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femme

  • Tehila – J.S. Agnon

    C_Tehila_8908.jpegJe ne connaissais pas le prix Nobel de littérature 1966, l’israélien J.S Agnon. C’est chose faite avec Tehila, un texte très court sur le testament d’une vie, le personnage éponyme à la destinée marquée du sceau de la fatalité et de la tragédie. C’est ce qu’on découvre progressivement par le biais de personnages intermédiaires et plus particulièrement lors du dénouement du livre alors même que le portrait de cette vieille femme de 104 ans fait par le narrateur est solaire et épatant.

    Tehila est un beau portrait de femme qui sent néanmoins un peu la naphtaline. C’est un texte qui est émouvant en même temps qu’il est un tout petit peu mièvre. Le destin de cette vieille femme est long à accoucher en dépit de la brièveté du texte. Il faut dire qu’il partage un peu la vedette avec les flâneries de ce narrateur, double de J.S. Agnon, dans la vieille ville de Jérusalem. A noter aussi que Tehila est un texte très empreint d’une religiosité qui lui confère un aspect parfois poétique quand il n’est pas rébarbatif.

    Le contexte historique est à peine effleuré dans le récit, or il est celui d’une Palestine encore sous mandat britannique, avant la création de l’état d’Israël et avec des tensions déjà omniprésentes avec les arabes. Le sujet principal étant plutôt les différences entre certains courants du judaïsme qui influent négativement sur la destinée de Tehila.

    Je suis passé à côté de ce texte qui ne m’a en fait pas donné envie d’aller plus loin avec J.S. Agnon.

    Plutôt insipide.

  • La servante écarlate – Margaret Atwood

    La-servante-ecarlate.jpgDans un futur indéterminé, l’Amérique est devenue un état totalitaire d’un genre bien particulier. Suite à l’effondrement du taux de natalité pour des raisons écologiques, les femmes ont été complètement asservies par un régime politique d’inspiration religieuse. Désormais, pour les femmes, seulement trois destins sont possibles, comme une métaphore des trois rôles traditionnellement attribués aux femmes dans les sociétés machistes. Elles peuvent être des épouses, les femmes officielles qui règnent sur les foyers ou les Marthas qui jouent le rôle de toutes sortes de domestiques ou enfin les fameuses servantes écarlates éponymes qui sont exclusivement dédiées à la reproduction.

    La servante écarlate est bien une dystopie féministe, même si Margaret Atwood récuse l’expression. Le régime oppressif qui asservit les femmes et qui les menace sans cesse d’une expulsion vers les colonies – enfer pollué qui n’est que suggéré et partiellement décrit – est bien une métaphore du joug masculin. Le personnage principal, Defred l’une des servantes écarlates, suit le cheminement classique des héros des dystopies. Elle déchire progressivement le voile qui recouvre la réalité de cette société dystopique avant de se rebeller et de tenter de s’y soustraire. Defred n’a pas toujours été une servante écarlate et a connu la période précédant le régime actuel, époque durant laquelle elle avait un mari et un enfant aimés.

    L’idée d’une dystopie féministe est brillante et même nécessaire. Il faut saluer l’intelligence de Margaret Atwood qui la met en scène en s’inspirant néanmoins des classiques du genre dystopique. La charge contre la société machiste et la réflexion sur la condition des femmes sont des éléments de poids qui participent de l’intérêt du livre et qui ont d’ailleurs contribué à sa réputation. Il faut ainsi rappeler que Margaret Atwood s’était fixé comme règle à l’écriture du livre de « ne rien mettre dans le roman que les êtres humains n'ont pas réellement fait ». Parmi les passages les plus réussis du livre figure d’ailleurs la description du lent glissement de nos sociétés actuelles vers ce cauchemar dystopique.

