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indépendances

  • Un billet d’avion pour l’Afrique - Maya Angelou

    1Maya angelou.jpg962, Maya Angelou, activiste du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, s’envole pour le Ghana. Après quelques années passées en Egypte, c’est le grand saut du retour pour cette noire américaine. Indépendant depuis 1957, le Ghana, incarne un eldorado, un formidable espoir de liberté et d’émancipation pour tous les noirs, africains mais également américains. Le pays et  son panafricain de président, Kwame N’Krumah invitent tous les noirs à sortir de l’ornière et à dépasser tous ces maux qui sont inscrits dans leur chair depuis la traite négrière jusqu’à la colonisation. 

    Si Maya vient s’installer au Ghana avec son fils adolescent Guy, c’est pour vivre une expérience unique et double qui attire de nombreux autres noirs américains comme elle : le retour aux racines, à la terre-mère nourricière à laquelle ils ont été arrachés des siècles auparavant, mais aussi l’avènement d’une nation noire libre au sein de laquelle la question de la couleur de la peau ne se pose plus, n’est plus un problème. « Nous étions des Noirs américains en Afrique de l’Ouest, où, pour la première fois de notre vie, la couleur de notre peau était considérée comme normale et naturelle » écrit Maya Angelou. Mais était-il possible que ce double fantasme ne vienne pas d’une façon ou d’une autre se heurter à une réalité plus complexe ? Peu probable.  

    A peine, trois ans plus tard, Maya Angelou rentre aux Etats-Unis, mais l’expérience n’a pas été vaine. Au Ghana, Maya Angelou et les autres activistes noirs américains qui se sont précipités dans l’aventure, restent confrontés à la problématique de la différence. Ce n’est plus celle de la couleur par rapport aux blancs comme aux Etats-Unis, mais celle de la culture. Maya Angelou décrit les espoirs douchés des siens  par des Ghanéens qui souvent les ignorent, voire les rejettent ou les tiennent à l’écart. Tous noirs d’accord, mais différents. Elle explique donc les difficultés de l’intégration des noirs américains qui ne sont pas seulement liées aux habitudes, aux coutumes, aux contraintes matérielles – bien présentes - mais également à une histoire différente. Celle-ci a par exemple inscrit en eux un certain cynisme mais aussi de folles espérances que ne comblent pas leur séjour au Ghana.

    Pire, cette expérience leur révèle une vérité difficile à accepter mais qui est l’essence même du retour. Le pays qu’ils trouvent n’est pas celui qu’ils ont rêvé, comme le dit Maya Angelou : « Nous rivalisions d’éloquence pour éreinter l’Amérique et porter l’Afrique aux nues. (…) Nous étions à la maison, et tant pis si la maison n’était pas conforme à nos attentes ». Surtout, ce pays qu’ils ont laissé, haï, honni, conspué leur manque. “Comment admettre avoir la nostalgie d’une nation blanche si remplie de haine qu’elle acculait ses citoyens de couleur à la folie, à la mort ou à l’exil ?” Ils apprennent ainsi qu’ils sont indubitablement noirs, mais également, voire avant tout, américains. Et ce même s’ils peuvent ne pas se sentir complètement chez eux dans l’Amérique ségrégationniste de début des sixties.

    Maya Angelou est d’une grande franchise dans son propos. Non dénué d’humour, son récit est captivant, enlevé, enchaînant les situations drôles-amères, souvent enrichissantes – mention spéciale au passage sur le déjeuner allemand. Il arrive à transmettre les émotions d’une femme énergique et déterminée qui ne cesse d’osciller entre espérance et déception sans pour autant perdre sa lucidité. En effet, Maya Angelou n’hésite pas à aborder frontalement la question du racisme colonial encore persistant au Ghana, celle du racisme entre noirs ou encore celle héritée de la traite négrière sur les complicités des tribus ou des individus africains dans ce drame.

    Un billet d’avion pour l’Afrique, c’est aussi une galerie de personnages rencontrés, fréquentés par Maya Angelou qui alimentent le récit, lui donnent un charme particulier et une réelle énergie tout en s’inscrivant en accord avec le propos de fond. A ce titre le passage de Malcolm X au Ghana et sa rencontre inopinée avec Muhammad Ali méritent d’être soulignés.  Le livre n’est pas seulement une quête des origines et des racines qui sait être bouleversant, il est également le récit d’une jeune mère de famille confrontée à l’émancipation de ce son fils, l’aperçu de la trajectoire d’une femme noire qui cherche sa voie sans jamais capituler.

    Très bon livre.

