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métiers

  • Un chemin de tables – Maylis de Kerangal

    kerangal.jpgL’enthousiasme modéré que j’ai eu pour Réparer les vivants, énorme succès de librairie, est confirmé avec ce petit livre. Il faut préciser qu’un chemin de tables fait partie de la collection Raconter la vie des éditions seuil. Lancée à l’initiative de l’intellectuel Pierre Rosanvallon, cette collection permet d’ouvrir une fenêtre sur la vie, le métier des autres. En l’occurrence, Maylis de Kerangal porte son regard sur la vie dans le milieu de la restauration et plus particulièrement via la trajectoire d’un jeune chef.

    Le cahier des charges de cette collection est parfaitement rempli avec ce chemin de tables. En bonne élève, Maylis de Kerangal restitue plutôt bien les réalités du milieu de la restauration, loin des émissions culinaires qui pullulent à la télé, loin de toute idéalisation et avec une excellente appropriation du vocabulaire, de la matière de ce milieu et du métier de chef ou de restaurateur. Ce n’est pas un métier, ni un monde faciles qu’elle raconte. Il y a quelque chose de dur et d’un peu radical dans ces vies en cuisine.

    Ceci dit, le portrait du jeune chef Mauro faite par son amie la narratrice est un peu trop tendre. C’est un restaurateur un peu trop idéal, pétri de grandes ambitions, qualités et avec un parcours un peu trop lisse d’où ne ressortent pas assez, ou alors trop faiblement, les ombres, les contrastes, les failles, les compromissions. C’est donc très bien de faire cette sorte de reportage qui essaie de rendre quelque chose d’un métier – une spécialité maintenant de Maylis de Kerangal avec Réparer les vivants, Naissance d’un pont ? – mais qu’en ressort-il au final ? Qu’en reste-t-il ?

    Pas grand-chose. Un portrait sympathique, la peinture d’une profession très rapide et vaguement sociale, une petite musique de la cuisine, mais pas beaucoup de littérature.

    Transparent.

  • Journal intime d’un marchand de canons – Philippe Vasset

    9782213642833.jpgTout est vrai dans ce livre. Toutes les transactions marchandes concernant des armes stratégiques du genre missiles, sous-marins et systèmes de guidage associés. Tous les champions nationaux mondiaux de vente d’armes tels Dassault, Matra, Thalès, BAE systems ou autres. Tous les évènements et mouvements historiques qui ont pu générer du trafic d’armes sur tous les continents ces trente dernières années comme la guerre Iran-Irak, l’embargo visant le régime Sud-Africain de l’Apartheid. Tous les protagonistes ayant eu plus ou moins accès à une notoriété relative : les sulfureux Adnan Khashoggi, Marc Rich et consorts. Tout est donc vrai dans journal intime d’un marchand de canons ? Tout…sauf le héros qui lui est fictif. Encore que…ce dernier est un archétype reconstitué du marchand de canons.

    Impossible de ne pas penser à Lord of War, le film d’Andrew Niccol à la lecture de ce livre. Pourtant, Philippe Vasset se démarque un peu de l’œuvre cinématographique avec cette obsession de vérité qui fait du livre un objet littéraire non identifié assurément intrigant. Pour s’emparer de ces drôles de métier et de milieu, Philippe Vasset est quelque part entre l’enquête journalistique sérieuse, car rappelons le tout est vrai, la fiction historique, la chronique d’un milieu et la mise à nu d’un moi fictif. C’est original dans la forme comme l’était déjà Exemplaire de démonstration le précédent roman de Philippe Vasset.

    Au-delà de cet intérêt formel, il y a aussi le parti pris de s’éloigner d’une figure héroïque, fascinante et extraordinaire du vendeur d’armes, comme celle qu’Andrew Niccol dessine dans Lord of War - inspiré de trafiquants réels  dont le célèbre Viktor Bout. Le journal intime d’un marchand de canons s’ancre dans un ordinaire plus gris, plus banal, plus commun de ce qui constitue la cohorte des représentants commerciaux en armement. C’est une entreprise de démystification sur l’aspect mystérieux et aventureux de ce métier qu’offre Philippe Vasset.

    Etre vendeur d’armes, c’est surtout et avant tout être…vendeur -brochures, présentations, blabla commercial, etc. C’est un quotidien d’attente interminable dans des bâtiments officiels, dans des chambres d’hôtels, de patience avec des interlocuteurs pas forcément avenants ou au pouvoir de décision incertain, limité, de gribouillage de notes à l’impact généralement anodin ou trop indirect. On est loin de Gérard de Villiers et compagnie. Le contexte fantasmé autour de la vente d’armes existe néanmoins mais échappe toujours à notre narrateur, individu lambda qui ne fait que l’effleurer par moments.

    Le jeu romanesque est habile : le lecteur imagine la vie de vendeur d’armes qui n’est pas celle du narrateur mais celle à laquelle il aspire. Ce dernier lit des livres qui décrivent cette vie-là qu’il ne côtoie que de très très loin. Finalement, dans une démarche créatrice un peu folle, le narrateur tente de réécrire sa vie pour qu’elle corresponde le plus possible à cet idéal, fusionnant son imaginaire et celui du lecteur.

    Si une sensation de répétition un peu agaçante peut survenir à la longue, d’un théâtre international de ventes d’armes à un autre, si parfois l’impression d’une simple collection d’anecdotes sur ce milieu domine, le livre de Philippe Vasset n’en demeure pas moins intéressant car très bien documenté et avec un parti pris intelligent.

    OK.