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extraterrestre

  • L’homme dans le labyrinthe – Robert Silverberg

    9782290332887.jpgMais qu’est ce qui a bien pu pousser Richard « Dick » Muller à se réfugier depuis neuf ans dans le terrifiant labyrinthe bâti et abandonné par une civilisation extraterrestre inconnue sur la planète Lemnos ? La mission conduite par l’ambitieux homme de pouvoir Charles Boardmann, vieille connaissance de Dick Muller, a-t-elle une chance d’atteindre le cœur du labyrinthe où se terre ce dernier et de l’en faire sortir ? Quelle est donc la raison impérieuse qui justifie un tel déploiement de moyens pour le seul Muller ? Le jeune Ned Rawlins sera-t-il à la hauteur du rôle que lui a attribué Charles Boardmann malgré sa naïveté et ses scrupules ?

    Robert Silverberg sait y faire en matière de suspens pour réussir à agripper son lecteur en attente des réponses aux questions évoquées ci-dessus. Malgré cela il y a plusieurs moments de flottement dans le livre. La découverte du labyrinthe et de ses pièges – une exploration minutieuse portée par la tension du risque mortel que l’on peut rapprocher de celle de Rendez vous avec Rama d’Arthur Clarke – n’est pas suffisante en soi. Même si l’expédition de Charles Boardmann pour atteindre Müller est riche de mésaventures. C’est divertissant par à coups, mais on est en droit d’attendre plus. Notons quand même que le livre perd en intensité, s’essouffle dès que le terrain de jeu s’éloigne du labyrinthe dans le dernier tiers du récit.

    Alors décevant, l’homme dans le labyrinthe ? Oui, très. Robert Silverberg dresse face à face des personnages assez caricaturaux, simplistes par moments. Il ne maîtrise pas forcément le jeu psychologique – finalement assez basique - qu’il met en scène. Il y avait clairement moyen d’aller plus loin avec ses personnages voire dans la trame de ses intrigues et des possibilités de ces dernières. Robert Silverberg aborde directement plusieurs thèmes comme une situation de premier contact, la survenue de mutations humaines, etc. mais sans forcément de brio. En fait l’impression générale laissée par le livre le rapproche par certains côtés de la SF moyenne de l’âge d’or, qui ne lésine pas sur les effets, les ficelles et les dialectiques assez grossières.

    Il y a pourtant une idée très intéressante dans ce livre, c’est celle du mal dont est victime Richard Müller, la misanthropie, l’exclusion qui en ont découlé, la fatalité qui veut que ce mal puisse finalement servir au plus grand nombre après avoir été une sorte de punition face à l’Ubris, l’ambition démesurée de ce personnage. Est-ce suffisant ? Assurément non.

    Je ne conseillerai pas la lecture de L’homme dans le labyrinthe à grand monde.

  • Spin – Robert Charles Wilson

    wilson_spin.jpgC'est arrivé brutalement, un soir, alors que les jumeaux Lawton, Diane et Jason, accompagnés de leur ami Tyler Dupree, observaient le ciel : les étoiles ont disparu. Ainsi commence l'aventure formidable du Spin, une membrane qui recouvre la terre et la pousse vers une eschatologie originale. Le temps hors du Spin s'écoule à une vitesse incroyable qui fait de la mort du soleil et donc l'extinction de la race humaine une affaire de décennies. Qu'est ce que le Spin ? Quelle est son origine ? Comment échapper à la fin qui semble inéluctable ? Quelles possibilités restent-ils aux hommes ?

    La base SF de ce roman de Rober Charles Wilson me paraît plus développée encore que dans les précédents opus de lui que j'ai lus. Le Spin est une surprenante énigme qui permet à l'auteur de développer un champ étendu d'idées qui touchent à une incroyable variété de thèmes, sujets chers à la science fiction. Pour répondre aux multiples interrogations et défis engendrés par le Spin, Robert Charles Wilson aborde effectivement l'isolation de la terre, la terraformation de mars, l'existence de formes de vie extra terrestre de différentes sortes et les situations de contact, les exo planètes, l'allongement de la durée de la vie humaine, les voyages interstellaires, la création d'organismes biologiques originaux par le génie génétique etc.

    Si la capacité de l'auteur à intégrer tous ces thèmes dans son histoire, autour du Spin et le développement poussé de ces idées peut susciter une certaine admiration, voire un enthousiasme chez les lecteurs, je dois avouer ne pas m'être laissé impressionner par cet aspect du livre. Peut-être que le livre de Robert Charles Wilson aurait gagné à aborder moins de thèmes, comme dans ces précédents ouvrages. Le développement de la piste martienne depuis la terraformation m'a par exemple semblé peu profitable au livre. Je trouve également que les idées à la conclusion du livre ne sont pas à la hauteur du Spin et de sa problématique en termes d'originalité notamment.

