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femme

  • L’ambassadeur triste – Ananda Devi

    L'ambassadeur triste.jpgL’ambassadeur triste, ce sont onze nouvelles écrites par l’écrivaine mauricienne Ananda Devi et qui se déroulent pour la grande majorité d’entre elles en Inde. Chacune de ces nouvelles démontre un art maîtrisé de la nouvelle. En peu de pages, Ananda Devi arrive à installer une atmosphère prégnante, à tenir son lecteur en haleine, à dessiner des personnages épais, à faire valoir son sens de la chute et à dire quelque chose d’essentiel. Son savoir-faire est patent dans chacun de ces courts récits qui lui servent à parler de l’Inde.

    Elle y montre une connaissance fine du sous-continent et en parle avec beaucoup de subtilité et de justesse. Elle évoque ainsi l’Inde à travers le regard des étrangers - occidentaux ou non – ou des indiens eux-mêmes et parle aussi bien de la place des femmes dans cette société que de celle du corps dans nos vies ou encore de la violence du quotidien ou de l’extrême pauvreté.

    Parfois, elle se met en scène discrètement, transformant aussi ces nouvelles en journal de voyage d’un écrivain. C’est également une manière pour Ananda Devi de parler d’elle-même, de son activité de romancière mais surtout de son pays – l’île Maurice est en effet peuplée par environ deux-tiers d’indiens. Le tout est mené avec une férocité, une acidité et une ironie qui appuient l’intelligence du propos d’Ananda Devi et le plaisir de lecture.

    Un recueil solide, intelligent. Réussi.

    A découvrir.

  • Hedda Gabler – Henrik Ibsen

    Hedda Gabler by Henrik Ibsen.jpgIl suffit de lire Hedda Gabler pour comprendre pourquoi Henrik Ibsen est adulé des passionnés de théâtre. Ecrite en 1890, cette pièce qui fait partie des chefs d’œuvres du dramaturge norvégien est étonnamment moderne et conserve un réel pouvoir d’attraction.

    Hedda Gabler, fille d’un illustre général, a épousé le médiocre Jorgen Tesman, un obscur aspirant au poste de professeur d’université plutôt qu’Ejlert Lovborg son ancien amant plutôt porté sur la bouteille. Elle s’ennuie avec Jorgen alors qu’il se dit que ce fêtard d’Eljert est sur le point de publier un chef d’œuvre, aidé par Théa, une ancienne camarade de pension sans grand relief d’Hedda. Voici que cette dernière, jalouse, ne rêve plus que de détacher Eljert de Théa et finit par précipiter la chute de son ancien amant et la sienne par la même occasion.

    La pièce est construite autour de cette figure féminine centrale autour de laquelle gravite tous les autres personnages. Hedda est fascinante. C’est une bombe à retardement qui finit par exploser et emporter presque tout dans son cadre, consommée par la jalousie, l’envie et l’ennui. Devant la faillite de ses rêves inassouvis de luxe et de grandeur, se sentant piégée dans un quotidien morne, elle se révèle manipulatrice, rusée et fatale pour ceux qui entravent ses désirs. C’est un personnage tragique qui souffre d’une profonde désillusion.

    Bien que courte – en quatre actes – la pièce est dynamique et expose avec beaucoup de force les tensions entre les différents personnages sans pour autant tout céder à l’action, à des effets de scène ou sacrifier la psychologie des personnages. Alors qu’Henrik Ibsen n’abuse pas de longues tirades, ces derniers arrivent à être développés, contrastés - Hedda aime t-elle vraiment Eljert ? - et à se révéler comme les symptômes d’une société malade.

    A lire. Même pour ceux qui lisent peu de pièces de théâtre comme moi.

  • Mille femmes blanches – Jim Fergus

    Fergus.jpgEn 1875, le chef cheyenne Little Wolf se rend à Washington auprès du président américain Ulysses Grant et lui fait une offre de troc bien étrange au premier abord : mille femmes blanches contre mille chevaux. Idée saugrenue ? Pas pour le chef indien qui y voit l’occasion pour son peuple de survivre et de mieux intégrer la civilisation blanche par le biais de cette future descendance métissée. Pour les américains en revanche, c’est officiellement une horreur inacceptable, du moins en façade. En réalité, c’est en secret qu’est montée une opération amenant une centaine de femmes plus ou moins volontaires à accepter l’offre de Little Wolf. Ce sont des raisons peu glorieuses qui poussent chacune d’entre elles à tenter ce saut dans le grand inconnu : femmes emprisonnées ou internées, esclaves, prostituées, sans famille, etc. Parmi elles, l’héroïne, May Dodd, dont les carnets intimes retrouvés des années plus tard racontent la grande aventure.

    Jim Fergus a une idée de génie en inventant totalement cette improbable histoire et cette incroyable tractation à partir de la simple visite historique du chef Little Wolf à Ulysses Grant. C’est un artifice brillant qui lui permet de traiter de la question indienne aux USA. Il dénonce le massacre et l’expropriation des populations indiennes sur lesquels se sont fondés les Etats-Unis. Son livre pointe la barbarie de ceux qui traitaient ces indiens de sauvages et qui se conduisaient pourtant comme tels, n’hésitant pas à user de marchés de dupes, à exploiter la naïveté ou les failles culturelles des indiens pour les perdre. Le destin de peuples déculturés, brisés, livrés à l’alcoolisme et cantonnés dans des réserves est mis en lumière. Tout comme l’incompréhension fondamentale entre deux cultures si opposées, même lorsque des efforts sont entrepris. C’est la force principale de ce récit d’aventures qui développe le point de vue original de May Dodd, cette femme occidentale de la haute société de la fin du XIXème siècle qui a essayé de comprendre et d’aimer les indiens.

    Mille femmes blanches déploie une grande énergie, de l’imagination, multiplie les péripéties, s’offre un cadre naturel grandiose mais ne convainc pas entièrement. Si son sujet est fort et parfois émouvant, il y a d'autres fictions qui appréhendent encore mieux la question des indiens d'Amérique. C’est un bon page-turner  qui souffre néanmoins de quelques défauts. Il y a d’abord un problème de crédibilité globale, même une fois accepté le caractère original de l’intrigue. Certaines situations, certaines réactions de personnages, certains enchaînements d’évènements sont invraisemblables et viennent ébranler un édifice qui fait pourtant montre d’une certaine habileté. Ensuite, le format des carnets intimes, plutôt approprié au début du roman, perd progressivement en pertinence au vu des péripéties développées. Enfin, May Dodd peut apparaître à travers ses écrits comme une caricature d’héroïne vertueuse qui ne lésine pas sur les bons sentiments. Jim Fergus s’est effectivement appliqué à dessiner des femmes un peu trop unidimensionnelles malgré les premières parties du livre un peu longues consacrées à leurs portraits. Plus généralement, un peu plus de finesse psychologique aurait fait du bien au livre.

     Pas essentiel mais divertissant.