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franquisme

  • Imposture – Enrique Vila-Matas

    Zfr_Imp_cb_280v.jpgC’est une de ces histoires dont on a tous déjà entendu vaguement parler un jour ou l’autre. Généralement quelques années après un conflit, mais pas nécessairement, un amnésique se retrouve au cœur d’un inextricable imbroglio. Le bonhomme qui ne se rappelle de rien est reconnu par au moins deux voire plusieurs familles qui se le disputent et s’évertuent à démontrer qu’il est un des leurs. Dans le livre d’Enrique Vila-Matas, cet amnésique est interné dans la clinique psychiatrique dirigée par le Dr Virgil et son secrétaire Barnaola. Qui est-il ? L’intellectuel phalangiste Ramon Bruch, professeur disparu sur le front russe durant la guerre et reconnu par son notaire de frère et sa veuve ou Claudio Nart, un simple ouvrier, vulgaire escroc également reconnu par une autre veuve et à priori par ses empreintes digitales ?

    Pour l’amnésique, le parti le plus intéressant se révèle être évidemment celui des Bruch, ce qui amène à soulever la question de l’imposture. Une question qui tiraille surtout le secrétaire Barnaola qui se retrouve lui aussi être tenté par l’imposture à travers le mensonge et puis progressivement à travers le bouleversement de sa vie présente. L’identité est clairement au centre de ce bref roman d’Enrique Vila-Matas sans pour autant qu’elle ne fasse l’objet d’un traitement réellement original ou marquant. Le livre reste d’une certaine façon à la lisière du possible jeu d’imposture et de ses enjeux. Les deux familles qui reconnaissent l’amnésique ne sont finalement que peu exploitées par le romancier alors que le jeu de l’imposture est principalement basé sur elles.

    Au final, le livre s’éloigne assez souvent de l’amnésique pour se recentrer notamment sur le peu intéressant secrétaire Barnoala, un homme plutôt fade, vieux garçon, habité par l’ennui et attiré par l’imposture. Situé en 1952, dans une Espagne franquiste, le roman ne joue même pas vraiment, ou seulement imperceptiblement au détour de quelques phrases, sur le contexte politico-social. L’écriture plutôt plaisante et l’amusement évident de l’auteur ne peuvent masquer les défauts du livre dont un final expédié et des longueurs en à peine une centaine de pages…

     Faible, décevant.

  • Anatomie d'un instant - Javier Cercas

    anatomie.jpgLe 23 février 1981, le congrès de députés espagnols à Madrid est pris d’assaut par des militaires avec à leur tête, le lieutenant-colonel Tejero. Le pronunciamento se passe au moment même où a lieu l’élection de Léopoldo Calvo Sotelo en remplacement d’Adolfo Suarez à la présidence du gouvernement espagnol. A peine quelques années après la mort du général Franco, la transition démocratique est mise à l’épreuve par ce coup de force.

    Le point de départ du livre, c’est la vidéo de la prise du congrès que tout le monde a pu voir ou peut désormais voir sur youtube. Javier Cercas analyse ces trente minutes filmées par un opérateur de la télévision espagnole pour attirer l’attention sur des gestes symboliques. En effet, sous l’injonction de la force armée, la quasi-totalité des députés courbe l’échine et se réfugie sous les pupitres de l’assemblée. Seuls 3 hommes affichent des attitudes différentes : le leader communiste Santiago Carrillo qui reste assis sur son siège dans les hauteurs de l’hémicycle, le vice-président du gouvernement le général  Manuel Gutiérrez Mellado qui refuse d’obéir et s’oppose aux gardes avant d’être difficilement maîtrisé et Adolfo Suarez le président du gouvernement qui vient en aide au général avant de s’asseoir à sa place dans une posture de défiance.

