25.08.2009

Un roman Russe – Emmanuel Carrère

9782070356652.jpgIl est difficile de résumer et de définir un roman Russe, parce qu’il est à sa manière une sorte d’ovni littéraire qui dépasse les genres. Il se joue des frontières littéraires pour développer ce qui est à la fois un journal intime, le carnet de bord d’un réalisateur, le récit d’une saga familiale et d’une passion amoureuse. C’est le propre du génie romanesque que de ne pas être simplement figé dans une forme (cf. l’art du roman de Milan Kundera) mais de pouvoir articuler différents éléments, récits dans un collage qui a du sens.

Certains ont vu dans un roman Russe, un nouvel opus de la vague autofiction qui prédomine les lettres françaises récemment et l’ont critiqué. Pour ma part, le genre importe peu au regard de la qualité du livre. Le problème de la majorité des autofictions est surtout que ce sont de mauvais livres, mal écrits, mal construits ou inintéressants. Ce n’est pas le cas d’un roman Russe. Et c’est peut-être le petit miracle d’Emmanuel Carrère. Il raconte l’histoire de sa passion amoureuse avec une certaine Sophie. Une histoire difficile, avec bien entendu des coucheries, des orages, des bonheurs, des différences entre les protagonistes etc. Banal ?

En fait pas tant que ça parce que l’originalité d’Emmanuel Carrère se retrouve dans son écriture. Il s’agit d’une véritable mise à nu. A la lecture de cette histoire, on y sent une dureté, une violence, une noirceur qui sont rares. Emmanuel Carrère est sans concession avec lui-même, avec ce qu’il a vécu. Le lecteur sent qu’il n’y a pas de jeu, pas de légèreté. Il s’agit ici de trifouiller le plus profond des choses, des mots, des pensées. Le mérite de l’auteur est de ne pas faire de son lecteur un témoin éloigné mais presqu’un acteur pris quelque part au milieu des déchirements, des envolées de cette passion complexe. Il y a quelque chose de viscéral et d’essentiel, de nécessaire dans la manière dont ce texte est écrit qui le distingue des autres textes similaires.

D’autant plus qu’excellent romancier, Emmanuel Carrère, mêle cette histoire à celle d’une quête personnelle, une quête identitaire qui est encore plus intéressante à mes yeux. Il essaie de comprendre, de décrypter la fêlure intime qui fait de lui l’homme qu’il est, un écrivain, cet écrivain là. Déchiré, complexe, sombre et envoûtant. Cette quête est un processus de réappropriation d’une généalogie, celle d’une famille de Georgiens que l’histoire et ses grands sabots a poussé à émigrer en France. Suivre l’enquête d’Emmanuel Carrère sur ses origines russes, sur ses grands parents et plus particulièrement son grand père qui se trouve être une personne aussi torturée que lui est un cheminement riche, une fois encore très intime mais aussi très difficile, très âpre. Les sinuosités, les sombres recoins de cette histoire familiale sont exposés et révèlent la face cachée d’une famille. Un traumatisme qui court d’une génération à l’autre est là, tapi. Et à vrai dire, on s’en tape un peu que ce traumatisme concerne aussi Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain et la secrétaire perpétuelle de l’académie Française. Ce livre vaut plus que ça.

Emmanuel Carrère arrive à faire de la Russie un fil conducteur, un pivot entre sa quête des origines, son problème identitaire et sa passion amoureuse. La Russie est le point de départ du livre et de ces trois sujets. Alors qu’il était parti couvrir l’histoire incroyable d’un prisonnier hongrois resté enfermé pendant cinquante ans dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch, s’ouvre sous ses pieds un abîme dans lequel il s’engouffre. Il veut faire un film sur la vie à Kotelnich. La Russie, les voyages pour réaliser ce film entre autres, permettent de tisser des liens entre les trois explorations poursuivies par le livre. La Russie est une pierre angulaire qui lui permet de travailler d’abord, de poursuivre sa quête des origines, de se confronter à lui-même et qui a une importance dans le délitement de son histoire avec Sophie.

Ce qu’il y a de moins intéressant dans un roman Russe, ce sont finalement les passages de « cul » et les longueurs concernant la nouvelle publiée par Emmanuel Carrère dans le monde. Pour le reste, un roman Russe est pour moi une œuvre intéressante, dense et présentant une structure narrative à même d’exploiter ses différents thèmes, et qui offre plusieurs niveaux de lecture. Emmanuel Carrère est un des écrivains français les plus intéressants de ces dernières années et il le confirme.

