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mariage

  • Le roman du mariage – Jeffrey Eugenides

    Le-roman-du-mariage.jpegAu premier abord, on pourrait penser que le roman du mariage est un de ces campus novels qui n’ont que peu d’équivalent en France. Il est pourtant bien plus que cela même si son intrigue se déroule en grande partie sur le campus de l’université de Brown, en Nouvelle-Angleterre dans les années 80. Il n’est pas non plus vraiment un roman sur le mariage en tant que tel malgré son titre qui s’avère donc quelque peu trompeur. Ce roman du mariage est d’abord celui d’un triangle de jeunes amoureux au sortir de l’université. Madeleine, 22 ans au compteur, aime Léonard alors que Mitchell est éperdument amoureux d’elle. Le choix pourrait s’avérer simple si Léonard ne sombrait pas progressivement dans la maladie mentale alors que Mitchell décide de s’enfuir en Inde, lancé dans une difficile quête spirituelle.

    Classique, ce triangle amoureux n’est pas si passionnant dans sa problématique du choix amoureux, d’autant plus que le roman s’étend sur plus de cinq cents pages et que l’époque moderne a relativisé l’impact de ce genre de choix. Son intérêt réside partiellement dans la profondeur donnée à cette problématique du choix à travers le parallèle établi par Jeffrey Eugenides avec le roman du mariage anglais du XIXème siècle. Lire ce roman du mariage, c’est accepter de revisiter les romans de Jane Austen, Henry James, etc. et de les confronter aux modifications, aux évolutions sociales de l’amour, de la sexualité, de la condition de la femme.

    Plus globalement, le roman du mariage est un livre qui a également pour sujet la littérature. Jeffrey Eugenides sait en tirer matière à développement et à enrichissement de son œuvre et de ses personnages mais cela peut peser négativement dans la balance du lecteur avec une appétence limitée pour de telles problématiques. Le roman du mariage constitue donc en tout cas un véritable jeu sur les romans d’amour anglais du XIXème, mais contient également une critique, une moquerie de la période déconstructiviste de l’intelligentsia des lettres de certaines universités américaines dans les années 80.

    La force du roman de Jeffrey Eugenides tient principalement dans la fusion du triangle amoureux de son intrigue dans un roman d’apprentissage complexe qui propose de jeunes personnages denses et attachants et qui les confronte à de profonds enjeux de personnalité et de destin avec une certaine finesse. Pour Madeleine, il s’agit de dépasser son origine sociale bourgeoise, sa soif d’idéal et de se heurter à une réalité bien plus brusque. Du côté de Léonard, c’est l’acceptation et la gestion du talent mais aussi de la maladie maniaco-dépressive dont une brillante description est faite. Concernant Mitchell, c’est le combat contre la recherche de l’absolu et l’exigence féroce envers soi-même qui est en jeu.

    Le roman du mariage excelle ainsi en tant que roman de la fin de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte. Jeffrey Eugenides suit un trio qui s’échappe difficilement de sa chrysalide, entame une métamorphose aux violents soubresauts, avec comme horizon la liberté d’agir hors des déterminismes de la génération qui les a précédés et loin de leurs idéaux de jeunesse ou des modèles théoriques issus de la littérature. Bienvenue dans le monde cruel jeunes gens !

    Roman de facture très classique, faisant preuve d’un savoir-faire évident mais long par moments, le roman du mariage séduit par son intelligence, l’épaisseur de ses personnages et par sa finesse psychologique même s’il n’est au final pas si original ni si marquant.

    Solide.

  • Ce qu'on peut lire dans l'air – Dinaw Mengetsu

    dinaw.jpgAprès les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengetsu revient avec un second roman au titre tout aussi aérien et légèrement kitsch. Un roman double dans sa construction et dans ses thèmes. L'écrivain américain d'origine éthiopienne raconte dans ce livre le naufrage de deux mariages en même temps qu'il revient sur le sentiment d'exil et de la différence qui concerne l'ensemble de ses principaux protagonistes.

    Nous suivons donc d'un côté, Yosef et Mariam, les parents du narrateur Jonas, deux immigrés éthiopiens en terre américaine qui n'ont pu se rejoindre qu'à trois ans d'intervalle. Le roman revient sur un épisode charnière de leur histoire, une sorte de voyage de lune de miel et de retrouvailles qui permet de raconter un peu de leur histoire et de révéler les drames à l'oeuvre dans leur couple. De l'autre côté, le narrateur livre l'histoire du couple qu'il a formé avec sa femme Angela, en décortiquant leur parcours depuis leur rencontre jusqu'à leur séparation définitive.

    Les deux histoires sont alternées à un rythme régulier et Jonas, leur dénominateur commun les scrute à distance, avec un recul analytique qui lui permet de faire un bilan qui ne dit pas vraiment son nom. La conduite parallèle des deux récits n'exclut pas des ponts et des passerelles qui ne sont pas que thématiques. Les parents de Jonas sont bien présents dans le récit du mariage de ce dernier même s'ils ne sont pas au premier plan et même s'ils sont à distance de l’événement qui est au cœur de l'autre récit du livre qui les concerne directement.

