Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

déviance

  • Le vampire de Ropraz – Jacques Chessex

    vrp.jpg

    1903. Ropraz, coin perdu de Suisse romande. Quelques jours après son enterrement, la tombe de la jeune et jolie Rosa Gilliérion, la fille d’un notable, est profanée. Le crime est horrible, nécrophilie, anthropophagie, mutilation. La petite bourgade est en émoi. D’autant plus que dans un délai relativement court, deux autres cadavres de jeunes filles sont victimes des mêmes atrocités. Le mythe du vampire s’installe rapidement et la recherche du coupable occupe tous les esprits.

    Jacques Chessex a une écriture épurée et sèche qui fait mouche. Elle s’efface pour laisser le pouvoir brut des faits toucher le lecteur. La violence et l’horreur imprègnent les pages à coups de descriptions brèves, cliniques. Il y a une justesse des mots qui installent rapidement le décor, l’ambiance et le contexte dans lequel se développe ce fait divers. Jacques Chessex dit la solitude, la rudesse de la campagne, de ces endroits perdus où la promiscuité, l’ennui, le grégarisme font un mélange peu gouteux d’alcool, de froid, de jalousie, de suspicions, de violences.

    Alors quand surgit une affaire comme celle du vampire de Ropraz, il faut un bouc émissaire. Au secours René Girard. Vite. Ce sera donc Charles Augustin Favez, le vampire tant recherché. Un peu simple d’esprit, ce jeune homme qui s’adonne à des actes de zoophilie apparaît comme le coupable idéal. Il sera condamné à la réclusion à perpétuité et ce en dépit de l’intervention d’un psychiatre qui s’attache à comprendre ce cas particulier et à le sauver d’une injustice.


    Dans cette deuxième partie du livre, Jacques Chessex montre les mécanismes de rejet, de colère et de violence du village qui veut son coupable et sa vie. Sous les yeux du lecteur, le déchaînement des passions est palpable. Jacques Chessex présente aussi l’autre face de ce mouvement en la personne de cette étrange femme qui est attirée par celui qui est rejeté, mais aussi par le monstre, l’odeur de souffre et de sang. En parallèle, il déroule l’enfance, l’existence de Charles Augustin Favez qui se révèle avoir été placée sous les plus mauvais auspices. Maltraitance, exclusion, perversité, pauvreté et bien d’autres calamités vont traumatiser à jamais celui dont à aucun moment on n’est sûr de la culpabilité.


    Le vampire de Ropraz est un plus qu’un récit de faits divers intéressant. Il dispose d’une force liée au style de Jacques Chessex et aux mythologies, aux mécanismes sociologiques, psychologiques qu’il met en œuvre. Il est juste dommage que la fin du livre, dans laquelle l’auteur laisse libre cours à son imagination, ne soit pas vraiment convaincante, un peu artificielle. Cela ne porte pas trop atteinte à la qualité de l’œuvre dont la lecture est vivement recommandée.

     

  • Contes de la folie ordinaire - Charles Bukowski

    cdlfo.jpgCe qu’il y a d’incroyable et de fascinant dans les livres de Bukowski, c’est ce détachement total par rapport à ce qu’est la vie moderne et la morne réalité de l'individu lambda. Charles Bukowski est passé à un moment de l’autre côté de la ligne qui semble définir la limite de la classe moyenne et de sa morale. Le point de non retour. 

    Il est devenu un clochard, un marginal, un de ces êtres qui effraient le badaud lorsqu’il le croise dans la rue ou dans tout autre endroit que dans un livre. Il vit dans un autre monde. Pour lui, il n’y a pas de réalité hors de l’alcool, du sexe, de la violence et pourquoi pas d'un peu d’écriture. C’est sa façon à lui, moqueuse et nihiliste de se foutre du monde et des hommes depuis là-bas, son QG dans la fange. Il jette à la face de tout un chacun, son langage ordurier, son univers glauque, ses histoires démentes et proclame indirectement la faillite du monde contemporain et en dénonce les illusions.

    Il y a parfois une poésie âpre et acide qui se dégage de ce livre, une sensation de dévastation intérieure totale due à une puissance déchue, broyée. Sacré personnage, pense t-on, même si finalement, cette répétition brute et pas toujours maîtrisée de sexe, de violence et de merde peut lasser dans la mesure où Bukowski est assez répétitif, totalement mégalomaniaque et parfois inconsistant. Il y a par moments un manque de qualités que ne peut totalement compenser cet univers unique. 

    Bukowski...