Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

hiroshima

  • Pluie noire - Masuji Ibuse

    pluie_noire.jpgShigematsu et son épouse Shigeko aimeraient bien marier leur nièce Yasuko, mais ils n’y arrivent pas bien que celle-ci semble être de prime abord un parti intéressant. La faute à la rumeur publique qui court sur son compte. Malgré sa bonne santé apparente, Yasuko aurait été contaminée par les retombées de la bombe atomique quelques années plus tôt. Pour arriver à la marier Shigematsu décide donc de prouver que sa nièce n’a pas été contaminée en retranscrivant le journal de cette dernière ainsi que le sien. C’est par ce procédé un peu artificiel que Masuji Ibuse couvre la période du bombardement d’Hiroshima, depuis le lancement de « little boy » sur la ville le 06 août jusqu’au 15 août 1945.

    Classique de la littérature Japonaise et plus précisément de la littérature de la bombe atomique, Pluie noire est un livre qui se situe à la frontière de la fiction et du témoignage. Il multiplie les entrées de journaux intimes de japonais ayant été contaminés par les retombées de la bombe et agglomère ainsi une succession de témoignages qui mettent la lumière sur l’enfer qu’a constitué l’explosion atomique pour tous ceux qui l’ont vécue. Il n’y a aucun détail qui est épargné au lecteur et cet évènement apocalyptique est décrit dans toute son horreur.

    Tout y passe, d’abord l’instant zéro avec une lumière aveuglante, le fracas de la bombe, l’onde de choc et l’incompréhension. Ensuite, c’est le constat terrible et évident des différents dégâts matériels et de l’impact de la bombe sur la ville qui a été soufflée et détruite dans un  rayon impressionnant. Et puis bien sûr il y a les morts, les mourants, partout, dans toutes les positions, surpris et emportés par l’atome ; il y a les blessés de toutes sortes, partiellement brûlés ou autrement atteints, plus ou moins mobiles; des survivants qui errent dans les décombres, dans un menaçant décor de fin du monde, dans un état d’hébétude, d’incompréhension et d’abattement, à la recherche de leurs proches. Que se passe-t-il dans les moments qui suivent pareil cataclysme ?

    Masuji Ibuse montre une société qui a littéralement explosé avec la destruction de tous les services publics et de la présence de l’état. Personne ne sait ce qui se passe, à qui s’adresser, quoi faire, où aller, ni comment. Le vide créé par l’explosion n’est pas que physique. Et l’ignorance de ce qui s’est vraiment passé, de la réalité de la bombe A pèse aussi sur les esprits, tout comme elle pèsera sur les corps pendant bien longtemps. Le récit, partant de quelques années après l’évènement, s’attarde plus particulièrement sur les radiations et les maladies qui découlent de l’exposition aux radiations de la bombe. C’est une préoccupation d’autant plus omniprésente et angoissante pour tous que personne ne sait ce qui arrive vraiment aux personnes malades. Les médecins s’avèrent ignorants et démunis et la détresse générale est grande face à un mal insidieux, aux symptômes protéiformes, parfois invisible pendant des années, latent.

    L’intérêt de Pluie noire est indéniable et il est aisément compréhensible qu’il soit devenu un classique, il n’en présente pas moins des défauts qui ont altéré mon plaisir de lecture et ma perception plutôt positive du livre. Pluie noire est long, par moments interminable, une sensation qui ne tient pas tant au nombre de pages qu’à l’accumulation des témoignages. C’est une litanie qui à la fin devient répétitive et qui finit par perdre de son impact.

    La minutie de Masuji Ibuse à travers le principe de retranscription des différents journaux intimes n’arrange rien à l’affaire. Les descriptions et les cas s’enchaînent avec une recherche de la précision et du détail impressionnante et fastidieuse à la fois. Difficile de ne pas avoir la sensation que par moments on s’attarde très longuement sur du "dispensable". Il y a un caractère harassant et asphyxiant à une telle  profusion de détails et à une telle rigueur. Surtout que le tout est associé à une certaine froideur et à un aspect clinique du récit. Si cela contribue à une certaine distanciation certainement appréciable pour supporter un sujet très fort et sentimentalement très chargé, il en résulte aussi un récit parfois impersonnel,  peu impliquant pour le lecteur.

