Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

métissage

  • Contre son cœur – Hanif Kureishi

    famille,père,inde,pakistan,cricket,autobiographie,écrivain,métissageAvec contre son cœur, Hanif Kureishi s’est lancé dans un projet original. Il écrit en quelque sorte une biographie de son père en partant des manuscrits jamais publiés de ce dernier, des autobiographies à peine déguisées. En fouillant ainsi dans le passé de son père, en approchant aussi près l’intime, le cœur de ce dernier, Hanif Kureishi se lance dans une quête des origines et dans une histoire familiale parfois intéressantes. L’histoire de la famille Kureishi prend en effet racine dans l’Inde britannique pour se ramifier au Pakistan, au Royaume-Uni dans un contexte de chute de l’empire britannique, de conflits religieux et d’exil. Elle contient ses parts d’ombre et son quota de rivalités et de frustrations qui alimentent principalement les œuvres du père d’Hanif Kureishi.

    Souvent tout de même, ces histoires entre les nombreux frères Kureishi se révèlent loin d’être passionnantes, entre amours adolescentes et cricket. Pas plus que celles qui ont trait à la figure imposante du grand-père d’Hanif Kureishi. On aurait aimé qu’une place plus importante, qu’un regard plus aiguisé soient accordés au contexte historique unique dans lequel évolue la famille Kureishi.

    C’est surtout la lecture que fait Hanif Kureishi, à posteriori, le regard qu’il jette sur son propre père à partir de ces éléments qu’il découvre dans les manuscrits qui est vraiment intéressant. L’auteur anglais redécouvre son père, analyse son existence dans un processus de véritable mise à nu. Il questionne avec une lucidité parfois dérangeante, l’existence et les choix de son père. Pourquoi avoir choisi cette insipide vie de classe moyenne de banlieue avec ce poste insignifiant à l’ambassade du Pakistan alors qu’il rêvait d’écriture et d’une certaine façon de la vie de son frère Omar ?

    Hanif Kureishi ne cesse de comparer son père à son frère au détriment du premier. Il souligne d’autant plus le contraste entre ces deux frères, que lui-même est devenu ce que son père souhaitait être. Il a réussi là où son père a échoué. Il ne cesse d’ailleurs tout au long du livre de bousculer son père, de l’abandonner comme sujet, de mettre sa biographie de côté pour parler de lui et faire de contre son cœur une autobiographie à l’ombre de la biographie et des manuscrits de son père.  Ce n’est pas toujours une réussite. Hanif Kureishi a une relative clémence, envers lui-même et son parcours, qu’il n’accorde pas à son père. Et honnêtement si on peut être intéressé par le parcours d’un métis britannico-pakistanais désireux de devenir artiste dans les années 60 et 70 parmi les blancs, les multiples passages sur les œuvres et succès de l’auteur – dont my beautiful laundrette et le buddha de banlieue – sont loin d’être passionnants. Il en est de même pour les passages montrant Hanif Kureishi en train de travailler et de progresser dans l’écriture de ce livre.

    Contre son cœur est un livre qui me laisse au final un sentiment mitigé. Il n’est intéressant que par à-coups, malgré un projet plutôt original. Hanif kureishi semble un peu dilettante alors qu’il a une matière extrêmement riche. Il glisse ci et là sur des thèmes des sujets qui pourraient être plus forts, marquer plus le livre si on dépassait le stade de l’anecdote, du souvenir ou de la vague analyse. Le portrait de Shannoo - son père – finit par être dilué sans que l’on gagne grand-chose au change.

    Décevant.

  • Loin de mon père – Véronique Tadjo

    pere-f1956.jpgNina doit retourner en Côte d’Ivoire, son père est décédé. Il ne s’agit pas seulement de funérailles, mais de retrouvailles. Avec son pays meurtri par la guerre, avec sa famille paternelle qui a décidé de tout gérer à sa façon, avec le fantôme de son père, pas vraiment conforme à l’image qu’elle se faisait de lui, avec elle-même, face à sa culture, à son passé.

