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  • La symphonie pastorale - André Gide

    symph past.jpgUn pasteur découvre une jeune fille aveugle alors qu’il est appelé pour les dispositions concernant la mort d’une vieille femme. Il décide dans un élan de bonté de recueillir la jeune fille qui se trouve être sans éducation et quasiment à l’état sauvage après toute une vie passée à l’écart du monde et plongée dans les ténèbres de surcroît. Ainsi commence ce chef d’œuvre d’André Gide qui s’ouvre comme un roman d’apprentissage. Le lecteur est le confident du pasteur dont il lit le journal.

    Recueillir cette jeune fille arbitrairement nommée Gertrude par la fille du pasteur, est l’occasion pour ce dernier de poser un regard neuf sur le monde et sa perception et sur la religion. Apprentissage de la réalité, de la société des hommes et aussi du mal ? Grande est la tentation pour le pasteur d’escamoter le monde dont il ouvre les portes à Gertrude. Cet apprentissage est d’autant plus riche, plus intéressant pour le lecteur qu’il est irrigué de manière simple et accessible de questions fondamentales et religieuses. Le chemin de Gertrude vers la société prend une dimension d’autant plus profonde qu’elle confronte le pasteur à des problématiques sur l’existence, son sens, sur des thèmes universels tels la beauté, le mal, l’amour. L’amour qui deviendra bien sûr le moteur principal de cette histoire pour lui donner un tour tragique. Avec l’arrivée de Gertrude, en effet, germent des doutes sur le couple du pasteur et de sa femme Amélie, des conflits avec l’accession à l’âge adulte du fils aîné du pasteur, des émotions intenses avec les premiers émois de Gertrude. Le pasteur se trouve au milieu d’un maelstrom d’émotions et de logiques antinomiques. Jusqu’au dénouement tragique, il se bagarre avec la religion, avec les siens, avec ses sentiments, et finalement même avec Gertrude pour survivre à une chute dont la brutalité est contenue dans la phrase qui clôt le livre.

    Il y a de la retenue, de la mesure dans le style qui donne encore plus de force et de puissance aux sentiments déployés dans ce livre. Les accès de lyrisme et de foi brisent par moments la narration et révèlent la tension entre les personnages et dans les situations dans lesquelles ils sont englués. La logique et la raison, tout comme la religion ne sont bien souvent que des instruments que l’on plie et tord, détourne au profit des désirs et du cœur et ainsi que le dit sagement le proverbe biblique, la route de l’enfer est pavée de bonnes intentions. Le monde du pasteur se fissure lentement s’en s’écrouler, et il ne peut y échapper en dépit des ruses auxquels il a recours. Quelque part le malin (à moins que ce ne soit juste l’amour ? la fatalité ?) s’est infiltré dans son univers, en lui et a contaminé, a emporté les autres personnages de cette histoire, dans un tragique sobre et dur. C’est un livre simple, beau, puissant et rugueux à sa manière.