  • Les africains, histoire d’un continent – John Iliffe

    9782081220591.jpgAvec cette somme, grande est l’ambition de John Iliffe qui se propose de jeter un regard en arrière sur l’histoire des africains et donc d’embrasser plusieurs millénaires dans une saga qui s’avère être une synthèse originale et un intéressant outil d’introduction et de vulgarisation.

    Le réel intérêt de cet ouvrage est de dessiner des permanences dans l’histoire africaine à partir de problématiques dont l’importance n’a pas toujours l’écho mérité lorsque l’on aborde l’histoire de l’Afrique. A ce titre, l’importance de la question démographique dans l’ouvrage est à relever. Pour John Iliffe, l’histoire de l’Afrique est en partie façonnée par une situation de sous peuplement qui prévaut quasiment jusqu’aux indépendances. La dynamique est la constitution de groupes, de sociétés et de cultures qui arrivent à relever le défi de la survie alimentaire dans un espace étiré et un environnement très hostile de surcroît (maladies endémiques, obstacles naturels). Il y a quelque chose d’ironique dans le fait que l’explosion démographique qui survient après les indépendances constitue une situation inverse et tout autant une entrave au développement du continent et un défi majeur à relever.

    John Iliffe offre donc une relecture thématique de l’histoire du continent. Les évènements historiques sont donc intégrés dans la description des processus de longs cours (mouvements migratoires, changements et transferts technologiques, transition démographique, etc.) qui ont façonné l’Afrique et apporté les réponses à ses problématiques. C’est sans doute là aussi, la principale faiblesse de l’ouvrage, notamment pour les personnes qui n’ont pas une connaissance minimale de l’histoire de l’Afrique. John Iliffe n’est pas centré sur les faits et les évènements et il est assez difficile pour les lecteurs d’arriver à reconstituer un récit évènementiel classique qui donnerait une visibilité plus claire à travers le temps et l’espace de l’histoire du continent. En peu de mots, on est parfois embrouillés et les repères sont parfois flous même si des évènements et des périodes majeures tels l’Egypte antique, les empires précoloniaux, la traite atlantique, la colonisation, l’apartheid, les indépendances, les plans d’ajustement structurel etc. sont bien entendus abordés.

    L’ouvrage de John Iliffe n’en demeure pas moins une porte d’entrée à conseiller à ceux que la trajectoire du continent intéresse. Cartes et frises chronologiques sont quand même recommandées en appoint.

  • Un fusil dans la main, un poème dans la poche - Emmanuel Dongala

    fusil-dans-main.jpgL’Afrique a elle aussi rêvé de révolution et de grand soir. De la lutte pour l’indépendance jusqu’aux désillusions des dictateurs et des putschs, elle a espéré les changements qui devaient la relever de la boue et de la misère du colonialisme pour la conduire vers le développement. Mayéla di Mayéla, le héros d'un fusil dans la main et d'un poème dans la poche est en quelque sorte le symbole de cette génération perdue qui a émergé au sortir des indépendances africaines dans les années 60.

    Après des études en Europe, Mayéla di Mayéla part combattre pour l’indépendance du Zimbabwe. C'est un révolutionnaire enflammé qui met en pratique ses idées pour la libération de l'Afrique et la prise du pouvoir. Il voit une autre Afrique, sortie de ces maux interminables qui la ravagent, une Afrique maître de son propre destin, suivant sa propre voie, idéalisée, une Afrique qui n’existe toujours pas. Il parcourt l'Afrique Centrale et traverse différents périples, subissant les affres de la torture et de la prison. Sa quête est récompensée par l'obtention du pouvoir suprême dans son pays après un combat politique acharné.  Mais plus dure est la chute de Mayéla qui trahit ses idéaux de justice et de révolution en se conduisant en despote corrompu comme tant d'autres.

    Un fusil dans la main un poème dans la poche est malheureusement une histoire tragique qui s'est avérée banale au carrefour des indépendances. Il est donc dommage que le livre d'Emmanuel Dongala n'arrive que partiellement à convaincre. En effet à la fin du livre, on se rend compte que beaucoup de sujets ont été évoqués, amenés sur le tapis sans être approfondis, emportés dans une succession un peu brouillonne d'évènements, d'actions, de souvenirs, de personnages. Il y a un certain manque de consistance dans le traitement des sujets, dans les personnages qui nuit à la force de l'ouvrage et laisse apparaître quelques passages vides ou un peu naïfs. Reste que le personnage de Mayéla di Mayéla est attachant dans ses doutes, ses rêves, ses combats. Sa fraîcheur et sa naïveté en rajoutent à la cruelle désillusion de l’histoire.

    Impression très mitigée au final.