    Dinaw Mengetsu arrive à faire passer tout au long du livre, la mélancolie qui habite Jonas et qui donne lieu à des passages d'une certaine poésie et d'une grande justesse. Ce narrateur est un personnage réussi, une sorte de promeneur de l'existence, un peu en marge, des autres et même de sa propre vie, détaché, un peu lâche aussi, se laissant porter tout en essayant de se tenir à distance du conflit et de la peine. Dinaw Mengetsu se donne également la peine de donner chair et de développer la psychologie de a femme Angela et les deux parents Yosef et Mariam. Il dessine ainsi des êtres plutôt fascinants, aux trajectoires et aux ressorts complexes qui ne laissent pas indifférents. Beaucoup de souffrances qui sont décrites avec finesse et sensibilité.

    Une autre force du roman est le talent pour dévider de manière particulièrement juste et remarquable le fil d'un mariage qui se délite. Avec minutie, Dinaw Mengetsu décrit l'effondrement de leur couple face à des ambitions et des besoins différents. Il ne cesse de revenir aux blessures intimes de Jonas et d'Angela qui minent leur union jusqu'à l'implosion. Le mal est profond et est à aller chercher du côté de leurs enfances et de leurs parents. Avec une langue simple, Jonas parle ainsi de la condition noire aux Etats-Unis, du rapport des autres à la différence, des difficultés économiques des classes sociales pauvres. Il raconte évidemment l'exil et ses chausses-trappes, notamment à travers le destin en partie fantasmé de Yosef, mais aborde aussi la violence conjugale que subit Mariam et qui est à l'origine de la faillite de sa famille.

    Le roman de Dinaw Mengetsu aurait pu être ainsi une belle réussite s'il ne souffrait pas d'un manque de souffle qui fait que parfois il se traîne un peu et qui relativise l'impression d'ensemble. Le livre souffre effectivement de certaines longueurs. Plus particulièrement en ce qui concerne le récit de Yosef et Mariam qui est finalement bien trop étiré alors qu'il est plus concentré sur une courte période et sur un événement central par rapport au récit de Jonas et Angela. Cette dichotomie est préjudiciable au roman. De manière plus générale, le récit de Yosef et Mariam, en arrière-plan laisse parfois un peu sur sa faim, surtout que certains de ses ressorts sont plutôt exploités dans l'histoire de Jonas et Angela. Lors de certains passages un peu longuets, certaines qualités du livre, notamment sa tonalité mélancolique et la distance analytique de Jonas, jouent contre lui.

    OK.

     

  • Née de la côte d’Adam – Nurrudin Farah

    Née de la côte d'adam.gifNée de la côte d’adam est le premier roman de l’auteur somalien Nurrudin Farah. Il conte l’histoire d’Ebla, jeune fille qui s’enfuit de son village de la Somalie profonde pour échapper à un mariage avec un vieillard qui a été arrangé par son grand-père contre deux chameaux. Direction donc la ville et la maison d’un cousin pour cette fille de la campagne qui se retrouve très vite confrontée à de multiples difficultés.
    L’histoire d’Ebla, c’est un condensé de maux qui frappent les femmes et qui subsistent encore dans l’Afrique moderne. Cette dernière, illettrée, découvrant la ville, est exploitée à plus d’un titre lors de son périple. Pour se rendre utile à la ville, chez son cousin, Ebla n’a d’autre choix que de faire office de servante. Très vite, elle se retrouve à nouveau confrontée à une dépossession d’elle-même et de son corps puisqu’à nouveau promise à un autre par son cousin. La solution est-elle toujours dans la fuite ? Peut-être pas pour la jeune femme qui continue de prendre son destin en main du mieux qu’elle peut mais en s’offrant à celui qu’elle souhaite.
    C’est un portrait de femme complexe que nous livre Nurrudin Farah. Le roman étant situé à la veille de l’indépendance de la Somalie, l’attitude de la jeune Ebla est réellement audacieuse. Loin de se laisser faire, cette dernière n’hésite pas à partir ou à prendre un amant quand elle le juge nécessaire, hors toute considération amoureuse. Elle est forte et ne recherche pas forcément le soutien et l’approbation des autres et pourtant ne semble néanmoins pas envisager de possibilités loin des hommes qui constituent son horizon principal. Comme une fatalité.
    Née de la côte d’Adam est un livre dont l’intérêt principal réside dans cette critique du statut et du traitement de la femme dans la société somalienne. L’impact de ce regard lucide sur l’asservissement de la femme, jugée inférieure de l’homme est néanmoins fortement tempéré par les défauts du livre de Nurrudin Farah. Née de la côte d’Adam est plutôt ennuyeux. Il est d’abord desservi par une narration qui manque de souffle malgré les multiples aventures que vit Ebla. Nurrudin Farah a opté pour un ton monocorde et pour des dialogues très succincts, pauvres en contenu, qui affadissent son propos. Tout le mérite que l’on peut reconnaître à l’engagement du livre ne peut escamoter par exemple la faiblesse des personnages secondaires qui ont peu de relief et ne sont pas vraiment exploités (ex : la voisine du cousin d’Ebla, le mari et l’amant qu’elle se choisit…) ou encore les dénouements un peu abrupts que Nurrudin Farah apporte à plusieurs situations que vit Ebla.

    Le genre de livre qu’on aimerait adorer mais qu’on a du mal à finir et dont on garde un souvenir lointain et mitigé. Quelconque au final.