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médiocrité

  • Le wagon à vaches - Georges Hyvernaud

    wagon.jpgLa littérature, maitresse cruelle et impitoyable, a laissé partir Georges hyvernaud sans lui accorder aucune gloire, aucune fortune de son vivant. Et pourtant, elle aurait du. Pour La peau et les Os, mais aussi pour le wagon à vaches.

    Derrière ce titre, se cache une métaphore qui en dit déjà beaucoup sur l'oeuvre et sur l'auteur. Prisonnier pendant 5 ans durant la seconde guerre mondiale, le soldat Hyvernaud revient dans son pays libéré sans vraiment avoir combattu, il voit le monde depuis la lucarne du wagon pour bestiaux qui le conduit chez lui. Pour ceux qui n'auraient pas compris, les vaches, ce sont eux ces héros du néant, mais aussi les autres, tous ces hommes engoncés dans leur petitesse, leur bassesse, qui se complaisent et s'étouffent dans un quotidien morne, terne, nauséeux, sans perspectives. "La vie manque de romanesque quand on est obligé de la gagner". La citation de Georges Hyvernaud prend tout son sens après la lecture du Wagon à vaches.

    Le livre est le journal d'un retour à la vie normale après la guerre. Ce sont en quelque sorte, les mémoires d'un homme brisé. Comment retrouver la petite vie quelconque de province après l'épreuve racontée dans la peau et les os ? Il semble y avoir une distanciation entre lui et le mondeau quotidien qui est irrémédiable. Georges Hyvernaud semble quitter une geôle pour une autre en retrouvant la comédie humaine des temps ordinaires qu'il observe de sa cage. Dostoiveski a écrit qu'être trop conscient, c'est être malade. Georges Hyvernaud est malade du monde qu'il retrouve après ses 5 années dans les Oflags. Il ne supporte pas cette petite vie de province qui n'offre comme horizon que le confort et la morale petite bourgeoise, la petitesse du combat social quotidien.

    Il y a dans ce livre quelque chose d'unique qui relève de l'amertume, de la résignation. On sent dans les mots, dans le ton, la fracture d'un être en délicatesse avec son époque, sa vie et la vie en general avec ses règles odieuses. Georges Hyvernaud l'avoue sans detour, avec une sincérité et une lucidité dures. Il a été vaincu, piétiné par l'existence, plus précisément par la seconde guerre mondiale.  Avec sécheresse et ironie, il s'attaque surtout a la médiocrité ordinaire, à la banale platitude et à la misère de l'existence des gens moyens, sans relief, les masses. Il est sans pitié pour lui même, pour sa faillite complète, son incapacité à surmonter les épreuves de l'existence, se reconstruire un avenir et écrire un livre. Sans pitié pour ces gens ordinaires plongés dans une grisaille, un pathétique de la vie sans ambition, sans épopée,  étroite.

    Avec Georges Hyvernaud, on est dans la vraie vie peu reluisante des gens de peu du fin fond de la France au sortir de la seconde guerre mondiale. C'est parfois drôle d'ironie, de misère, de méchanceté, de lucidité, mais c'est surtout fort en raison de la fêlure intime de Georges Hyvernaud qui empreint chaque phrase, chaque mot. Un livre sec, aride.