    Tout au long du livre, le portrait de son père que se faisait Nina se fissure pour finalement voler en éclats et apparaître comme mensonger. Nina découvre que son père n’était pas celui qu’il croyait maintenant qu’il n’est plus là pour couvrir ses secrets. A chaque fois que Nina tombe sur un de ces secrets, qu’ils soient familiaux, financiers, professionnels, c’est comme un coup de massue dont elle a du mal  à s’en remettre. Véronique Tadjo ramène ainsi le lecteur à des interrogations profondes auxquelles chacun doit faire face. Qui sont vraiment nos parents ? Qui sont ces êtres que nous chérissons tant et que nous croyons si bien connaître ? Quel regard avons-nous le droit de jeter sur leurs existences ? Il y a toujours quelque chose de pourri dans le royaume de la famille…

    Les choses sont d’autant moins faciles pour Nina qu’elle est dans une problématique identitaire complexe. Ce qu’elle découvre sur son père la ramène forcément à sa mère disparue et à sa différence en tant que blanche vivant en Côte d’Ivoire. Il est ici question d’intégration, mais aussi de distanciation et de retour. Des questions qui touchent particulièrement une Nina métisse et vivant à l’étranger. Revenue au pays, la tentation de rester émerge, tout comme celle de ne plus complètement être chez soi. Aux prises avec sa famille paternelle, mais pas seulement, également avec un ancien amant ou des amis, elle réalise la difficulté du retour, la distance qu’elle a désormais avec ce monde, ses us et coutumes, ses logiques. Et si la solution, c’était l’éloignement définitif comme sa sœur Gabrielle ?

    Il y a une tonalité un peu mélancolique, un peu triste qui sied au contexte du livre. Au-delà des funérailles et des interrogations qui tenaillent Nina, il y a ces impressions sur un pays qui était encore en situation de partition et de guerre larvée à l’époque. Nina revient dans une Côte d’Ivoire qu’elle décrit abîmée, à genoux, en proie à la corruption, à l’insécurité etc. Un pays que parfois elle ne reconnaît pas par rapport aux images qu’elle a dans la tête.

    Véronique Tadjo n’utilise pas d’artifices littéraires dans Loin de mon père – à peine des carnets de son père insérés, les mails échangés entre Nina et Gabrielle. Le récit est simple, sans fioritures, la langue effacée, ordinaire, l’ensemble est touchant, juste, avec de fortes interrogations. Loin de mon père est un bon livre même si on est tout de même un cran en dessous du formidable Reine Pokou, et d’à l’ombre d’Imana.

    J’aime bien les livres de Véronique Tadjo.

  • Le mal de peau – Monique Ilboudo

    A22650_2.jpgSibila a été violée dans son adolescence par le chef colon de sa province de Tinga, pays africain imaginaire. Tombée enceinte, elle a du s’enfuir de son village pour échapper à l’opprobre et aux châtiments. S’est ensuivie une vie difficile, marquée par le malheur amoureux et le labeur, un combat pour son émancipation. Monique Ilboudo alterne scrupuleusement les chapitres entre la vie de Sibila et celle de sa fille aînée conçue lors de ce viol, Cathy. Nous suivons donc en parallèle cette dernière alors qu’elle débarque à Paris pour ses études universitaires. C’est le début d’une aventure marquée par le malaise existentiel de cette jeune fille métisse dont la trajectoire à Paris la mène d’une histoire amoureuse à une quête des origines.

    C’est peu de dire que j’ai été très déçu par la lecture du mal de peau, et ce à plus d’un titre. Tout d’abord, la problématique du mal de peau dont il est question dans le titre n’est pas très développée dans le livre de Monique Ilboudo. On reste à la surface des choses et l’angoisse, la perte de repères du métis paraissent souvent perdues de vue et peu approfondies tout au long des chapitres. Les connections avec d’autres thèmes qui leur sont liés, l’exil, le racisme ici et là-bas, la double culture, l’assimilation, la quête identitaire, me semblent bien lâches. Et ce n’est pas la recherche du père et des origines, qui pallie ces faiblesses. En effet, Cathy la métisse est hantée par la figure de ce père blanc et colon qui a disparu. Monique Ilboudo se laisse aller à la facilité car, faiblesse du roman, comme par hasard, il se trouve que cette quête du père, diffuse, est conclue un peu miraculeusement à l'aide de ficelles assez grossières.

    Le dénouement, qui est également un peu bâclé et emploie lui aussi des ficelles bien trop visibles, vient en fait clore une œuvre qui se concentre principalement sur une histoire d’amour très convenue et impossible entre cette métisse et un jeune homme issu de l’aristocratie française. J’avoue ne pas avoir été touché par cette histoire et avoir parfois ressenti un peu trop de mélo et de bons sentiments à mon goût. En fait, j’ai trouvé plus intéressant les chapitres consacrés à l’existence de Sibila même si ces derniers n’offraient pas toujours la perspective espérée sur le mal de peau, l’enfance, la trajectoire de Cathy.

    Peut-être attendais-je une œuvre un peu plus forte et puissante sur ce genre de thèmes pour me satisfaire du mal de peau. Peut-être aussi qu’il manque une voix plus affirmée, un souffle pour porter les thèmes du livre. Ce n’est pas vraiment le cas.

    Déçu.