Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

humour

  • Paradis (avant liquidation) – Julien Blanc-Gras

    Lparadis.jpges îles Kiribati, ça vous dit quelque chose ? Non ? Mais si voyons, ces îles perdues dans le Pacifique qui sont menacées de disparaître, englouties sous la mer par la faute du réchauffement climatique. Eh bien, Julien Blanc-Gras a décidé d’aller y passer un peu de temps, histoire de voir de plus près à quoi peut bien ressembler ce monde à priori condamné par notre incurie écologique. Résultat des courses ? Après Touriste, encore un récit de voyage iconoclaste et très décalé par rapport à la littérature de voyage classique.

    Alors les Kiribati ? Anciennement Îles Gilbert, cet état archipélagique a été protectorat anglais jusqu’en 1979. Pour faire court en pompant un peu sur Wikipédia, c’est un ensemble de 33 îles réparties en 3 archipels, avec une population dépassant de peu les 110000 âmes et qui pourrait facilement correspondre au cliché carte postale d’un univers paradisiaque insulaire. Plages, cocotiers, coquillages et crustacés ? Tout l’objet de ce livre est évidemment de nous démontrer qu’il n’en est rien. Non, les Kiribati ne sont pas vraiment un paradis, mais sont certainement en liquidation. Et pas uniquement à cause du réchauffement climatique…

    Julien Blanc-Gras nous montre Kiribati telle qu’elle est : pauvre, pathétique, sale, désorganisée, coincée quelque part dans le passé et soumise aux immenses défis du développement comme d’autres endroits du tiers-monde, avec l’épée de Damoclès de la disparition sous les eaux en plus.  Il n’y a, dans le portrait que l’écrivain voyageur fait de l’île, de ses habitants, de ses coutumes, aucun excès de misérabilisme, aucun relent de néocolonialisme ou au contraire de sanglot de l’homme blanc. Juste un regard sincère et lucide, distancié, avec néanmoins ce qu’il faut d’empathie pour pouvoir être immergé dans cette réalité complètement autre et ne pas sombrer dans le pur cynisme.

    Construit à coups de chapitres très courts, le livre est une succession d’anecdotes et de péripéties parfois à peine croyables qui dessinent la réalité des îles Kiribati. On tutoie allègrement l’absurde, le cocasse et l’improbable au milieu de personnages hauts en couleurs, les habitants locaux ou les rares expatriés qui s'y perdent. Cette narration éclatée en séquences courtes correspond au voyage vagabond de l’auteur et reste tout de même cohérente grâce à une problématique essentielle qui reste le fil conducteur empêchant le livre de n’être qu’un simple patchwork de bonnes histoires : le destin de Kiribati menacé par les eaux et le réchauffement climatique.

    Une des forces de Julien Blanc-Gras est son humour percutant, parfois grinçant. Le rire surprend souvent le lecteur au détour d’une phrase. Là où le sujet du livre aurait pu conduire à une tonalité tragique, Julien Blanc-Gras est irrésistiblement drôle sans pour autant céder au cynisme. Il combine cet humour à un sens aigu de l’observation et de la remarque pertinente. Ses phrases, ses formules parfois un peu faciles, font mouche et dénotent l’esprit vif, malicieux et cultivé d’un trentenaire qui maîtrise parfaitement les codes de sa génération et de son époque.

    Facile à lire, Paradis (avant liquidation) est un carnet de voyage drôle, original et intéressant, touchant même par moments.

    Bien.

  • Touriste – Julien Blanc-gras

    T9782253164517-T[1].jpgouriste ? Le narrateur l’est un peu comme près d’un milliard d’individus, à l’heure du tourisme de masse.  Un peu seulement, parce que lui est un véritable obsédé du voyage, un homme hanté par le globe terrestre qu’il a reçu en cadeau dans sa petite enfance. Résultat des courses, il souffre d’une pathologie plutôt rare, l’obsession de voyager et de voir tous les pays. Une ambition, une passion au-delà du simple dada du fan de géographie ou même de l’indéfectible nomade, qui le pousse à sans cesse partir et pas forcément dans les conditions qu’il juge idéales. Peu lui importe. De l’année Erasmus en mode étudiant fauché, aux voyages professionnels en tant que journaliste presse en passant par des expériences de tourisme extrême, tout y passe. Les pays défilent (Brésil, Tunisie, Chine, Madagascar, la Colombie, l’Angleterre, etc.), les situations hétéroclites et insolites aussi (la classique visite des monuments incontournables, l’hôtel all inclusive en solitaire, le séjour organisé par un tour opérateur local, etc.)

