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hippie

  • Gringoland – Julien Blanc-Gras

    voyage,tourisme,voyageur,hippie,mondialisation,vacances,hédonismeMoins abouti que Touriste ou Paradis avant liquidation, Gringoland apparaît néanmoins comme la matrice de ces œuvres de Julien Blanc-Gras qu’il précède. Comment être un jeune écrivain voyageur aujourd’hui, après Pierre Loti, Nicolas Bouvier, Jérôme Charyn et tous les autres, à l’heure du tourisme de masse, des nombreuses émissions télé/radio de voyage, du village planétaire ultra-connecté, des vols charters, des formules all-inclusive, des innombrables guides de voyage, des week-ends en amoureux et des années sabbatiques, des road-trips à l’étranger ?

    La réponse de Julien Blanc-Gras peut ne pas forcément plaire aux idéalistes, aux fanatiques de l’authentique, car située quelque part entre les pérégrinations touristiques banales de tout un chacun et la recherche d’un apex de découverte et d’immersion, dissimulant mal des questions existentielles plus profondes et des obsessions. Elle est sérieusement grinçante, caustique, dans le décalage permanent de celui qui prend du recul avec son voyage et son expérience, aiguisant son sens de l’observation, n’hésitant pas à se laisser aller à quelques considérations sur le voyage, les voyageurs, la vie en général.

    Du Mexique à la Californie en passant par le Guatemala, Belize ou encore Cuba, Julien Blanc-Gras essaie d’échapper à un destin banal en se confrontant à des univers différents, en suivant le fil de l’aventure et des rencontres pour dire quelque chose de son époque, de sa génération, du voyage, des lieux qu’il traverse. En vrac, il plonge dans le microcosme superficiel du monde des stars et des IT girls en Californie,  dans l’univers enfumé des nouveaux hippies ou des  « travelers », souvent de jeunes occidentaux blancs favorisés mais désenchantés, en quête de sens, d’ailleurs, d’absolu ou de Dieu seul sait quoi. Il se frotte de près ou de loin à la réalité des migrants mexicains en partance pour l’Eldorado américain ou à celle de la jeunesse dorée du Mexique qui brûle la vie derrière les murs des ghettos de riches. Etc. Un morceau d’un petit précis de mondialisation à l’usage de la jeunesse.

    Que d’aventures donc doublées de réflexions plutôt pertinentes qui font que l’on ne s’ennuie pas à la lecture de Gringoland. C’est un livre vif, mordant, servi par une certaine proximité rapidement installée avec le lecteur et qui est à apprécier malgré quelques défauts. L’incipit, avec cette histoire de chienne, n’est ainsi pas forcément réussi et plutôt longuet, manquant de la finesse et de la subtilité dont l’auteur finit par faire preuve ultérieurement. Le texte est aussi émaillé de formules à l’emporte-pièce, de jeux de mots de toutes sortes qui ne font pas toujours mouche ou qui sont un peu grossières (à noter que l’auteur s’est nettement amélioré sur ce point-là dans ses ouvrages ultérieurs).

     Drôle, divertissant, plutôt réussi.