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franquisme

  • L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafon

    apprentissage,amour,franquisme,littérature,amitiéDans le Barcelone d’après seconde guerre mondiale, Daniel Sempere, un adolescent, est conduit par son libraire de père au cimetière des livres oubliés, le siège d’une confrérie d’amateurs d’œuvres oubliées. C’est là que Daniel découvre l’Ombre du vent de Julian Carax, le livre qui va changer sa vie. Julian Carax et son œuvre deviennent progressivement une obsession pour Daniel qui est confronté aux mystères d’une existence singulière. Qui est vraiment ce Julian Carax qui a disparu entre la France et Barcelone, hanté par un amour maudit et une œuvre infructueuse à laquelle semble en vouloir particulièrement un mystérieux individu ?

    Énorme carton de librairie bâti sur le suspense autour du dévoilement de la vie de Julian Carax et son impact sur celle de Daniel Sempere, l’ombre du vent est un livre très décevant qui souffre de nombreux défauts rédhibitoires. Il faut réellement s’armer de courage pour aller au bout de ce pavé de plus de six cents pages. Tout d’abord, cela demande de supporter le style ampoulé et bien trop maniéré de Carlos Ruiz Zafon qui, quand il n’est pas simplement trop tape-à-l’œil, alourdit le récit et dessert les personnages. Ces derniers sont par ailleurs plutôt construits à la truelle. Ils sont presque tous caricaturaux, manquant de nuances et de crédibilité, à l’image de Fermin Romero Torres, un vagabond au grand cœur, à la langue bien pendue et au passé trouble, qui est littéralement insupportable… Tout comme ces accès de bons sentiments et de guimauve qui parfois débordent du livre.

    En fait, l’ombre du vent ne fonctionne pas vraiment parce que sa mécanique est lourde, pataude. Les rebondissements du livre sont un peu théâtraux quand ils ne sont pas prévisibles. Le parallèle entre Daniel Sempere et Julian Carax est plutôt bien mené mais est un peu grossier. L’avancée dans l’intrigue est laborieuse parce que Carlos Ruiz Zafon utilise des ficelles trop visibles et se lance sans maîtrise dans un mélange de genres. Le livre s’avère ainsi un peu brouillon en étant à la fois roman d’apprentissage, roman policier, roman d’amour, etc. et en essayant de mâtiner tout ça de fantastique, de mystère et du contexte historique de la guerre d’Espagne et du franquisme.

    Quelconque. Sans intérêt.

  • L’imposteur – Javier Cercas

    imposteur.jpgA un moment, dans l’imposteur, Javier Cercas évoque L’adversaire d’Emmanuel Carrère que je considère comme lui être un chef d’œuvre. Il parle de Jean-Luc Romand, cet homme qui a assassiné toute sa famille après dix-huit ans d’une improbable imposture. Une histoire bien plus tragique que celle d’Enric Marco à laquelle elle fait néanmoins inévitablement penser. Une saisissante mystification qui m’a marqué en 2004 ou 2005 lorsque je suis tombé sur un article de presse racontant le mensonge de cet homme qui s’est fait passer pour une victime de camp de concentration nazi au point de devenir le porte-parole de la déportation en Espagne. Incroyable ? Bien plus encore, une fois que Javier Cercas s’attaque à ce sujet au potentiel romanesque inouï.

    Enric Marco n’a pas seulement menti sur son passé de déporté. C’est un grand affabulateur qui s’est construit une biographie fictive à même de l’aider à assouvir ce que Javier Cercas appelle sa médiapathie, un désir incontrôlé de plaire et de baigner dans la lumière et la gloire médiatiques. Comme tous les bons mensonges partent d’éléments véridiques pour arriver à s’imposer durablement, Javier Cercas part à l’enquête, en détective intraitable et minutieux. Avec obstination et persévérance, il dénude progressivement la folle histoire d’Enric Marco pour révéler une imposture encore plus grande que celle qui saute aux yeux de tous. Enric Marco a modelé sa biographie, s’est inventé tout au long de sa vie pour être celui qu’il voulait, n’hésitant pas à tout abandonner derrière lui pour s’écrire ce faux destin. Il faut saluer le travail de Javier Cercas qui s’immerge complètement dans la vie d’Enric Marco, se lance dans un travail documentaire impressionnant pour démêler le vrai du faux et livrer une vérité reconstituée via le principal intéressé, mais aussi des archives, des témoignages, des rencontres, etc.

