26.11.2009
Fournaise – James Patrick Kelly
Sur Walden, Les pompiers luttent contre les incendies volontaires allumés par les Pukpuks. Ces derniers, véritables martyrs, se transforment en torches humaines pour réduire en cendres les forêts de cette planète. Pourquoi ? Parce que les Pukpuks sont les habitants originaux de cette planète qui est devenu le lieu d’une utopie de type pastorale. Walden est un monde qui fait l’apologie de la simplicité, de la vie agricole, qui vénère d’une certaine façon la forêt et la nature, qui refuse le progrès technologique et essaie de rester fidèle à ce qu’étaient les hommes à l’origine. Car assez rapidement on comprend que les hommes se sont répandus dans les étoiles – les mille mondes – et se sont délestés de leur corps, ont essaimé en civilisations bien éloignées de ce que nous connaissons.
Fournaise est un livre raté qui ne tient pas les promesses entrevues à la lecture, ni celles de la quatrième de couverture dithyrambique. Il est très intéressant que James Kelly se soit inspiré de Henry David Thoreau pour imaginer Fournaise. C’est un hommage à cet écrivain qui prône le retour à la terre, à la simplicité et à la révolte solitaire contre l’injustice et dont l’œuvre majeure donne le nom à la planète du livre –Walden ou la vie dans les bois. Cependant à la lecture de Fournaise on reste sur sa faim en ce qui concerne l’utopie de cette planète. L’univers de Walden n’est pas vraiment décrit, on en sait un peu sur son histoire mais pas assez, il en est de même de son fonctionnement et de son environnement qui restent trop flous. Quant aux idéaux qui président ce monde, ils restent aussi assez sommaires.
Il est dommage que la révolte des Pukpuks ne soit pas mieux exploitée et plus développée, dommage que l’humanité qui réside dans les mille mondes soit aussi peu explicitée, saisie. En fait on a l’impression que James Patrick Kelly pose les bases du roman et passe à autre chose. Et cet autre chose est ce qu’il y a de moins intéressant dans le roman, c'est-à-dire une intrigue banale sur Spur l’un des pompiers qui rencontre fortuitement le Haut Gégoire de L’ung, un personnage de l’en haut, des mille mondes, qui veut découvrir Walden.
L’idée de ce mioche, le Haut Gégoire de L’ung, est mauvaise et parasite le livre dans la mesure où le personnage n’est ni drôle, ni intéressant et ne permet finalement pas de savoir grand-chose de l’en haut, ni d’apporter un regard réellement différent sur Walden. Il n’aide pas vraiment non plus à approfondir la quête de sens et de vérité de Spur sur son monde et sur la révolte des Pukpuks à laquelle sont mêlés ses proches. Tout ceci s’enchaîne sans conviction, avec trop de facilité et peu de crédibilité. En plus, à l'exception de Spur et dans une moindre mesure de son épouse, les personnages sont creux.
Fournaise est un mauvais roman de science fiction malgré une idée originale qui n’est pas bien exploitée. Prix Nebula de la nouvelle 2007. Ah bon ?
21:59 Publié dans Littérature Américaine, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : utopie, dystopie
17.09.2009
Kirinyaga – une utopie africaine - Mike Resnick
Kirinyaga est un recueil de 8 nouvelles encadrées par un prologue et un épilogue, rédigé par Mike Resnick pendant une dizaine d’années et multi récompensées par les prix de référence de la littérature de science-fiction (Hugo, Nebula).
Elles parlent toutes d’une utopie mise en place par Koriba, un intellectuel Kenyan d’origine Kikuyu. Bien qu’il ait fait ses études dans les plus grandes universités anglo-saxonnes, ce dernier rejette l’occidentalisation du Kenya, qui en ce vingt deuxième siècle est devenu un univers sur urbanisé, pollué, envahi par la technologie, dont la faune a disparu. Koriba aspire donc à revenir au mode de vie traditionnel, ancestral des Kikuyus, avant que n’arrivent les occidentaux. Ce rêve devient réalité avec l’aide de l’administration Kenyanne qui autorise la fondation de la colonie utopique de Kirinyaga, une petite planète terraformée, qui porte le nom du mont Kenya à l'époque où y siégeait encore Ngai le dieu des Kikuyu. Sur Kirinyaga, Koriba est le Mundumungu, sorcier et autorité morale en charge de préserver cette utopie et de maintenir le mode de vie traditionnel des Kikuyus.
Kirinyaga est un ouvrage qui permet d’apprendre beaucoup de choses sur ce peuple Kenyan et ses traditions. Mike Resnick reconstitue le mode de vie pré colonial des Kikuyus. Chaque nouvelle permet de découvrir des coutumes, des mythes, mais aussi l’organisation sociale, l’articulation de la vie communautaire au sein de ce peuple, etc. Il fait revivre également la tradition orale des Kikuyus en truffant chaque nouvelle de contes traditionnels qui sont des outils d’apprentissage de l’existence, de transmission de sagesse pour ce peuple, de divertissement aussi, et un régal pour le lecteur.
A travers Kirinyaga, Mike Resnick mène en fait une brillante réflexion sur l’utopie. C’est l’un des propos majeurs de ce livre. Qu’est ce qu’une utopie ? Quand est-elle réalisée ? Comment la pérenniser ? Peut-elle évoluer ? L’utopie de(s) l’un(s) est-elle celle des autres ? Quelle place pour le monde extérieur dans une utopie - question d’autant plus primordiale à une ère de l’accès, du transport et de la communication, de la modernité ? Chaque nouvelle confronte Koriba à ces questions et montre ses différentes tentatives pour maintenir l’utopie Kirinyaga devant les assauts de la modernité. A un moment ou à un autre, le changement survient, la technologie s’infiltre, le savoir se métamorphose, le doute s’installe, la cohérence culturelle s’effrite. Et des questions spécifiques, propres à cette utopie africaine émergent.
Kirinyaga reproduit en quelque sorte le choc des cultures qui a eu lieu au moment où l’occident est entré en contact avec l’Afrique. Et à la suite reprend en toute logique des thématiques chères à la littérature et à la réflexion Africaines profondément marquées par ces évènements (cf. L’aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane, Le monde s’effondre de Chinua Achebe ou encore d’autres). La problématique qui mène Koriba à la création de Kirinyaga est celle d’une grande partie de l’Afrique depuis son contact avec l’occident. Quelle place pour les traditions dans la culture moderne ? Comment être africain et pas seulement un occidental noir ? Comment ne pas se perdre ? Quoi prendre dans la culture de l’autre tout en préservant la sienne ? Comment ne pas céder devant la prouesse, la magie de la technologie ? Comment se réapproprier sa propre histoire et sa propre culture sans édulcorant, sans idéalisation et sans retour en arrière ?
La volonté de préserver l’utopie Kikuyu ouvre la voie à la tentation tyrannique chez Koriba. Ou comment l’utopie glisse vers la dystopie et comment Kirinyaga offre aussi le portrait d’un fanatique culturel, d’un extrémiste obscurantiste et d’un intellectuel fourvoyé. Au choix. Koriba est dépassé de toutes parts par les forces du changement, quand une petite fille apprend à lire et écrire quand des étrangers arrivent sur Kirinyaga, quand la médecine moderne vient le contredire, quand la vacuité de cet univers immobile et immuable ankylose une partie de la jeunesse, etc. Il sait que tout est dans la cohérence d’une culture et est prêt à tout pour conserver celle des Kikuyus.
Plus originale encore, la possibilité de voir aussi dans Kirinyaga, une utopie non seulement africaine mais aussi occidentale. Ce Kenya que rêve Koriba, est aussi celui dont rêvent les touristes occidentaux. Faune, flore, exotisme, recul technologique, étrangeté culturelle, peut-être même barbarie. Kirinyaga peut-être le rêve de touristes ou d'immigrants à la recherche d'authenticité, d'originalité, de différence, de choc. Il faut dire qu'une grande partie de l'Afrique se reconnaîtrait plus dans le rôle du fils de Koriba, un kenyan occidentalisé que dans celui dans lequel le rêve de Koriba tente de l'emprisonner.
