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héros

  • Le terroriste noir – Tierno Monénembo

    56275520_10942753.jpgJe ne connaissais pas Addi Bâ Mamadou avant d’ouvrir le livre de Tierno Monénembo. Voilà pourtant une histoire qui vaut son pesant de cacahuètes. Né en Guinée pendant la Grande Guerre, l’homme a été un des fameux tirailleurs « sénégalais » qui ont participé à la seconde guerre mondiale dans les rangs de l’armée française. Mieux, il a été une figure de la résistance française dans les Vosges et est mort fusillé par les allemands en 1943. Un leader résistant noir en France ? Pendant la seconde guerre mondiale ? Dans les Vosges ? Au point que trois villes aient donné son nom à certaines de leurs rues ? Incroyable ? Oui, tellement qu’il n’a reçu la médaille de la résistance à titre posthume qu’en 2003.

    Comment cet homme a-t-il pu se faire accepter dans cette région ? Comment y a t-il vécu ? Comment a t-il fini dans la résistance ? Voilà ce que s’attache à raconter Tierno Monénembo. C’est une véritable entreprise de mise en lumière, de reconnaissance qu’entreprend l’écrivain guinéen par l’intermédiaire de la voix de Germaine Tergoresse qui a connu le héros durant ces années de maquis alors qu’elle n’avait que 17 ans. Cette vieille dame raconte donc l’histoire du « schwarze terrorist »  comme l’appelaient les allemands, la fascination dont il était l'objet durant ces années-là dans ces contrées. Elle raconte aussi l'histoire de son petit village, avec ses inimitiés, ses habitudes, ses personnages hauts en couleur. C’est pittoresque, un peu folklorique et à la fin un peu longuet, tournant un peu trop autour du pot: la sorte de jeu installé entre Addi Bâ, véritable "mascotte" et les habitants de la région, quelque part entre le racisme ordinaire et son contraire.

    Si Tierno Monénembo arrive à créer une voix avec sa narratrice, la bonhomie de cette dernière en vient rapidement à bout des quelques moments de truculence et le récit est parfois étiré. Surtout qu’il semble allègrement hagiographique, versant un peu dans le portrait béat et c’est vraiment dommage. A part quelques allusions à son rapport aux femmes, Addi Bâ n’est pas loin d’être présenté comme un saint adoré et adulé par les habitants de cette région. C’est un peu lassant même si c’est souvent la manière dont sont traités les héros. Justement j’en attendais plus de Tierno Monénembo: une meilleure exploitation de cette histoire avec un réel potentiel.

    Bof.

  • Tristano meurt – Antonio Tabucchi

    tristano-meurt---une-vie-11163-250-400.jpgLa lecture de Tristano meurt d’Antonio Tabucchi terminée, je fais un rapide tour sur le net. Quelle n’est pas ma surprise de ne voir que des articles généralement dithyrambiques au sujet de cette œuvre. Mon avis est nettement plus mitigé, pour faire dans l’euphémisme. Alors de quoi s’agit-il ?

    Tristano, sur le point de mourir, fait venir à son chevet un écrivain qui a écrit un roman dont il est le héros. Il souhaite raconter à ce dernier sa vie et plus précisément donner sa version des faits qui ont fait de lui un homme qu’on peut utiliser comme personnage principal d’une fiction. Gangrené à la jambe, sous morphine, en plein délire, Tristano revient donc sur les épisodes qui ont fait de lui un héros. Il part dans un monologue halluciné dans lequel se mélangent visages, noms, faits, émotions dans une chronologie totalement embrouillée.

    Ce que tente de faire Antonio Tabucchi, c’est de nous plonger dans l’esprit embrumé d’un Tristano complètement shooté. Il essaie de nous faire entendre sa voix et celle de tous ceux qui le hantent, fantômes du passé qui ne le lâchent plus. Si au début et par moments, il y a une réelle dimension tragique dans les errances de cet homme dans son labyrinthe intérieur, il faut avouer qu’à la longue, tout ça est juste lassant, embrouillé et abscons. Difficile de démêler les fils de ce que raconte Tristano, entre rêves, visions et souvenirs. C’est d’autant plus frustrant que ce que ce dernier veut raconter tient surtout en deux ou trois épisodes autour desquels il brode indéfiniment sans pouvoir apporter grand-chose de nouveau malgré les pages qui s’égrènent.

    Mais alors y a-t-il quelque chose à tirer de tout ça ? Vaguement dirais-je, tant l’ensemble est flou et le discours parfois pompeux quand il est un peu structuré. C’est dommage car en fait, Antonio Tabucchi avait des choses essentielles à dire. Il souhaitait d’abord questionner l’histoire officielle telle qu’elle est construite et le témoignage. Où est la vérité demande Tristano ? Comment dépasser la subjectivité, approcher au plus près du réel, des vrais actes, des vraies intentions, loin des récits que peuvent tisser l’historien, le romancier ou plus radicalement, n’importe quel témoin. Pourtant que reste-t-il à la fin, sinon ces récits ? Ainsi peut-on faire de Tristano un héros alors que lui-même se voit un peu comme un lâche et finalement seul ?

    Le problème est qu’Antonio Tabucchi n’a pas réussi à écrire une fiction à créer de la chair autour de ses idées. Il ne suffit pas d’une voix, ni de mettre un peu d’Histoire, quelques souvenirs épars autour de ces idées.

    Brouillon et ennuyeux.