    Anatomie d’un instant est un livre passionnant. Fourmillant de détails jusqu’à l’excès, il est minutieux et analytique avec une grande ambition : démonter les rouages du coup d’état manqué mais aussi les mécaniques internes de ses protagonistes pour finalement raconter cette Espagne au carrefour de l’histoire, basculant presque au-dessus du vide cette nuit-là. Protéiforme, le livre se fait tour à tour biographies des différents et nombreux personnages, descriptions de moments historiques, récit épique de basses manœuvres putschistes, patchwork d’analyses politiques, supputations multiples et enfin récit personnel.

    Dans la première partie du livre, Javier Cercas analyse ce qu’il appelle le placenta du coup d’état. C’est une mise en situation de ce qu’était l’Espagne et le climat politique de l’époque. A peine remise de la mort de Franco, la démocratie est fragile et son instauration au pas de charge par Adolfo Suarez ébranle la vieille garde franquiste et l’appareil militaire. A l’aube du coup d’état du 23 février, l’atmosphère au sein du pays est irrespirable. Javier Cercas montre comment le corps militaire mais aussi le corps politique, tout comme les médias et même le peuple espagnol et le roi, secoués par l’instauration rapide de la démocratie, la crise des autonomies, une mauvaise situation économique, ont favorisé un climat putride appelant plus ou moins à un retour en arrière, à une démocratie « plus contrôlée » etc. Dans un pareil climat, les actions des généraux Armada, Milan et consorts en vue de la prise du pouvoir paraissaient presque naturelles et inévitables.

    Le choix des 3 figures centrales du livre permet de saisir quelque chose du tragique et du symbolique implicitement à l’œuvre au moment de la vidéo. Alors que le lieutenant-colonel Tejero s’empare du congrès, c’est une figure ancienne du franquisme qui résiste, le général Manuel Gutierrez Mellado. Comme pour dire que le Franquisme est fini, comme une résistance contre ses propres instincts les plus bas, comme un appel au respect de la hiérarchie militaire aussi. De l’autre côté de l’hémicycle, Santiago Carrillo, le leader communiste, grand résistant au franquisme affirme par son attitude, la rébellion et la résistance qui ont été toute sa vie. 45 ans plus tard, ces deux hommes se retrouvent dans un même élan de refus qui semble clore l’abîme ouvert dans l’Espagne, entre eux, depuis la prise du pouvoir par le front populaire en 1936 et la guerre civile avec les phalangistes.

    Et puis il y a Adolfo Suarez. L’homme par qui tout est arrivé : la démocratie, puis la chienlit qui justifie le coup d’état. Adolfo Suarez l’équilibriste, l’assoiffé de pouvoir, l’homme politique par excellence. Il est la figure centrale de tout le livre de Javier Cercas. Il est la porte d’entrée de l’auteur espagnol pour une réflexion sur le politique et la destinée. Comment Adolfo Suarez, ce laquais lèche-cul sans convictions mais habile et redoutable politique, symbole du franquisme a fini par être l’homme qui a parachevé la démocratie en Espagne et a décidé de résister à ce dernier coup de force et de se transformer en sorte de figure morale ? L’analogie que Javier Cercas fait entre Adolfo Suarez et le général Della Rovere du film de Roberto Rossellini est tout simplement brillante.

    Il faudrait plus que ces lignes pour dire la richesse du livre de Javier Cercas.  Anatomie d’un instant est un ouvrage dense, une obsession autour du 23 février 1981 qui accouche d’un livre passionnant, intelligent, bien construit qui ne laisse pas indifférent.

    Pièce maîtresse.

  • La promenade des délices - Mercedes De Ambrosis

    de ambrosis.jpgLa guerre d’Espagne subtilement mise à nue par les nouvelles de Mercedes Deambrosis grâce à une écriture terriblement douce. Ici, point de grandes envolées lyriques, d’épopées guerrières, non, l’histoire avec sa majuscule honnie s’efface pour ne plus transparaître qu’au travers d’histoires minuscules, de tragédies intimes de ces personnages qui profitent ou subissent la guerre, mais surtout révèlent la médiocrité, la bassesse, la cruauté de l’être humain à la lumière de ce genre de conflit. C’est juste, touchant, à l’exception d' une ou deux nouvelles quelconques.