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finance

  • Le paradoxe de Fermi – Jean-Pierre Boudine

    Boudine.jpgLe monde s’est effondré. Sa chute a commencé au début du XXIème siècle et a été inexorable. Une crise financière mondiale a débouché sur une crise systémique dont la civilisation mondialisée ne s’est jamais remise. L’humanité a sombré dans un chaos autodestructeur qui semble annoncer la fin de son espèce après une pénible agonie qui l’a vue retourner à l’âge de pierre… Tout cela est raconté par le personnage principal de Jean-Pierre Boudine, un survivant de cette apocalypse. Réfugié dans une grotte des alpes pour échapper à ses semblables ayant plongé dans la barbarie, il survit misérablement et raconte donc la disparition du monde tel que nous le connaissons.

    Le récit de l’apocalypse par Jean-Pierre Boudine se veut didactique. La quasi-totalité du livre est consacrée à relater de la manière la plus réaliste possible l’enchaînement des évènements qui a conduit à l’effondrement du monde. C’est une intention louable, mais c’est un mauvais choix romanesque. Tout peut être remis en question dans cette fin du monde qui peut paraître rapide, artificielle, trop mécanique et donc moins crédible. Son récit est bien trop didactique pour véritablement passionner et ne pas être long par moments. L’histoire du narrateur survivant en vient à n’être que superficielle sans réussir à passionner et à incarner cette apocalypse.

    Le piège dans lequel tombe Jean-Pierre Boudine, est celui de sacrifier à l’explication de sa fin du monde, la création de personnages puissants, de péripéties ou d’intrigues fictionnelles solides pour la soutenir. Ce n’est pas possible après la route de Cormac Mc Carthy… Le récit de Jean-Pierre Boudine est en fait uniquement tendu vers un final bavard qui essaie de donner une réponse au paradoxe de Fermi. S’il n’y a pas eu de situation de premier contact jusqu’à aujourd’hui, c’est parce qu’à partir d’un certain niveau de développement technologique, les civilisations deviennent fragiles, avec une grande propension à s’autodétruire avant d’atteindre les étoiles. Une idée finalement pas si originale même si le récit a le mérite de pointer la fragilité de nos mondes que nous occultons bien souvent.

    Quelconque.

  • La fortune de Sila – Fabrice Humbert

    La-fortune-de-Sila.jpgParis, 1995, le meilleur restaurant de la place. Mark Ruffle, homme d’affaires américain fruste écrase le nez de Sila, un jeune serveur africain coupable à ses yeux d’avoir écarté son sale garnement qui l’empêchait de passer. Assistent à la scène : Soshanna, la femme de Mark, effarée par son comportement, Lev Krachenko l’oligarque russe et sa femme, l’intellectuelle Elena, Simon Judal le mathématicien un peu autiste et son meilleur ami l’ambitieux Matthieu Brunel. A ce moment-là, aucun ne le sait vraiment, mais tous se trouvent au milieu du gué, au mitan d’existences qui vont prendre une autre tournure, embarquées dans la marche funeste de l’époque.

    Il faut saluer le travail romanesque de Fabrice Humbert qui se lance dans une fresque d’envergure impliquant une petite dizaine de personnages, principaux et secondaires, sur plusieurs continents. A partir de cet incident au restaurant, il raconte de manière prenante l’existence de chacun de ses personnages. Il les insère dans une chorégraphie plutôt maîtrisée qui voit leurs destins se croiser, se mêler dans un mouvement double de grandeur et de décadence. Si certains personnages comme Simon et Mathieu sont plutôt réussis, convaincants avec des portraits psychologiques et des biographies assez touffus, certains sont plutôt uniformes comme Mark ou Elena. On peut même dire que le personnage de Sila manque un peu d’épaisseur.

    Mais là n’est pas le plus important car Fabrice Humbert a une ambition plus grande qui mérite à elle seule un accessit : saisir quelque chose de l’esprit de l’époque, du temps, le Zeitgeist. C’est un des rares romans contemporains, français qui plus est, à essayer de nous montrer comment nous avons collectivement courbé l’échine face à la valeur argent. Comment celle-ci a triomphé et avec elle d’une certaine façon, le cynisme et l’avidité, balayant tout idéalisme, écrasant tout ce qui n’est pas soumis à Mammon. Fabrice Humbert l’illustre à grande échelle avec les trajectoires de ses personnages aux prises avec l’histoire et notre univers mondialisé.

