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  • L’œil du purgatoire – Jacques Spitz

    L'oeil du purgatoire.jpgPoldonski est un peintre ambitieux et vaniteux qui aimerait toucher au génie mais qui n’entrevoit que la médiocrité. Abîmé dans une aigreur envers son entourage et le monde entier, la jouissance des plaisirs charnels ne suffit plus à l’écarter de l’idée du suicide. C’est à ce moment-là qu’il est l’objet d’une expérience folle qui va radicalement transformer son expérience de la réalité. Son nerf optique, infecté par un bacille lui permet de voir l’avenir des choses périssables, chaque jour un peu plus loin dans le temps. Un monde s’effondre pour le peintre qui voit la pourriture et le néant gangrener un univers de moins en moins tangible et gérable au quotidien pour lui. Partout, des ruines, des cendres, des cadavres, des squelettes et bientôt uniquement de la poussière et du néant. La désintégration totale.
    Le présent vieilli, le concept autour duquel est bâti le roman, est vraiment original et vaut à lui tout seul le détour. C’est un véritable tour de force que de poursuivre jusqu’au bout cette idée d’une perception nouvelle de la réalité. Jacques Spitz en renouvelle l’intérêt et en tire le maximum avec des trouvailles épatantes (l’utilisation de la photographie, la mise en scène d’un monde des idées…). Avec beaucoup d’habileté cette idée est aussi utilisée pour créer une expérience esthétique unique et assez troublante autour des thèmes de la décomposition, de la mort, de l’invisible et du vide.
    Le livre est en effet d’une force visuelle saisissante avec des images remarquables et des descriptions mémorables qui déroulent cet univers qui s’étiole. Une atmosphère de chute, sombre, putride même, exhale de l’aventure d’un Poldonski qui s’enfonce dans le désespoir et dans la marginalité au fur et à mesure que sa vue se dégrade ou plus exactement dégrade le monde. Le lecteur est totalement immergé, happé dans cette illusion optique qui possède une beauté morbide et captivante et qui est également utilisée comme ressort par Jacques Spitz pour mener une réflexion subtile sur différents thèmes.
    L’œil du purgatoire s’interroge ainsi sur l’art, posant des questions sur son évolution (décomposition ?) sur l’essence du génie. Le regard unique que ce dernier peut poser sur le monde, en décalage avec ses contemporains, sa solitude face à son époque, sont illustrés par l’expérience visuelle vécue par Poldonski. La réflexion dépasse largement le thème de l’art pour aborder plus généralement le rapport à autrui: par l’intermédiaire du corps, mais aussi par l’expression d’une misanthropie qui est paroxystique au début du livre ou encore par le dénouement dont il ne faut rien révéler. La mort, omniprésente, est en fait l’opportunité pour Jacques Spitz d’aborder sous un angle original, des thèmes classiques.

    Chef d’œuvre élégant et dérangeant.