23.06.2009

Un amant de fortune - Nadine Gordimer

un amant de fortune.jpgJulie est une fille blanche issue d'une famille fortunée d’Afrique du Sud. Elle vit en rébellion contre son milieu d’origine et baigne dans un environnement bohême, désirant avoir un style de vie original. Quand elle s’éprend d’Abdou, un garagiste noir et clandestin - double peine même dans l'Afrique du Sud après la fin de l'apartheid -, elle ne sait pas vraiment dans quoi elle s'embarque. En effet l'histoire devient rapidement folle lorsqu’Abdou est expulsé et que Julie décide de le suivre. Au moment où Julie prend cette décision, difficile de dire, de savoir à quel point elle est vraiment amoureuse d'Abdou. Elle semble plutôt partir sur un coup de tête, un coup de folie. Peut-être voit-elle là l'occasion dont elle a toujours rêvé de bouleverser son univers ? Et Abdou là-dedans ?

Un amant de fortune est un roman sur le choc des cultures. Il ne s'agit pas ici uniquement de différence de couleur de peau, même si cela joue et plus particulièrement quand il s'agit d'Afrique du Sud. Tellement de choses opposent les deux personnages principaux, plus que l’argent, la couleur, il y a véritablement deux mondes entre eux: leurs cultures.  Les questions d'intégration et d’identité et leurs corollaires, l'exil, l'immigration, l'assimilation sont au coeur de l'oeuvre. Elles sont tout d’abord exploitées sous l’angle d’Abdou que nous connaissons si bien, puis, plus largement sous celui de Julie. C'est une perspective qui est rarement abordée en littérature, l'intégration, l'immigration, l'assimilation de l'homme blanc vers d'autres cultures. L’occidental semble toujours débarrassé des questions d’intégration, son monde est partout, son aisance financière semble éluder la question, l'intégration, c'est toujours pour les autres. Pas selon Nadine Gordimer. Comment Julie peut-elle vivre dans le monde d'Abdou ? Au prix de quels sacrifices ? Pourquoi veut-elle y vivre ? Et si au-delà des mondes, les êtres n'étaient seulement séparés que par leurs rêves, leurs ambitions, leurs désirs profonds ?

Il est aussi question dans ce livre de fuite, fuite de soi, fuite vers l'ailleurs. Derrière les mots et les aventures, la quête de sens et de soi est brûlante. Nadine Gordimer se sert de cette histoire d’amour peu conventionnelle, des différences entre les personnages et leurs expériences d’émigration pour aborder des situations sociales, identitaires complexes induites par le monde moderne de la mixité. A coup de chapitres courts et tendus, elle explore sous tous les angles ces problématiques, donnant une épaisseur rare à ses personnages, complexes, contrastés, une acuité tranchante à ses réflexions. Le roman est intelligent, envoûtant et surtout très juste.

Un aller simple - Didier Van Cauwelaert

un aller simple.jpgLe roman est lancé à partir d'évènements à proprement parler burlesques. Aziz, français de 19 ans, originaire de Marseille, va être expulsé de son pays pour un retour "volontaire" vers sa patrie au Maghreb. Comment est ce possible ? C'est ce que raconte Aziz dans la première partie du roman. Il se trouvait dans une voiture volée par des gitans, enfant. Ce sont ces derniers qui l'ont élevé et lui ont fourni les papiers d'identité marocaine. C'est un peu leur vie qu'il a vécu jusqu'à son arrestation et à son expulsion.

Dès les premières lignes du livre, sa force principale saute aux yeux, le style. Le récit est raconté par Aziz avec une certaine oralité qui fait mouche. Les aventures un peu rocambolesques et un peu pittoresques de sa jeune existence prennent force et drôlerie dans un langage très imagé et baroque à sa manière. Les bons mots affleurent, et ils sont parfois faciles, mais la loufoquerie de l'ensemble, le piquant et le phrasé d'Aziz emportent facilement les rares objections dans un flot plaisant, même les quelques clichés sur les gitans par exemple. Le livre est parlé, chanté avec des expressions et un accent qu'on sent poindre à chaque instant.

C'est d'ailleurs cette faconde, cette gouaille, cette imagination fertile qui piègent Aziz dans cette bizarre aventure du retour à un apocryphe pays natal. Accompagné par un jeune énarque qui n'est pas au mieux de sa forme, il s'agit de retrouver son passé, ses racines, dans une entreprise qui à sa façon se moque de ses retours volontaires tels qu'ils sont institués par certaines politiques d'immigration. Le livre se transforme au fur et à mesure en un voyage initiatique pour les deux protagonistes qui sont en fait embarqués dans une même galère. Dans un pays qu'aucun d'entre eux ne connaît, ils sont à la recherche d'eux-mêmes, tissant maladroitement, au fil d'expériences ratées, de lente compréhension des choses qui les entourent et qui émanent d'eux, des liens d'amitié qui rendent le livre attachant.