    Malgré la portée de ces thématiques féministes, la servante écarlate n’est pas un chef d’œuvre que je rangerai dans mon panthéon dystopique aux côtés des plus grands du genre, notamment 1984 ou encore le meilleur des mondes ou Nous, autres. En effet, La servante écarlate est un livre qui manque de souffle romanesque. Il est très monotone sur presque ses deux-tiers avant de vraiment prendre sa pleine dimension vers la fin du livre. Margaret Atwood n’arrive pas à donner assez de consistance à son régime dystopique et assez d’épaisseur à son héroïne principale qui est plutôt pâle devant le Winston Smith de George Orwell… Le livre patauge pendant un long moment sans arriver à bénéficier de ses rares péripéties et c’est bien dommage.

    Avis mitigé. Excellente idée, exécution moins inspirée…

  • Chère Ijeawele, un manifeste pour une éducation féministe - Chimamanda Ngozi Adichie

    Chere ijeawele.jpgComment donner une éducation féministe à une petite fille ? C’est pour répondre à cette question qui lui a été posée par une de ses amies d’enfance que Chimamanda Ngozi Adichie a écrit Chère Ijeawele. En une longue lettre et quinzaine de suggestions, elle essaie donc de donner des conseils à cette amie pour y arriver. C’est donc le moyen pour elle de donner sa vision du féminisme et de s’attaquer à un combat qui lui tient à cœur et qu’elle traite avec une intelligence et une distance salutaires. Toujours avec ce mordant qui est également sa marque de fabrique.

    A l’heure des mouvements #metoo et #balanceton porc qui semblent revivifier le mouvement féministe, ce livre se montre très à propos. Il est d’une mesure, d’une justesse et d’une lucidité qui ne peuvent que pousser à s’interroger sur son propre féminisme et convaincre sur la voie à emprunter. Loin des excès qui pourraient effrayer certains, le discours de Chimamanda Ngozi Adichie n’en demeure pas moins ferme, déterminé. Il est incitatif à la pro activité en faveur du féminisme tout simplement parce qu’il y a « une certaine urgence morale (…) à nous atteler à imaginer ensemble une éducation différente pour nos enfants, pour tenter de créer un monde plus juste à l’égard des femmes et des hommes ».  Tout simplement.

    Le plus important qui doit être gardé à l’esprit et que Chimamanda Ngozi Adichie rappelle avant de dérouler ces quinze suggestions, c’est que « le féminisme est toujours affaire de contexte. Je n’ai pas de règles gravées dans le marbre ». Elle part néanmoins de deux préalables qui ne doivent pas être discutés. Premièrement : « Je compte. Je compte autant. Pas « à condition que ». Pas « tant que ». Je compte autant. Un point c’est tout. ». Deuxièmement, au sujet des femmes : « Peut-on inverser une proposition X et obtenir le même résultat ? ».

    Sans revenir en détail sur chacune des quinze suggestions, il faut en signaler la simplicité et l’évidence qui les rendent peu discutables. Ne pas se définir uniquement par le fait d’être mère, gagner sa vie, pousser le père à faire tout ce qu’il est biologiquement capable de faire, refuser le carcan des rôles de genres ou que l’égalité des sexes soit soumise à des conditions, apprendre à lire et à questionner les mots qui contiennent et diffusent les préjugés, ne pas faire  du mariage un accomplissement, ne pas se soucier de plaire, avoir un sentiment d’identité, questionner l’utilisation de la biologie pour justifier des normes sociales, ne pas faire des opprimés des saints, être éduqué à la différence, comprendre l’importance de l’apparence physique, du sexe et de l’amour.

    Ce sur quoi insiste le plus Chimamanda, c’est l’importance des normes sociales et la construction ainsi que la justification artificielles de l’inégalité des sexes. Ses exemples sont précis et font mouche. Ils mettent en évidence le chemin à parcourir. Ce qui ne se fera qu’à travers l’éducation, un combat quotidien dans l’intimité comme en public et le développement de personnalités féminines affirmées, pleinement conscientes d’elles-mêmes, de leur identité, de leurs corps et de leurs envies. C’est un message fort et universel même si Chimamanda Ngozi Adichie s’inscrit dans un contexte africain où le combat pour le féministe est sans doute encore plus urgent.

    Tout en discernement, en justesse et en pertinence. Percutant.