    La place démesurée et l’influence néfaste du capitalisme vorace et destructeur sont donc omniprésentes dans ce livre. C’est lui qui corrompt Lev Krachenko, le brillant universitaire devenu oligarque à la faveur de l’effondrement de l’URSS auquel il a participé. Les passages sur Lev Krachenko sont parmi les plus réussis du livre. Riches de l’histoire de la Russie, révélateurs de la dureté et de la sauvagerie du combat capitaliste revenu à ce qu’il était à l’ère de la révolution industrielle, ils relèvent parfois de l’épopée. Dans une approche holistique, Fabrice Humbert connecte cette histoire à celle de la haute finance internationale devenue incontrôlable et à celle d'individus évoluant dans un contexte globalisé.

    L’univers de la finance est donc présent avec Simon Judal dont les compétences en mathématiques sont exploitées dans la banque, mais aussi avec Mark Ruffle qui fait fortune dans le crédit immobilier. Documenté, Fabrice Humbert est clair dans les explications financières. Il nous entraîne ainsi dans la mécanique de la récente crise des subprimes, des krachs financiers sur les différentes places mondiales, des interconnections introduites par la mondialisation. La force du propos est à chaque fois renforcée par les évolutions des différents personnages. Certaines sont un peu faciles, rapides - comme celle de Sila - ou convenues. Peu importe malgré tout c'est du grand roman à l'ancienne et l'amour, l'amitié, la jalousie, la famille, la réussite, les grands thèmes sont passés à la moulinette.

    Le rythme n'est tout de même pas tout le temps maîtrisé, avec plus que des longueurs, surtout des passages accélérés, mais malgré tout une certaine tension qui est maintenue. Fabrice Humbert propulse haut certains personnages avant de les briser avec violence. Il est sans pitié avec eux ainsi que l'illustre la dernière phrase du final qui est réussi. A rapprocher de celle de Winston Smith dans 1984.

    La fortune de Sila est un livre attachant en dépit de quelques défauts. C'est surtout un livre intelligent, au propos ambitieux, sur l'argent et la mondialisation.

    Faites un petit détour.

     

  • Cosmopolis - Don DeLillo

    cosmopolis_uk_first.jpgQue peut bien être la vie d’un de ces multimillionnaires de la finance encore dans la fleur de l’âge ? Que peuvent-ils bien penser ? Qui sont-ils, ces nouveaux dieux qui jouent avec des masses monétaires inimaginables sur des places immatérielles, baignent dans un univers chiffré dont l’unité de mesure même nous effraie, parient sur des basculements du monde qu’ils provoquent eux-mêmes ? Le roman de Don De Lillo suit l’un d’entre eux au cours d’une journée.

    Cosmopolis ou la révélation d'un vide abyssal et d'un profond ennui. La vie du héros est un néant existentiel qui essaie de prendre consistance dans le sexe, dans le risque financier, dans le mépris de l’autre, du réel, dans une approche, une lecture plus que brumeuse du monde qui sent le blasé, l’artificiel, le nihilisme simpliste. Cette journée qui remplit toutes ces pages est d’un insipide qui décourage. Peu de choses à tirer de ce héros et de cette journée. La faute à Don De Lillo ? Peut-être. Il y a quelque chose de faux, de peu crédible qui émerge de ce livre. Une certaine fadeur, une dose trop conséquente d’attendu, beaucoup de bavardage et de remplissage lui nuisent fortement. Les personnages à peine ébauchés sonnent creux, les idées voltigent avant de se trouver être des ballons de baudruche percés, les situations peinent à accrocher, le grandiloquent final est trop attendu et mis en scène pour pouvoir sauver ce pauvre édifice.

    Pourtant des idées intéressantes émergent de Cosmopolis: le concept d'une société de consommation qui se heurte à des rebelles révoltés contre le système et ses représentants pendant des crises plus ou moins agressives par exemple ou encore quelques théories jetées par ci-par là. Il y a aussi le style inimitable, l’écriture riche et dense de Don De Lillo, sa volonté d’empoigner le monde contemporain (entre autres par la langue justement). Mais est-ce suffisant ? Grande est la déception devant la faiblesse générale du roman par rapport à la réputation de l’auteur, son ambition et l’attente que peut générer un tel sujet.

    Décevant.