Un aller simple est une histoire populaire - au bon sens du terme ? - qui sait parler avec ingéniosité d'amitié, de racines, de malheurs en déroulant des aventures surprenantes et en s'articulant autour de personnages forts et atypiques. Le cocktail est séduisant parce qu’il mélange avec talent, verve et énergie, rires et tristesse. Et ce n'est pas grave si la fin est un peu rapide et triste, si quelque fois le côté invraisemblable de cette histoire émerge, c'est tout simplement distrayant et inventif. Un aller simple a eu le prix goncourt en 1994 et c'était sans doute mérité...

Un ami parfait - Martin Suter

un ami parfait.jpgQuand Fabio Rossi se réveille à l'hôpital, il est amnésique, sa mémoire est délestée des cinquante derniers jours à la suite d'un choc à la tête. Cet évènement traumatisant l'est encore plus lorsque Fabio Rossi se rend progressivement compte que ces jours qui lui manquent ont été ceux de tous les bouleversements dans son existence.  En effet, Norina la femme qu'il pense aimer ne veut plus le voir alors que Marlène, une belle blonde plantureuse qu'il ne connaît pas, semble avoir récemment pris sa place. Il a également démissionné de son emploi de journaliste peu avant son traumatisme alors que ce travail était sa passion. Quant à son collègue et ami Lucas, il reste silencieux et semble savoir des choses qui le perturbent au sujet de ces jours évanouis...Mais que s'est-il donc passé durant ces jours absents de sa mémoire ?  

Voilà comment Martin Suter lance son intrigue et façonne un noeud qui ne sera défait qu'au bout du livre. Un ami parfait a des allures de roman policier, mais pas seulement, il en a aussi les ficelles et les qualités. Les amateurs de polars seront séduits par le suspens haletant du livre et le mystère patiemment levé au terme d'une enquête passionnante, allant de surprises en surprises, sur le brouillard dans la mémoire de Fabio Rossi. Mais un ami parfait est bien plus qu'un roman policier, c'est aussi un roman psychologique qui explore les questions du moi et de l'identité par le biais de la mémoire. Qui est Fabio Rossi ? C'est la question centrale du livre et c'est ce que vont réveler les jours qui manquent à sa mémoire.

Qui sommes nous vraiment ? En chacun de nous un autre, différent, sommeille, qui peut surgir à n'importe quel moment, au profit de n'importe quelle faille. La mémoire est un outil qui peut nous permettre de garder une certaine cohérence dans les fluctuations du moi mais elle n'est pas infaillible. Comment peut-on être un autre ou un étranger dans sa propre vie ? Comment l'image que nous avons de nous-mêmes et de notre existence est-elle tributaire de notre mémoire mais aussi de celle des autres ? La quête de Fabio Rossi est déroutante car il se découvre, il découvre sa vie sous un autre jour, comme d'une autre personnalité. Et tout est différent bien sûr. Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la mémoire dans ce que nous sommes et dans notre compréhension des choses qui nous entourent, du monde.

Les vérités que découvre Fabio Rossi sur lui-même et les autres quand il récupère sa mémoire ne sont pas belles à voir et le tragique qui rôde autour de cette histoire finit par surgir dans un dénouement surprenant. Il n'est pas négligeable de dire au passage qu'en parallèle de cette quête d'identité, Fabio Rossi redécouvre l'enquête qu'il menait avant son traumatisme crânien et qui n'est pas pour rien dans ses aventures. Il était sur un gros coup concernant l'industrie agro alimentaire: un scandale lié à la présence de prions dans des produits de grande consommation. C'est l'occasion pour Martin Suter d'égratigner ces grandes puissances industrielles et leurs intérêts financiers qui priment sur toute autre valeur. Quand on sait que la Suisse, patrie de Martin Suter, abrite quelques uns de ces groupes, la critique égratignant la confédération helvétique est plus limpide.

Un ami parfait est un ouvrage qui flirte habilement avec plusieurs genres.  S'il n'y a pas grand chose à dire sur le plan du style, sinon qu'il se laisse lire facilement, c'est un ouvrage à recommander pour l'intelligence et l'originalité avec lesquelles il traite des thèmes de la mémoire et de l'identité. Très bon roman.

