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fait-divers

  • Moloch – Thierry Jonquet

    Moloch.jpgDans la bible, Moloch est le Dieu auquel les Ammonites sacrifiaient leurs premiers-nés. Un Dieu avide de sang frais et juvénile qui est de manière figurée au centre du livre de Thierry Jonquet.

    Moloch s’ouvre sur une scène dure, difficile à l’image du livre. Une équipe d’inspecteurs découvre la scène d’un crime atroce: des enfants enfermés dans une maison abandonnée, enchaînés les uns aux autres et brûlés vifs dans d’indicibles douleurs. Qui ? Pourquoi ? Dans le même temps un artiste condamné par une maladie incurable se livre à des séances de psychanalyse pour le moins étranges durant lesquelles il essaie d’expliquer sa recherche créatrice. Mais qui est-il ? Et que veut-il ? Quel lien tout cela a t-il à avoir avec cette petite fille, dont le dossier médical et les aberrations des analyses cliniques, conduisent à suspecter ses parents de chercher à lui nuire ? Moloch.

    Moloch est un très bon polar qui arrive à maintenir le suspens jusqu’au bout. Le rythme du récit est soutenu et la progression de l’enquête habile. Les 3 intrigues sont progressivement nouées autour des thèmes de l’enfance et de la souffrance, de la cruauté et des traumatismes. C’est le cœur du livre. Plus que les mystères qui sont peu à peu dévoilés sans que le livre ne perde de son intérêt. Un questionnement sourd et violent au sujet du mal concernant les enfants ne quitte pas les différents protagonistes.

    Il faut également saluer le talent de Thierry Jonquet qui sait donner une réelle profondeur à ses personnages. Il gère très bien les interactions, les relations interpersonnelles entre eux. Il les dote aussi d’histoires et de tourments propres qui font souvent écho aux enquêtes menées, aux intrigues. Dans Moloch, l’éducation des enfants de Di meglio ou encore le drame personnel de Rovère qui a perdu le sien s’accordent d’une manière particulière avec le thème de l’enfance. Le tout est déroulé dans un décor parisien que maîtrise Thierry Jonquet. Plus que du divertissement, c’est un polar social, assez juste, sur fond de déviances, d’immigration, de populations déclassées, marginales.

    C’est dur, prenant et efficace.

  • De sang foid - Truman Capote

    de sang froid.jpgPerry smith et Dick Hickock, jusque là deux petits truands sans envergure, tuent les quatre membres de la famille Clutter, à Holcomb, tranquille patelin du Texas, par une nuit de novembre 1959. Ce qui ne pourrait apparaître que comme un atroce fait divers recèle des potentialités que Truman Capote aperçoit et saisit pour écrire ce qui restera son chef d’œuvre: De sang froid.

    Qu'y a t il donc de particulier dans cette affaire ? D'abord le décor, digne d'un western et comme prêt depuis les aubes à accueillir la tragédie. Un pays sec, aride, une bourgade agricole, calme, sans histoires, un peu à l'écart du monde et de la modernité dans cette fin des années 50. Ensuite, il y a cette famille, les Clutter, qui prend facilement place dans cette ville où tout le monde se connait. Ces gens sont presque des anges, des modèles que l'on arrive avec peine à égratigner et dont l'existence semble pétrie par le travail et les valeurs morales, l'accomplissement, la résistance aux épreuves de la vie. Ce n'est pas un hasard si Truman Capote débute le livre par une description du lieu, de la ville, puis de la famille, de sa vie, de son passé. Cette famille et cette ville donnent une ampleur inédite au crime et à sa suite de terribles questions. Ensuite, il y a les personnalités, les existences des 2 criminels, Dick et Perry. Ils donnent un caractère original au fait divers. De par la nature de leur projet, par leur couple bancal, leur amitié étonnante, leur conduite maintes fois irrationnelle. Leur cavale aux accents parfois guignolesques, pathétiques se fait dans une ambiance de road-movie avec en arrière plan, le défilé de leurs vies. C'est ainsi que se découvrent un solitaire sensible, mutilé par l'existence en la personne de Perry et un insouciant vagabond, beau-parleur et jouisseur en Dick. Il y a aussi quelque chose de fou dans ce fait divers, relatif au mobile du crime et à son accomplissement. Truman Capote en fait une sorte de suspense avec pour pinacle, l'affreuse révélation."Tout ça pour ça". C'est ensuite que l'on glisse de ce qui est par moments une enquête policière, une enquête de mœurs, à une chronique judiciaire puis carcérale. On sait tout du procès, de la fin des deux bandits.

    Pour faire de ce livre un chef d’œuvre et exploiter au mieux l'incroyable de ce que la réalité a offert avec ce fait divers, Truman Capote se révèle un grand portraitiste, mais aussi un metteur en scène talentueux, tant le livre est visuel. Il tient en haleine tout en prétendant à une certaine exhaustivité. On saura tout du fait divers, des protagonistes, du contexte, de l'ambiance, du procès, etc. Tout. En fait, c'est ce foisonnement de détails qui emporte, saisit, fascine, impressionne. Truman Capote sait tout de cette histoire. Il mélange à la narration, le fruit de son enquête, des paroles de témoins, des documents, etc. Ils sont directement insérés dans la structure narrative et accentuent le tourbillon réaliste qui était l'ambition de Truman Capote. La réalité dans toute sa nudité, jusqu'au bout de l'histoire. On a tout sauf le sang froid lorsque l'on dévore ce coup de maitre.

    Énorme.