    Ceci n'empêchera pas les lecteurs d'apprécier le point fort du livre, l'aspect purement terrestre et humain relatif au Spin. C'est selon moi la vraie force de ce livre. Là où Robert Charles Wilson est brillant, c'est lorsqu'il saisit et développe les implications induites par le Spin en matière d'économie, de politique, de religion. Inutile de s'attendre à d'interminables pages de chaos, le livre est plus subtil que cela. Il s'agit ici de comprendre comment certaines industries vont émerger au détriment d'autres en raison du défi qui consiste à sauver l'espèce humaine et à survivre dans un monde sans satellites, de voir le fanatisme et le sentiment religieux devenir incandescents et d'inquiétantes portes de salut pour les masses confrontées à l'Extinction, tout comme le nihilisme, d'appréhender les enjeux de pouvoir à différentes échelles etc. La question démographique et celle des ressources de la planète, nichée au cœur de l'énigme du Spin, est cruciale à l'heure des interrogations écologiques.

    Comme à son habitude, Robert Charles Wilson fait de ces problématiques et de la SF, un contexte difficile pour faire évoluer des personnages riches et denses. Dans Spin, les méandres de la famille Lawton sont fouillés. Jason est le fils prodige d'E.D Lawton un industriel pour qui le Spin est une aubaine. Ce pur génie est intégré aux recherches sur le Spin quand sa jumelle Diane rejoint le rang des convertis aux religions. Famille écartelée, déchirée, avec ses secrets enfouis, ses drames. E.D est un tyran obnubilé par la réussite et déterminé à façonner son fils, alors que la mère, Carol, est une alcoolique, que Diane se révolte comme elle peut, délaissée. Et au milieu de tout ça Tyler Dupree, fils de la gouvernante, ancienne épouse d'un ami-associé d'E.D, qui vit une relation étrange avec cette famille. Il me semble néanmoins que les personnages sont moins forts, moins vrais, par moments, parfois dilués dans tout ce qui à trait au Spin mais ils n'en demeurent pas moins, épais, dotés d'une réelle profondeur.

    Spin n'est pas le chef d'œuvre annoncé, et j'avoue une certaine déception, même s'il reste en dépit de ses défauts, un livre de science-fiction divertissant et intéressant. S'il est parfois dépassé ou essoufflé par son ambition, la variété de ses sujets, l'intrigue est menée de manière efficace et bénéficie d'uneprofondeur liée à l'épaisseur des personnages et au développement des idées.

    Aurait pu être génial...

     

     

    Pour ceux qui veulent aller plus loin avec Robert Charles Wilson, un lien vers une interview fleuve sur son oeuvre:

    http://blog.belial.fr/post/2009/09/11/L-homme-qui-apprenait-lentement-un-entretien-avec-Robert-Charles-Wilson

  • Stalker (Pique-nique au bord du chemin) - Boris et ArKadi Strougatski

    stalker.jpgIl y a au départ de ce livre de science-fiction, une idée originale: la visite. Des extra-terrestres ont effectué un bref passage sur terre et sont repartis pour de lointains horizons sans un mot, sans un contact avec les humains.  Comme si nous n'étions que de vulgaires fourmis sur la route de leurs projets inconnus. D'eux ne subsiste que la transformation de certains endroits de la terre où ils ont séjourné en zones complètement différentes de tout ce que nous connaissons: dangereuses, mortelles, autres. Bien entendu ces zones sont des lieux stratégiques qui concentrent l'intérêt des scientifiques et des militaires et génèrent les rumeurs les plus folles. Les stalkers sont des humains qui risquent leur vie pour aller piller ces zones, prendre des objets laissés, abandonnés par les visiteurs et les revendre au plus offrant ou à un commanditaire.

    A partir de l'idée de cette visite, de ces zones, les frères Strougatski développent des réflexions très intéressantes sur l’existence d’une vie extra-terrestre, la place et l’importance de l’homme dans l’univers, son rapport à la technologie et aux phénomènes naturels ou autres, la communication, le rapport de force entre des espèces différentes. La visite a bouleversé la terre et changé de façon irrémédiable les hommes et leur vision des choses. Au-delà du caractère innovant de l'idée de la visite et des problématiques induites, Stalker est aussi une histoire humaine, celle du Stalker Redrick Shouhart.

    C'est un personnage attachant, un voyou rêveur, idéaliste et libertaire, qui donne une âme à cette histoire, un souffle qui dépasse le cadre de la science-fiction. Il est l’élément qui révèle le piège de l’attraction de la technologie des extra-terrestres. Personnage fort, complexe, riche de failles multiples, partagé entre la grandeur, la bassesse, la normalité dans ce contexte particulier, Redrick Shouhart est un concentré de l'angoisse, de l'illusion, mais aussi de la poésie et de la lumière engendrée par la Zone et par ce roman. La fin du livre est belle, humaniste et justifie à elle seule, un accessit.

    Très bon.