    Avis mitigé sur ce classque.

  • Hiroshima, fleurs d’été – Tamiki Hara

    9782742769131.jpgPoète japonais, Tamiki Hara décide de retourner à Hiroshima sa ville natale après le décès de sa femme. On est en 1945, l’Amérique s’apprête à larguer sur la ville, « Little Boy », la 1ère bombe atomique de l’histoire. Tamiki Hara y survivra et tirera de cet épisode tragique 3 nouvelles qui sont réunies dans ce recueil : Prélude à la destruction, Fleurs d’été et Ruines.

    Prélude à la destruction, la 1ère nouvelle du recueil, met en scène Shôzo le narrateur revenu vivre à Hiroshima avec ses deux frères et sa sœur. Cette nouvelle apparaît brouillonne, manquant parfois de précision sur les personnages, les lieux, les faits, perdue par moments dans des détails insignifiants ou peu passionnants sur les relations entre Shôzo et sa famille. Elle présente pourtant un intérêt notable avec la description de l’atmosphère et de l’ambiance d’Hiroshima avant la bombe. La nouvelle est l’occasion de ressentir la tension qui règne dans la ville, entre les habitants. La menace d’une attaque aérienne est omniprésente et la guerre investit leur quotidien : consignes officielles, alertes aériennes, organisations de manœuvres, réquisitions, production industrielle adaptée, conscription. Quelque chose dans l’air annonce la catastrophe.

    Fleurs d’été est la nouvelle la plus réussie du recueil. Alors que le narrateur est aux toilettes, la bombe explose à 600 m au dessus du sol et rase Hiroshima. Après un moment d’hébètement, le narrateur s’aventure à l’extérieur et découvre l’horreur. La ville n’est plus que décombres, le paysage, désolation. L’horizon est dégagé sur le massif montagneux aux alentours car la ville est détruite. Les descriptions sont saisissantes sans êtres méticuleuses : décombres et incendies, et au milieu des êtres humains mourant, agonisant dans d’atroces souffrances. Personne ne semble saisir vraiment de quoi il retourne. Le caractère inédit de l’évènement est présent dans le récit de Tamiki Hara. Le narrateur ne sait pas que c’est la bombe A et avance comme un fantôme dans une terre de ruines hantée par des paroles, des manifestations, des plaintes, des gémissements de souffrance des victimes qui marquent  le lecteur. L’atmosphère de fin du monde, d’enfer sur terre est palpable.

    La dernière nouvelle, Ruines, est le prolongement de Fleurs d’été. Moins marquante que cette dernière, elle évoque l’après Hiroshima. Une autre bombe, « Fat man » est tombée sur Nagasaki. La guerre est finie et un fort sentiment d’amertume traverse la nouvelle. Cette horreur aurait pu être évitée. Et maintenant ne reste que la souffrance. Les conséquences de la guerre sont décrites : des malades, des morts, des disparus, des corps à la pelle, des ruines, et un univers corrompu, rugueux pour ceux qui survivent, ceux qui restent. Le texte de Tamiki Hara redevient malheureusement haché, avec un liant parfois faible entre les différents moments narratifs.

    Hiroshima, Fleurs d’été, est un recueil saisissant par son atmosphère et son ambition de saisir un avant, un pendant et un après la bombe. Le recueil, qui culmine avec Fleurs d’été, la nouvelle centrale, est cependant inégal. Le témoignage est forcément bouleversant même si la construction narrative est brouillonne, faible par moments, pas forcément soutenue par des personnages parfois à peine ébauchés. On reconnaît néanmoins le poète derrière ces nouvelles, avec de véritables moments où la tristesse, l’amertume, la désolation sont ressenties de manière tranchante, comme des lames.

    Tamiki Hara s’est donné la mort en se jetant sous un train en 1951.