Small World - Martin Suter

small world.jpgLe premier livre de Martin Suter porte sur le thème de la mémoire et de l'identité et constitue une peinture critique de la haute société suisse. Martin Suter emprunte un chemin original et peu évident pour développer son intrigue et ses thèmes: la maladie d’Alzheimer.

Conrad Lang, la soixantaine, est atteint du mal incurable. Cet homme qui a été toute sa vie au service de la puissante et riche famille Koch, dans laquelle il a également grandi au côté du fils héritier, est trahi par sa mémoire. Elle s'effiloche, s'effrite de manière imprévisible juste au moment où le bonheur semble lui tendre les bras. Des souvenirs enfouis, lointains, remontent depuis son enfance jusqu'à la surface. Et ils semblent ne pas être du goût d'Elvira Senn, la doyenne de la famille qui veille d'une main de fer à la réputation et à la prospérité des Koch.

Martin Suter a un art consommé du suspens, digne des maîtres du polar. Le lecteur est captivé et progressivement, les mystères qui entourent la famille Koch et Conrad Lang sont dévoilés en même temps qu'évolue la maladie d'Alzheimer de ce dernier. Le livre est très bien documenté sur cette pathologie et se révèle très instructif, intéressant car détaillé et précis, sans asphyxier le lecteur, en s'intégrant bien à l'histoire dont il est un moteur. La poursuite des souvenirs de Conrad Lang est le fil conducteur qui mène vers un final retentissant. Tout au long du livre, la bienveillance d'Elvira Senn envers Conrad Lang apparaît suspecte. Quels secrets cache la puissante Famille Koch - et son impitoyable matriarche - dissimulée derrière sa vitrine dorée ?

Le destin de Conrad Lang et celui de la famille Koch et d'Elvira Senn sont loin de ce qu'ils paraissent et offrent à Martin Suter l'occasion de réaliser un portrait sans concession de la haute société suisse et de son univers glacial, opressant et mortifère. L’auteur la démaquille habilement, lentement. "Nous en avons peut-être fini avec le passé mais lui n'en n'a pas fini avec nous". Réussi et prenant.

Quelqu’un d’autre - Tonino Benacquista

quelqun d'autre.jpgDeux inconnus se rencontrent sur un court de tennis amateur. Après le match, ils vont regretter leur jeunesse en prenant un verre qui s’éternise. C’est à ce moment là que l’un d’eux lance un pari saugrenu né de leurs regrets : et s’ils essayaient d’être quelqu’un d’autre ? Et s’il n’était pas encore trop tard pour revenir sur toutes ces années et ces existences qu’ils ont tissées eux-mêmes ? Tonino Benacquiata part de cette idée simple, le rêve banal d’être quelqu’un d’autre, de changer de vie pour livrer un roman bien ficelé. Il exploite avec intelligence les ressorts multiples de cette idée. Etre quelqu’un d’autre dans sa vie ou être quelqu’un d’autre avec une nouvelle vie ? Etre quelqu’un d’autre accidentellement ou volontairement, méticuleusement ? Comment faire pour dénouer les fils inextricables de presque quarante années de vie ? Que révèle cette volonté de changement, sinon ce changement, du passé du personnage, de son être ? Qui veut-on être et pourquoi ? Utilisant à bon escient quelques ficelles cinématographiques, des rebondissements, du suspens, Tonino Benacquista pousse le lecteur à suivre ses personnages jusqu’au bout cette expérience. Un livre plaisant.

Piazza Bucarest - Jens Christian Grondhal

piazzabucarest.jpgVoici Scott et Elena, deux portraits, deux solitudes qui se sont rencontrées et qui se sont manquées. C’est leurs vies que nous raconte le narrateur. Il est le fils adoptif de Scott. C’est donc normal qu’il commence par parler de l’existence de celui qui semble être plus un ami, qu’un père.

L’histoire de Scott le mène des Etats-Unis au Danemark. C’est un homme plutôt passif, prude et contemplatif. De ceux qui traversent l’existence sans bruit particulier, se laissant porter par les eaux, en retrait, loin de la course et de la folie du monde. A l’occasion d’un voyage de travail sous la Roumanie de Ceausescu, il rencontre Elena. Elle est sa guide lors de son bref séjour. Alors que ne se profile à l’horizon qu’une hypothétique coucherie sans avenir, Scott fait d’Elena la deuxième femme de sa vie après Vicky, la mère du narrateur. Dans un moment étrange de douce folie, il propose à Elena de l’épouser, uniquement pour le suivre à l’Ouest, pour qu’elle échappe à sa réalité étriquée. Entre donc en scène Elena, deuxième portrait. Cette femme mystérieuse bouleverse la vie de Scott et puis s’évanouit. Le narrateur part à sa recherche pour la comprendre. Quel peut-être le passé de cette femme, les raisons aussi qui l’ont poussée à agir ainsi qu’elle l’a fait ?

