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maltraitance

  • Moloch – Thierry Jonquet

    Moloch.jpgDans la bible, Moloch est le Dieu auquel les Ammonites sacrifiaient leurs premiers-nés. Un Dieu avide de sang frais et juvénile qui est de manière figurée au centre du livre de Thierry Jonquet.

    Moloch s’ouvre sur une scène dure, difficile à l’image du livre. Une équipe d’inspecteurs découvre la scène d’un crime atroce: des enfants enfermés dans une maison abandonnée, enchaînés les uns aux autres et brûlés vifs dans d’indicibles douleurs. Qui ? Pourquoi ? Dans le même temps un artiste condamné par une maladie incurable se livre à des séances de psychanalyse pour le moins étranges durant lesquelles il essaie d’expliquer sa recherche créatrice. Mais qui est-il ? Et que veut-il ? Quel lien tout cela a t-il à avoir avec cette petite fille, dont le dossier médical et les aberrations des analyses cliniques, conduisent à suspecter ses parents de chercher à lui nuire ? Moloch.

    Moloch est un très bon polar qui arrive à maintenir le suspens jusqu’au bout. Le rythme du récit est soutenu et la progression de l’enquête habile. Les 3 intrigues sont progressivement nouées autour des thèmes de l’enfance et de la souffrance, de la cruauté et des traumatismes. C’est le cœur du livre. Plus que les mystères qui sont peu à peu dévoilés sans que le livre ne perde de son intérêt. Un questionnement sourd et violent au sujet du mal concernant les enfants ne quitte pas les différents protagonistes.

    Il faut également saluer le talent de Thierry Jonquet qui sait donner une réelle profondeur à ses personnages. Il gère très bien les interactions, les relations interpersonnelles entre eux. Il les dote aussi d’histoires et de tourments propres qui font souvent écho aux enquêtes menées, aux intrigues. Dans Moloch, l’éducation des enfants de Di meglio ou encore le drame personnel de Rovère qui a perdu le sien s’accordent d’une manière particulière avec le thème de l’enfance. Le tout est déroulé dans un décor parisien que maîtrise Thierry Jonquet. Plus que du divertissement, c’est un polar social, assez juste, sur fond de déviances, d’immigration, de populations déclassées, marginales.

    C’est dur, prenant et efficace.

  • Tout le monde s’en va – Wendy Guerra

    tout-le-monde-s-en-va_couv.jpgTout le monde s’en va, c’est le journal intime d’une jeune cubaine entre 1978 et 1990. Quand Nieve prend la plume, elle a 8 ans, c’est le journal de l’enfance, la première partie du livre. Il est facile de se laisser entraîner par la voix de cette petite fille assez mature, qui fait preuve de caractère devant une réalité peu amène. Le décor de fond de son journal, c’est le Cuba révolutionnaire qui est omniprésent dans sa tragédie intime : une famille déchirée. Nieve est arrachée à sa mère, une libertaire émotive et contestataire, ainsi qu’à Fausto l’amant de cette dernière, un suédois naturiste et bienveillant. Le journal se transforme progressivement en récit d’une enfance maltraitée avec le séjour de Nieve auprès de son père qui a obtenu sa garde.

    Wendy Guerra excelle à portraiturer les protagonistes de cette histoire. Elle rend ses personnages vivants et présents dans la mémoire du lecteur. L’amour qu’elle porte à sa mère, l’affection et la tendresse de Fausto - l’amant suédois de sa mère - ou encore la violence, le sadisme de son père acquièrent une certaine intensité. Il y a une réelle justesse de ton qui happe le lecteur dans l’univers mental de cette attendrissante petite fille. Rapidement, trop rapidement, elle est lucide. Entre les lignes, on perçoit la conscience du traquenard que constitue Cuba et sa révolution. Tout le monde veut s’en aller, s’échapper. Beaucoup dans l’environnement de Nieve y arrivent, mais pas elle, ni sa mère.

    La deuxième partie du livre, le journal de l’adolescence montre de manière plus exacerbée encore la fuite hors de Cuba de ceux que rencontre Nieve. On s’éloigne de ses drames familiaux – même si sa mère reste présente dans le journal - pour se concentrer sur la métamorphose de la jeune fille en femme. L’adolescente se construit à l’épreuve de l’art, de l’amour mais aussi de la réalité de Cuba. Le récit des deux romances principales de Nieve vient donner du corps à la métamorphose de la fille en jeune femme même s’il lui donne un aspect plus commun par la même occasion.

    Le journal montre donc la naissance d’une artiste, d’une femme avec des convictions. Le style du livre s’en ressent avec des textes plus introspectifs, plus complexes, moins centrés sur des faits que sur des sensations, des réflexions, des interrogations. Tout le monde s’en va et Nieve regarde vers l’horizon. Son rapport à Cuba et à sa propre histoire est aussi remis en perspective.

    Si j’ai indéniablement préféré la première partie du livre, à la seconde, Tout le monde s’en va est un livre réussi. Le parti pris de la forme – un journal – est un succès. Les voix de l’adolescence et de l’enfance de Nieve fonctionnent pour une plongée dure mais teintée de poésie et de sensualité dans l’univers d’une enfance et d’une adolescence singulières – pas évidentes – dans le Cuba Castriste.

    Intéressant.