    Julien Blanc-Gras a écrit un livre très drôle. Les pages défilent rapidement et on ne cesse de sourire quand on n’éclate pas carrément de rire. Le comique de situation est accompagné d’un sens de la formule et d’une écriture mordante, piquante qui fait quasi systématiquement mouche. Il y a un réel plaisir, une certaine jubilation à la lecture de Touriste. Si c’est une des principales forces  de ce livre, son caractère comique ne doit pas pour autant occulter les autres qualités de Touriste. C’est un livre habilement construit, qui arrive à agripper son lecteur en dévoilant progressivement son propos, chapitre après chapitre, à coup d’anecdotes et d’aventures savoureuses, dans un mélange de genres réussi, entre comédie, carnet de voyages, autobiographie, reportage.

    Touriste est également brillant car il porte un regard et une réflexion, tous deux d’une justesse remarquable sur un phénomène significatif de notre époque. Le tourisme est partout, avec ses travers, ses dérives, avec également ses fanatiques et ses ayatollahs, avec ses richesses et ses opportunités. Si ce peut-être une activité sans intérêt, c’est aussi une possibilité d’étreindre le vaste monde. Ce que Julien Blanc-Gras essaie de nous montrer avec talent, c’est la boule multifacettes que peut-être le tourisme et que nous pouvons tous reconnaître. Avec subtilité et intelligence et une bonne dose d’humour et de distanciation, il nous raconte ces situations communes du touriste moderne parfois inconfortable dans sa confrontation à son semblable, à autrui ou à la misère, habité du désir de voir, de comprendre, de creuser, de découvrir quand il ne s’agit pas de la recherche  du simple exotisme toc, du repos, de la fuite loin de son morne quotidien, des prestations tarifées à un coût plus abordable en raison des écarts de développement, etc. Il peut y avoir du noble comme de la vulgarité dans le tourisme, souvent même les deux ensembles et toutes ces anecdotes, tous ces voyages que Julien Blanc-Gras compile, contribuent à nous montrer ces facettes du tourisme.

    Touriste est un livre très moderne, écrit par un écrivain voyageur original, très drôle et bien plus fin et pertinent qu’il pourrait paraître au premier abord.

    Recommandé.

  • L’écologie en bas de chez moi – Iegor Gran

    drôle,humour,écologie,amitiéJ’étais resté sur une bonne impression et quelques rires après la lecture d’ONG! d’Iegor Gran, il y a quelques années de cela, alors c’est avec un à priori positif que je me suis lancé dans l’écologie en bas de chez moi.

    Il a suffi d’une affiche placardée sur le tableau d’affichage de son immeuble l’invitant à regarder le documentaire de Yann-Arthus Bertrand, Home, pour faire sortir Iegor Gran de sa retenue et se lancer dans une croisade, non pas contre l’écologie, mais contre les idées reçues sur l’écologie, ses contradictions idéologiques, sa récupération politique, commerciale, sa veine apocalyptique et anti-culturelle. Souvenons-nous déjà que dans ONG, l’une des associations tournées en ridicule par leur guéguerre était une association écolo, la foulée verte…

    Iegor Gran n’y va pas de main morte dans son réquisitoire. Il démonte les idoles et les raisonnements faciles à coups de démonstrations et de notes de bas de pages qui prouvent qu’il y a du travail de recherche derrière chacun de ses arguments. Il faut lire ses passages sur le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), sa critique des ouvrages de différentes figures écologiques incontournables (Al Gore, Nicolas Hulot…), entre autres pour se convaincre d’une certaine justesse de son propos et de son regard.

    Ce livre aurait pu être pénible, lourd s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre qu’Iegor Gran. Celui-ci arrive à articuler son argumentation autour de situations concrètes, bassement quotidiennes et d’observations simples qui allègent l’ensemble. Par ailleurs, il intègre son propos à un récit autofictionnel marqué par la rupture d’une amitié et permet au livre de ne pas être unidimensionnel. Et puis surtout, il écrit dans un style direct - avec une verve quasi-pamphlétaire - qui est réjouissant tant il ne lésine pas sur l’humour, grinçant de préférence, l’exagération, l’ironie et le cynisme. Il y a à chaque page ou note de fin de page, un amour de la punchline ravageuse qui doit être savouré.

    Moins drôle et enlevé qu’ONG, l’écologie en bas de chez moi est en fait un plaidoyer pour la culture et l’histoire de l’évolution de l’humanité, qui ne doit pas nous faire nier l’intérêt et la pertinence d’une réflexion et d’une action écologique débarrassées de certains écueils actuels.  

    Note : A mettre en relation avec 2 essais: Le fanatisme de l’Apocalypse de Pascal Bruckner ou Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry.