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excès

  • La couronne verte – Laura Kasischke

    518FFa0EH4L.jpgPour Anne et Michelle, deux jeunes lycéennes de l’Illinois, plutôt tranquilles et bien sous tous rapports, les vacances de printemps qui précèdent leur future entrée à l’université est l’occasion d’une grande aventure. Ce sera donc un voyage de cinq jours, toutes seules, au Mexique, loin de leur environnement familial et de leur cocon local, une étape qui marque le début de la vie d’adulte qui les attend à l’issue de l’année scolaire. Pour ces deux amies d’enfance, c’est l’occasion d’une plongée dans ces fameux séjours springbreaks qui font partie de la culture et de l’imaginaire collectif américain.

    Le séjour de ces jeunes filles à Cancun est l’occasion de dépeindre ce que nous savons déjà de ces fameux springbreaks. Dans ce cadre exotique et idyllique,  le couvercle puritain de l’Amérique moyenne et profonde vole en éclats pour offrir le spectacle affligeant d’une jeunesse gâtée qui flirte consciemment avec le précipice. Sous le regard encore un peu angélique des deux héroïnes se dévoile un univers propice aux excès en tous genres. 

    Laura Kasischke a une écriture fluide et sensorielle qui permet d’être au plus près de ce monde que découvrent Anne et Michelle. Chaque phrase déroule un flot de sensations et de perceptions qui amènent le lecteur à subir la chaleur torride, à sentir l’odeur de la mer, du  chlore de la piscine, des crèmes solaires, à entrevoir les corps juvéniles et dénudés, à entendre les cris de joie, le bruit de la fureur de vivre et de se consumer de tout ce petit monde. Ce pourrait être le paradis, mais dès les premiers instants, il n’en est déjà rien.

    Avec talent, Laura Kasischke installe rapidement mais de manière progressive une atmosphère pesante, teintée d’inquiétude qui devient littéralement oppressante au fur et à mesure que le roman avance. Une menace plane sur ces jeunes filles et la catastrophe est annoncée, sans que l’on ne sache vraiment d’où elle va venir. Le piège tendu aux jeunes filles est-il caché derrière l’une de ces débauches d’alcool, de drogue, de sexe ou derrière la ballade à Chichen Itza que leur propose un intrigant homme d’âge mûr qui leur raconte le sacrifice des jeunes vierges au Dieu Quetzacoatl au temps des Mayas ?

    Peu importe où est le danger, il y aura un prix à payer pour la transgression et l’émancipation qu’espèrent ces jeunes filles. La double narration, alternant les points de vue de Michelle et d’Anne, permet à Laura Kasischke d’explorer avec habileté le psychisme de ces jeunes adolescentes à la croisée des chemins. Elle joue sur des craintes et des attentes différentes chez chacune d’entre elles. Michelle, est à la recherche du père qu’elle n’a jamais eu, mais aussi d’un sens à sa vie, d’où sa fascination pour les mayas. Elle est attirée par quelque chose de plus grand, de moins futile et est prête à prendre plus de risques alors qu’Anne paraît plus sage, plus craintive et plus conformiste, consciente et attentive aux risques encourus.

    Le roman ressemble parfois à une longue rêverie, à un moment de flottement qui s’interrompt brutalement  pour revêtir les oripeaux d’un fait divers sordide, enrobé, atténué par son incorporation dans un récit mystique. Une analogie évidente est effectuée entre le parcours initiatique de ces deux adolescentes et celui des jeunes vierges mayas sacrifiées en des temps anciens. Comme à ces jeunes vierges, c’est un peu de leur cœur, un peu de leur vie, qui est arraché à Michelle et à Anne dans cette aventure.

    Récit maîtrisé du début à la fin, savamment dosé en suspens, bénéficiant d’une atmosphère prégnante, la couronne verte est un livre efficace et captivant qui, à coup de brefs tableaux, jette un regard cru sur la jeunesse américaine, sur la période de la fin de l’adolescence, sur la transgression.

    Dans la même veine, que rêves de garçons  ma rencontre précédente avec Laura Kasischke, mais indiscutablement bien meilleur.