    L’auteur espagnol ne se contente pas de raconter cette histoire qui pourrait se suffire à elle-seule. Il lui donne une autre dimension appréciable en se mettant en scène en train de chercher la vérité sur Enric Marco. Il raconte ses difficultés de romancier et d’homme en prise avec un pareil sujet qui ouvre des abîmes terribles sous ses pieds. Tout aussi passionnantes que le récit de la vie de Marco sont les lectures qu’en fait Javier Cercas. La vie d’Enric Marco interpelle le lien entre mémoire et histoire et force l’Espagne à regarder dans le miroir sa trajectoire depuis la guerre civile de 1936. Enric Marco serait le symbole de la grande majorité silencieuse qui n’a pas été héroïque lors de la guerre civile, sous le franquisme et aux premières heures de la démocratie. C’est la force du romancier espagnol d’empoigner ainsi l’histoire plus ou moins récente de son pays et de le confronter à sa passivité ordinaire.

    Au meilleur de sa forme, Javier Cercas mène également une réflexion sur la fiction et sur la littérature via l’histoire d’Enric Marco, ce romancier de sa vie. Où se situe la limite de la fiction ? Est-ce que « la fiction sauve et la réalité tue » vraiment comme le romancier espagnol ne cesse de le dire ? Quel est le rôle du narcissisme dans toute cette affaire ? Il établit un formidable parallèle entre Enric Marco et Don Quichotte qui vient bousculer l’amateur de littérature et lui donner l’envie de se replonger dans l’œuvre maîtresse de Cervantès.

    Dans la lignée d’Anatomie d’un instant, un grand livre de Javier Cercas.

    Excellent. Intelligent. Passionnant.

  • Imposture – Enrique Vila-Matas

    Zfr_Imp_cb_280v.jpgC’est une de ces histoires dont on a tous déjà entendu vaguement parler un jour ou l’autre. Généralement quelques années après un conflit, mais pas nécessairement, un amnésique se retrouve au cœur d’un inextricable imbroglio. Le bonhomme qui ne se rappelle de rien est reconnu par au moins deux voire plusieurs familles qui se le disputent et s’évertuent à démontrer qu’il est un des leurs. Dans le livre d’Enrique Vila-Matas, cet amnésique est interné dans la clinique psychiatrique dirigée par le Dr Virgil et son secrétaire Barnaola. Qui est-il ? L’intellectuel phalangiste Ramon Bruch, professeur disparu sur le front russe durant la guerre et reconnu par son notaire de frère et sa veuve ou Claudio Nart, un simple ouvrier, vulgaire escroc également reconnu par une autre veuve et à priori par ses empreintes digitales ?

    Pour l’amnésique, le parti le plus intéressant se révèle être évidemment celui des Bruch, ce qui amène à soulever la question de l’imposture. Une question qui tiraille surtout le secrétaire Barnaola qui se retrouve lui aussi être tenté par l’imposture à travers le mensonge et puis progressivement à travers le bouleversement de sa vie présente. L’identité est clairement au centre de ce bref roman d’Enrique Vila-Matas sans pour autant qu’elle ne fasse l’objet d’un traitement réellement original ou marquant. Le livre reste d’une certaine façon à la lisière du possible jeu d’imposture et de ses enjeux. Les deux familles qui reconnaissent l’amnésique ne sont finalement que peu exploitées par le romancier alors que le jeu de l’imposture est principalement basé sur elles.

    Au final, le livre s’éloigne assez souvent de l’amnésique pour se recentrer notamment sur le peu intéressant secrétaire Barnoala, un homme plutôt fade, vieux garçon, habité par l’ennui et attiré par l’imposture. Situé en 1952, dans une Espagne franquiste, le roman ne joue même pas vraiment, ou seulement imperceptiblement au détour de quelques phrases, sur le contexte politico-social. L’écriture plutôt plaisante et l’amusement évident de l’auteur ne peuvent masquer les défauts du livre dont un final expédié et des longueurs en à peine une centaine de pages…

     Faible, décevant.