la narratrice, est une jeune fille qui semble avoir en main les bonnes cartes sans pour autant arriver à se décider sur son jeu. Belle fille, plutôt intelligente, dégourdie, populaire et attachée à des valeurs morales traditionnelles, elle a fait de Desiree, son exact contraire, sa meilleure amie. Laura Kasischke explore ainsi le jeu classique des amitiés adolescentes basées sur l’envie, le désir, l’esprit de bande, la haine commune et une certaine cruauté. Elle analyse en creux du discours et des souvenirs de Kristy, la naissance d’une adulte, précipitée par l’épisode singulier de cet été pas comme les autres. Rêves de garçons est le récit d’une glissade à côté d’une existence programmée.

    L’écriture de Laura Kasischke est fluide, au plus près des sensations, des émotions de son héroïne. Elle arrive à porter l’intensité des expériences et du ressenti de la période adolescente tout en ménageant le suspens et en portant une atmosphère d’inquiétude bien spécifique.

    Pour moi, une première rencontre agréable mais pas renversante avec Laura Kasischke. Il manque malgré tout à Rêves de garçons, un je ne sais quoi pour sortir du lot et marquer le lecteur.

  • La mécanique des femmes - Louis Calaferte

    la-mecanique-des-femmes.jpgCalaferte est ambitieux avec la mécanique des femmes en souhaitant parler du désir des femmes, de leur point de vue. Il s’y emploie dans une forme différente, un patchwork d’impressions, de pensées, de dialogues, de courts chapitres, de poésies, destiné à évoquer le sexe au féminin.

    Il est direct, cru, parfois obscène, vulgaire mais là n’est pas tant le problème de la mécanique des femmes car ce langage n’est pas étranger au sexe et forcément réservé aux hommes. La mécanique des femmes est surtout un livre manqué parce qu’il n’échappe pas à certains écueils fatals.

    A la lecture, on se rend d’abord compte que Calaferte ne parle que d’un certain type de femmes, effleurant parfois seulement la grande diversité des autres. Il rate donc le coche en se focalisant sur ces femmes nymphomanes, désespérées, prostituées ou troublées. La mécanique donc de certaines femmes ? Oui, et encore pour ce qui est de la mécanique, le choix narratif éclaté et les différentes formes d'écriture provoquent une certaine discontinuité qui affaiblit parfois le livre.

    Les pages tournent et on comprend que l’échec flagrant de Calaferte est également de ne pas avoir réussi à dépasser un abyssal ennui né de la répétition - peut-être quelque chose d'intrinsèque au sexe. Ce livre a en fait les défauts du porno, après quelques scènes, on est lassé, épuisé par la banalité et les limites des ébats.

    Décevant.

     

     

  • Bruits du coeur - Jens Christian Grondahl

    bruits du coeur.jpgC'est une histoire autour de l'amour et du désir, un livre sur le coeur et ce que disent, ce que cachent ses battements. Jens Christian Grondahl s'appuie sur une histoire d'amitié forte entre le narrateur et Adrian pour explorer diverses variations de la musique du muscle vital.

    Au fur et à mesure qu'il dévoile cette amitié complexe et intrigante, se révèlent deux vies différentes et torturées qui illustrent plusieurs facettes des thèmes classiques de l'amour, du désir et du désir mimétique. Ce sont deux vies entières, qui se frôlent, se touchent, s'éloignent, s'emmêlent, de l'enfance à la maturité, qui défilent dans un tourment captivant d'émotions et de sentiments, de choix, de chutes et d'ascensions qui usent progressivement les coeurs. Les personnages secondaires et les rebondissements viennent pourtant relancer à chaque fois les coeurs et l'intérêt du lecteur, propulsant le livre vers le dramatique.

    Nous avançons dans nos vies en nous livrant souvent aux aléas de démons changeants et avides qui ont élu domicile dans nos coeurs. Plutôt que de raconter le livre, je préfère insister sur le bonheur de lecture. C'est une réussite par sa tonalité mélancolique, sa profondeur triste qui séduisent spontanément d'autant plus que le style est un mélange réussi de limpidité et d'intensité. Il y a un vrai travail d'écriture et de création qui appuie et bénéficie à la fois du solide matériau de l'intrigue, de la finesse dans l'analyse psychologique de Jens Christian Grondahl, des personnages à fort vécu, avec un stock conséquent d'histoires, de surprises.

    On tient là un bon livre, très convaincant dans la forme comme dans le contenu. L'auteur cherche avec nous à comprendre à travers ces vies qu'il expose, les bruits, les mouvements profonds du coeur. Juste et plaisant.