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individualité

  • Nous, autres - Eugène Zamiatine

    nous autres.jpgOn pourrait voir dans ce livre, une critique du communisme, ce serait une lecture insuffisante, appauvrissante de Nous autres. Ce livre est bien plus que cela, une œuvre phare, une sorte de dystopie originelle dont la richesse des thèmes et des idées a irrigué les œuvres majeures de la littérature d’anticipation de 1984 au Meilleur des mondes.

    Le monde que décrit nous autres par le biais du journal de son narrateur D-503 est celui de l’uniformisation et de l’indistinction, de la banalité de l’être humain réduit à l’espèce, hors de toute individualité – considérée comme source de désordre et de malheur. Tout est mis en place, régulé par la raison, la logique scientifique et mathématique afin de mener à une existence stérile et stéréotypée qui nie l’existence de l’être et de la personnalité. Ceci au nom du bonheur évidemment. Ici sont posées avec subtilité et intelligence beaucoup d’interrogations qui sont souvent éclipsées dans cet univers dystopique. Le bonheur est-il le but de l’être humain et de l’humanité ? L’individualité est-elle une menace pour la société, pour son harmonie ? La raison, la science sont-elles aussi fiables, objectives, raisonnables que nous voulons bien le croire ?

    Eugene Zamiatine fait preuve d’une inventivité prodigieuse dans la description de son univers lisse et froid, totalitaire. De l’absence de patronymes (psd'individualité), à la totale transparence des murs (huis clos ?), en passant par l'omniprésence du bienfaiteur (big brother ?), les gardiens,  la langue "mathématique" de la raison, un peu déroutante au début (la novlangue ?), la table des heures (emploi du temps contrôlé, uniformité, collectivité)  etc. Autant d’éléments - aisément reconnaissables dans des livres ultérieurs - qui servent de points d'appui à la réflexion sur ce modèle de société. 

    Comme tout héros perdu dans un univers dystopique, D-503 est confronté à des résistants, des opposants et à un trouble intérieur qui menace l'univers totalitaire qu'il décrit. Mais son sort peut-il être différent de celui de Winston Smith, qui à la fin aimait Big Brother ?

    Nous autres est une de ces grandes œuvres qui ont donné leurs lettres de noblesse à la science-fiction. C'est un avertissement donné à l’humanité, une œuvre inépuisable, riche, à relire. Il faut lui donner plus d’audience, à l’égale de ses glorieuses cadettes 1984 et le meilleur des mondes. Chef d'oeuvre.