Piazza Bucarest est un livre intelligent qui aborde les questions de l’exil, de l’identité, de la quête amoureuse et du poids du passé dans notre existence. Les personnages de Jens Christian Grondahl sont profonds, denses, complexes. Leurs vies sont explorées, leurs sentiments révélés, leurs histoires déroulées avec une certaine distance et en laissant une part de mystère, d’inconnu jusqu’au bout. Il y a quelque chose de touchant et d’humaniste dans la manière dont l’auteur construit ses histoires, approche au plus près des personnages et de leurs vies. Il a une écriture douce amère qui porte une dose de mélancolie et de puissance dans ses réflexions et dans sa narration. Bon.

19.06.2009

Michael K, sa vie, son temps - J.M. Coetzee

michael k.jpgC’est un livre étrange, sur un personnage étrange : Michael K. C’est un homme de peu, un simple d’esprit qui décide de raccompgner sa mère malade sur ses terres d’origine. Au-delà de cette intrigue sommaire, il y a Michael K., c’est à dire une longue errance privée de sens qui semble résumer même son existence. En fait, le personnage éponyme est plongé sans le savoir dans une quête identitaire, existencielle qui va s’affirmer par une conquête lente et âpre du dénuement extrême. Michael K est une ode à la simplicité, à la nature, à la contemplation, à la marge d’une société technologique, scientifique, rationnelle, guerrière et raciste. Le livre propose comme toile de fond, une Afrique du sud sans repères chronologiques en proie à une guérilla que l’on devine menée par les noirs contre les blancs et l’apartheid. Ce contexte va servir de cadre de péripéties au héros, mais aussi permettre de réfléchir et de critiquer un système, une société d’une manière subtile. Il fait ressortir aussi l’originalité et la philosophie inconsciente de Michael K, tout comme le personnage de l’infirmier qui nous sert de miroir pour mieux voir Michael K mais aussi le contexte et l’opposition entre les deux. Enfin, le fait que Michael K ne se distingue pas nommément par sa couleur (jamais spécifiée) mais par son originalité, sa simplicité d’esprit, et son physique ingrat permet à l’œuvre de dépasser le cadre de l’Afrique du sud et de prétendre à un message contre toutes les intolérances.

18.06.2009

L’ignorance - Milan Kundera

ignorance.jpgMilan Kundera au sommet de sa forme, grandiose. Les pages défilent et lentement le réel se dénude, la lucidité intransigeante de l’auteur nous montre son vrai visage, dans ce qu’il a d’insupportable et surtout de pathétique, de risible. Comme a chaque fois. Chaque livre de Milan Kundera est un combat contre les mensonges et les apparences que nous acceptons ou que nous fabriquons pour supporter la réalité ou pour l’ignorer. Cette fois-ci, l’auteur s’attaque à la nostalgie et plus spécifiquement à celle des exilés, à la question du retour au pays des immigrés. C’est impressionnant de voir comment, en peu de pages, en quelques réflexions, dialogues, situations, Milan Kundera va au cœur du sujet, en ressort toutes les problématiques épineuses, et les intègre dans des constructions romanesques toujours aussi savoureuses. Quel est le sens de cette nostalgie de la terre ? Et aujourd’hui, avec toutes ces mixités, ces migrations massives ? Et si le retour n’était qu’une illusion ? La leçon romanesque est agrémentée des thèmes classiques de l’auteur, le rapport au corps, le communisme, la modernité, la lucidité, la litost. A quand le prochain, maître ?

L’identité - Milan Kundera

identité.jpgQui sommes nous vraiment ? Comment nous définir par rapport à l’autre ? Quel sens donner à l’identité dans les temps modernes ? Et le conformisme dans tout cela ? Milan Kundera explore ces questions à sa manière unique, entre roman et essai. A travers le prisme du couple Chantal et Jean-Marc, il creuse tranquillement ses pistes, toujours aussi lucide, aussi désenchanté, terriblement désillusionné. Si Milan Kundera est grand, c’est par cette acuité dans la perception du réel ainsi que des malaises et des interrogations de notre époque. Impossible d’éluder la question en ces temps d’individualisme, de conformisme. La force intellectuelle de l’auteur prend ici le pas sur le récit, loin de ses grandes constructions romanesques. Bien.

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