Kirinyaga est une œuvre forte, dense et profonde qui ouvre la porte à un vaste champ de réflexions. C’est aussi un livre magnifique, empreint de beauté, de tristesse, de mélancolie, de solitude, car c’est le livre d’un monde, d’une foi, d’un homme qui meurent tout en étant celui de forces d’espoir, de connaissances, de changements qui ne cessent de chercher la voie pour éclore. Kirinyaga est un chef d’œuvre dont je recommande particulièrement la nouvelle Toucher le ciel.
15:11 Publié dans Littérature Américaine, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : utopie, colonisation, dystopie, afrique
19.06.2009
Nous, autres - Eugène Zamiatine
On pourrait voir dans ce livre, une critique du communisme, ce serait une lecture insuffisante, appauvrissante de Nous autres. Ce livre est bien plus que cela, une œuvre phare, une sorte de dystopie originelle dont la richesse des thèmes et des idées a irrigué les œuvres majeures de la littérature d’anticipation de 1984 au Meilleur des mondes.
Le monde que décrit nous autres par le biais du journal de son narrateur D-503 est celui de l’uniformisation et de l’indistinction, de la banalité de l’être humain réduit à l’espèce, hors de toute individualité – considérée comme source de désordre et de malheur. Tout est mis en place, régulé par la raison, la logique scientifique et mathématique afin de mener à un bonheur stérile et stéréotypé qui nie l’existence de l’être et de la personnalité. Ceci au nom du bonheur évidemment. Ici sont posées avec subtilité et intelligence beaucoup d’interrogations qui sont souvent éclipsées dans cet univers dystopique. Le bonheur est-il le but de l’être humain et de l’humanité ? L’individualité est-elle une menace pour la société, pour son harmonie ? La raison, la science sont-elles aussi fiables, objectives, raisonnables que nous voulons bien le croire ?
Eugene Zamiatine fait preuve d’une inventivité prodigieuse dans la description de son univers lisse et froid, totalitaire. De l’absence de patronymes, à la totale transparence des murs (huis clos ?), en passant par l'omniprésence du bienfaiteur (big brother ?), les gardiens, la langue "mathématique" de la raison, un peu déroutante au début l(a novlangue ?) etc. Autant d’éléments - aisément reconnaissables dans des livres ultérieurs - qui servent de points d'appui à la réflexion sur ce modèle de société.
Nous autres est une de ces grandes œuvres qui ont donné leurs lettres de noblesse à la science-fiction. C'est un avertissement donné à l’humanité, une œuvre inépuisable, riche, à relire. Il faut lui donner plus d’audience, à l’égale de ses glorieuses cadettes 1984 et le meilleur des mondes. Chef d'oeuvre.
16:31 Publié dans Littérature Russe, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie
12.06.2009
Le meilleur des mondes - Aldous Huxley
Le meilleur des mondes est une dystopie majeure, un incontournable de la littérature d’anticipation. Sa force est de décrire un univers tyrannique radicalement différent de ceux imaginés jusque là. Au-delà de la dictature politique, menacent d’autres tyrannies – prétendument molles par certains - , celles de la science, de la consommation, de l’épicurisme. La dictature du bonheur. Le meilleur des mondes est tout simplement une dystopie capitaliste, le pendant du 1984 de George Orwell. Il est réellement effrayant de lire entre les lignes du livre, des tendances actuelles du monde occidental développé qui semble tellement attiré dans le sens du roman. L’effondrement des valeurs humanistes héritées de la renaissance et des lumières ne viendra pas forcément de là où l’on croit. Le pire peut se cacher derrière le progrès et ses lumières. Un livre trop riche de problématiques actuelles pour être ignoré. Indispensable.
12:37 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie
29.05.2009
L'oiseau d'amérique - Walter Tevis
Chez Walter Tevis, il y a deux dimensions indissociables: la science-fiction et l'humain. La première ne semble toujours qu'un cadre pour mieux explorer la seconde à travers les personnages. Et les personnages, c'est ce que Walter Tevis fait de mieux. Des héros mélancoliques qui cherchent désespérement du sens après avoir déchiré le voile du réel. Dans l'oiseau d'amérique, il y a Spotforth le robot supérieur suicidaire, envahi par la condition humaine, Paul et Mary-Lou les rescapés involontaires d'une société totalitaire d'une drôle de façon. Ces héros évoluent en effet dans un cadre de dystopie original. Leur société a poussé au maximum la notion de plaisir, rejetant ainsi la culture, l'ambition, grâce à un monde d'abord servi, puis ensuite contrôlé par les robots. Ce monde hyperindividualiste meurt d'un idéal de solitude et de plaisir qui le conduit vers l'extinction dans un délire de drogue et de technologie. La comparaison au meilleur des mondes n'est pas fortuite, quelques codes de la dystopie, quelques emprunts aux réussites du genre, donnent de la matière à cette oeuvre sensible. Le terme est adéquat et réflète l'originalité de l'oeuvre. La sensibilité et la mélancolie y sont d'une rareté inégalée dans le monde de la science-fiction. Il y a dans ce livre, un surcroît d'humanité pour une découverte et une redécouverte de soi, du monde, de la culture, du savoir, du lien social. Il y a des pages chaudes et brûlantes de cette humanité un peu triste, défaite, mais si belle, volontaire dans sa marche vers le renouveau. Et évidemment, le livre, la lecture, la littérature ne sont pas innocents dans ce grand chamboulement. Bien.
13:07 Publié dans Littérature Américaine, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie
28.05.2009
Fahrenheit 451 - Ray Bradbury
C’est grâce à des œuvres comme celles-ci que la science-fiction a acquis ses lettres de noblesse et a démontré qu’elle n’avait rien à envier à la littérature générale. C’est avec une écriture recherchée, riche en images, tellement éloignée du jargon de ce style littéraire que Bradbury dessine une puissante dystopie.
Cette société aseptisée, envahie par les loisirs, la distraction, la futilité et la publicité est une vision terrifiante, extrême de la société de consommation et de loisir. Ray Bradbury a perçu avec une sensibilité hors du commun, le malaise des glorieuses années de la croissance et de la société de consommation. Il a senti ce vide qui menaçait la culture autant que la barbarie pouvait le faire. Guy Montag, son héros, est un pompier du futur chargé de brûler tous les livres afin de réduire à néant leur pouvoir de subversion sur une société trop lisse, trop plate, aseptisée. Mais que devient un agent de ce pouvoir en place quand il commence à douter et en arrive à lire ? Il devient un personnage mythique qui porte cette œuvre jusqu’à une grandiose apothéose: les hommes-livres.
Ce livre est le symbole d’une menace toujours présente, une épée de Damoclès toujours au-dessus de la civilisation: on peut recommencer à brûler les livres du jour au lendemain comme aux pires heures d’hier. Brûlant et poétique.
10:15 Publié dans Littérature Américaine, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie
14.05.2009
Demain, une oasis - Ayerdahl
Une dystopie à la francaise. Dans le futur, bien évidemment, les choses n'ont pas evolué positivement, réchauffement planétaire et individualisme, course économique ont aggravé l'état de la planète et les économies occidentales sont réduites à se lancer dans une onéreuse course à l'espace pour s'en sortir et préserver leur mode de vie et la société de consommation. Mais et l'Afrique dans tout ça ? Abandonnée comme d'habitude, son sort est pire que par le passé et elle subit de plein fouet les conséquences de ce futur sombre. Elle ne survit que grace à des humanitaires d'un type assez spécial qui ont un projet unique pour elle. C'est leur monde que le héros pénètre d'une drôle de facon avant d'être pris dans une folle mécanique.
Le mérite d'Ayerdahl est de s'intéresser à l'Afrique par le biais de la SF. C'est assez rare pour être signalé. Il en profite pour jeter à la face de l'occident, sa responsabilité dans le désastre de l'Afrique et éclairer le besoin d'aide de cette dernière. Il pointe même une menace que peu ont entrevue, une scission profonde de ce continent avec le reste du monde, histoire de créer, de suivre sa propre voie. Il y a aussi dans ce livre une sensibilisation à l'écologie et à l'humanisme par le biais de l'humanitaire, autre sujet assez rare dans la SF. Ayerdahl réussit le pari d'écrire une nouvelle dystopie qui s'appuie notamment sur cette nouvelle vache sacrée: l'humanitaire. Malheureusement, il y a quelques bémols même si le livre est une réussite.
Contrairement à ses glorieux ainés du genre - 1984, Fahrenheit 451, le meilleur des mondes, l'oiseau d'amerique...- la description de l'univers de la dystopie d'Ayerdahl est assez vague et l'enchainement qui conduit à ce futur désastreux est imprécis. Parfois, l'auteur n'arrive pas a éviter quelques écueils tiers-mondistes et se laisse aussi aller avec beaucoup d'action, ce qui a néanmoins l'avantage de donner du rythme au livre.
Bon titre et livre très intéressant.
15:21 Publié dans Littérature Française, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie, afrique
12.05.2009
1984 - George Orwell
Est-il possible de dépasser 1984 dans la création d'un univers totalitaire ? Peu de livres sont allés aussi loin dans la description d'un univers détraqué, dans la saisie de l'essence du totalitarisme à travers un roman. 1984 est un chef d'oeuvre, une dystopie terrifiante qui ouvre un champ de réflexions et de critiques tellement large que l'on ne peut que rester pantois devant tant de génie.
Parmi les multiples lectures pertinentes de l'oeuvre, il y a celle d'une puissante critique de l'univers totalitaire communiste de l'URSS de staline. Le régime oppresseur du petit père des peuples est contemporain de l'écriture du livre. Tout y est: du culte de la personne du leader et de son omniprésence inquiétante avec big brother, jusqu'à la réécriture permanente du passé en passant par la toute puissante police et la culture de la haine perpétuelle orientée vers des ennemis toujours changeants en fonction des intérêts du moment. Le livre va encore plus loin, dépasse ce cadre historique et s'avère être une dénonciation de tous les totalitarismes, ce en faisant preuve d'une inventivité pour le moins déconcertante et terrible dans l'horreur totalitaire.
Comment ne pas parler de la novlangue ? Sans aucun doute le bijou de 1984 qui mérite bien l'appendice à la fin du livre. George Orwell montre comment la manipulation de la langue, sa déformation monstrueuse peuvent transformer le réel et faire des citoyens des esclaves, des êtres malléables, corvéables à souhait. La novlangue, c'est l'outil ultime de la propagande, l'alliée éternelle de tous les totalitarismes. Le langage n'est pas innocent et innofensif face au réel.
Il faudrait bien plus que ces quelques lignes pour explorer la portée et la richesse de 1984. C'est une oeuvre ambitieuse, à la mécanique implacable, qui est forte dans sa lucidité et son intelligence, dans sa capacité à montrer jusqu'à quels extrêmes peut aller l'oppression, jusqu'à quelle faillite, elle peut conduire l'homme. Et pour enfoncer le clou, George Orwell a prévu un dénouement qui résonne pour toujours dans la mémoire du lecteur comme une fatalité...
Il n'y a pas de place pour la résistance, pas de place pour la différence, pas d'échappatoire. L'amour, le courage, la lutte, la fuite sont vains. A la fin, Winston aimait Big brother, sincèrement, vaincu au plus profond de lui même. Monument litteraire.
23:34 Publié dans Littérature Anglaise, Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dystopie, totalitarisme, langage

