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kwangju

  • Là-bas sans bruit tombe un pétale – Ch’oe Yun

    517D5R46B1L._SS500_.jpgLà-bas sans bruit tombe un pétale est un recueil de trois nouvelles composé de celle éponyme, d’Il surveille son père et d’avec cette neige grise et sale. Chacune de ces nouvelles a un rapport avec différents moments de l’histoire de la Corée du Sud sans que ceux-ci ne phagocytent les histoires individuelles que conte Ch’oe Yun. S’appuyant sur le contexte historique, l’auteur Coréen ouvre la voie vers les intérieurs tourmentés de ses personnages. Rongés de l’intérieur par les souvenirs, ils essaient de ne pas être complètement vaincus par la folie, la nostalgie, le ressentiment ou la colère. Pour les personnages principaux de ces trois nouvelles, ces moments historiques ont constitué des moments de rupture à partir desquels leurs vies n’ont plus été les mêmes. Comme leur pays, ils sont marqués et exposent leurs fêlures dans une atmosphère singulière. C’est avec poésie, finesse, tout en non-dits, en ellipses que Ch’oe Yun raconte subtilement ces histoires, ces personnages, nimbés d’un sentiment de perte, de chagrin, de chute, emportés dans un univers qui paraît hivernal, gris et triste. Un recueil à découvrir.

    Il surveille son père : Dans cette nouvelle, c’est la séparation des deux Corées qui est au centre de l’histoire du narrateur. Son père choisit de partir pour la Corée du Nord et laisse derrière lui sa femme, trois garçons dont le narrateur qui a à peine deux ans. Toute une vie à vivre en son absence, dans son souvenir entretenu par la mère, toute une vie à attendre un contact qui arrive bien trop tard, toute une vie à s’interroger. Que peut bien espérer le narrateur de cette rencontre après toutes ces années ? Il surveille son père ? Oui, il veut savoir qui est cet homme, il veut le pourquoi et bien d’autres choses. Entre incompréhension, rancune et réconciliation, la confrontation est une épreuve. Peut-être que le narrateur attend trop de cette rencontre. Peut-être lui manque-t-il juste un père.

    Là-bas sans bruit tombe un pétale : Un peu longue peut-être, cette nouvelle bouleversante raconte l’errance d’une jeune fille qui a sombré dans la folie après le choc de la mort de sa mère lors des évènements de Kwangju. Peu connu, cet évènement occupe une place importante dans la mémoire collective Coréenne. Le soulèvement populaire étudiant et syndical qui a eu lieu dans cette ville, contre le régime dictatorial en place, a été réprimé dans le sang en 1980. Mentalement effondrée, la jeune fille entame une descente aux enfers. Errant dans son esprit comme dans les contrées coréennes, elle n’est pas épargnée par le sort alors que des amis de son frère sont à sa recherche. Les procédés narratifs de Ch’oe Yun alternant les points de vue des personnes qui ont rencontré la jeune fille et celui de cette dernière sont intéressants. C’est une nouvelle dure empreinte d’une grande poésie.

    Avec cette neige grise et sale : Le contexte historique de cette nouvelle est moins précisément défini, faisant référence aux années de répression précédant l’ère démocratique et certainement au règne dictatorial de Park Chung Hee sans cibler d’instant précis. Ch’oe Yun met en scène une jeune provinciale un peu paumée, un peu désœuvrée, qui participe par hasard à la vie d’un groupuscule résistant. Ce court passage de son existence semble toujours l’habiter des années après. Comme un haut fait de gloire, un moment où sa vie a pris plus de sens. Pour autant, son rôle et la relation qu’elle a nouée avec l’un des responsables du groupe sont assez ténus et ambigus.  L’histoire est bien amenée, très intrigante et la peur du régime dans ces années-là bien rendue.  Un parfum de mystère demeure même si la nouvelle est moins intense et poétique que les deux premières.