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  • La musique d’une vie – Andrei Makine

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    Il y a quelque chose de Stefan Zweig dans ce petit livre d’Andrei Makine. Il suffit pour s’en persuader de revenir sur l’introduction de la musique d’une vie. Bloqué par une nuit glaciale dans une gare perdue en Sibérie, attendant son train comme des dizaines d’autres personnes, le narrateur surprend un vieil homme qui joue du piano avec un mélange de mystère et de honte. C’est l’histoire de cet homme, Alexeï Berg, que raconte la musique d’une vie. Ainsi que le relève avec une certaine maîtrise l’incipit déroulé autour de l’homo soviéticus et de l’âme slave, l’histoire de cet homme se confond quelque part avec celle de la Russie depuis l’avènement de Staline.

    Ainsi Alexeï Berg est d’une manière ou d’une autre confronté aux purges effectuées par Staline dans les années 30, à la famine qui sévit en Ukraine à la même époque, à l’entrée en guerre contre l’Allemagne nazie, aux affres de la politique de la terre brûlée, à la victoire et à l’âge d’or du petit père des peuples, au goulag et même à la déstalinisation jusqu’à la période récente. Une succession de péripéties s’enchaînent, plongeant le héros dans la grande histoire qui est le contexte déterminant une sorte de fatalité qui oblige le héros à des choix difficiles pour avancer, survivre, rouler comme une petite pomme. Il n’est pas ici question de s’extasier devant la profondeur historique du livre d’Andrei Makine. Le bruit et la fureur de l’Histoire ne servent qu’à éclairer un destin finalement symbolique de la Russie et malheureusement pas si extraordinaire que cela en ces contrées.

    La vie d’Alexeï Berg s’appuie sur la problématique de l’identité et son usurpation pour confronter le lecteur aux thèmes plus classiques de la passion amoureuse ou artistique entravée, de la fatalité du destin, de la place de l’individu dans l’histoire par exemple. J’en reviens à Stefan Zweig. Comme lui, avec certes moins d’intensité, Andrei Makine dessine dans la musique d’une vie, la violence d’un être rongé par une passion et embarqué dans une course inéluctable.

    Il y a aussi un art délicat de la narration qui fait mouche. Reconnaissons-le, Andrei Makine sait raconter son histoire et la musique d’une vie est un véritable plaisir de lecture dont la musique est douce. La langue de l’écrivain russe est souple et rythmée. Elle fait éclater les sentiments, l’âme du personnage principal, l’essence des évènements qui jalonnent son parcours. Quelque chose de profondément humain émerge avec une certaine retenue, une élégance sans jamais céder à l’exubérance, à un lyrisme excessif ou au bavardage.

    Bien.