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mixité

  • Ma ligne 13 – Pierre-Louis Basse

    ligne 13.jpgQui a déjà pris la ligne 13 du métro parisien ne peut qu’être curieux à la vue d’un livre qui en porte le nom. La ligne 13 aquelque chose de symbolique pour les utilisateurs du métro parisien. Je ne parle pas que de la foule, des dysfonctionnements, de l’inconfort et du combat quotidien que connaissent ceux qui l’empruntent jusqu’aux profondeurs de la banlieue du côté de Saint-Denis ou d’Asnières-Gennevilliers, mais bien plus de la traversée des mondes qu’elle autorise. Prendre la ligne 13 d’un bout à l’autre, c’est traverser Paris en passant des quartiers chics aux banlieues et prendre conscience d’une certaine façon d’évolutions et d’enjeux sociaux sous-jacents à l’espace urbain parisien. C’est donc aller plus loin que ne le fait Pierre-Louis Basse dans ce livre.

    Ma ligne 13 est un mauvais livre, d’abord sur le plan littéraire. Le style de Pierre-Louis Basse fleure bon la grandiloquence pathétique – hautement préjudiciable vu le sujet. Combien de fois n’a-t-on pas envie de ramener l’auteur à des hauteurs plus raisonnables quand on le voit céder à un lyrisme, à une emphase assez faciles et un peu surfaits. Calme-toi Pierre-Louis et arrête un peu avec les images lourdes, les émotions à la louche etc. Travaille par contre ton art du portrait parce qu’on reste un peu sur sa faim quand même. Rien de vraiment marquant. Et puis, un vrai fil narratif, ce serait plus intéressant que la facile et vaine déambulation ou même cette fade pseudo-histoire avec cette danseuse dont le nom est déjà dans les limbes de ma mémoire.

    Oui ma ligne 13 est un ouvrage décevant. Plus encore sur le plan des idées. Pierre-Louis Basse entendait nous parler de frontières invisibles, de deux mondes. Alors ? Pourquoi pas s’il avait pu éviter les clichés à la pelle sur les mondes en question et ceux censés y appartenir. Possible si on n’avait pas eu à supporter une sorte d’autosatisfaction, de posture afin de se présenter comme du côté des bons –  bien entendu, les pauvres, les immigrés et autres de la banlieue – avec qui en fait il n’a rien en commun si l’on s’intéresse à sa position sociale réelle. Et ce n’est pas la peine de faire allusion aux drames de la banlieue et de l’explosion de 2005, tant on en est loin, ici. Il y avait bien quelque chose à saisir dans et autour de la ligne 13, sur Paris, la mixité urbaine et sociale. Pierre- Louis Basse l’a senti mais est passé à côté.

    Après lecture de l’ouvrage, la quatrième de couverture est un peu risible.

    Passer son chemin.

  • Can't stop, won't stop - Jeff Chang

    cantstopwontstop.jpgCeci n'est pas un livre mais une bible sur l'histoire de la génération hip-hop. Plus qu'un art, plus qu'un mouvement, le hip hop, c'est une culture qui explose vers la fin des années 70 dans le South Bronx à New-York. C'est de là que part l'ouvrage, des racines temporelles et spatiales. Comment cette culture s'est créée dans ce quartier à partir des DJ, des MC, des graffeurs, des Breakdancers. Comment elle a évolué jusqu'à aujourd'hui, contaminant les autres ghettos, sortant de sa niche pour envahir la musique, les arts, le business culturel, les États-Unis, puis le monde. Comment elle a survécu jusqu'à aujourd'hui, confrontée à un monde politique et économique de plus en plus dur, de plus en plus libéral, de plus en plus avide de récupération. Comment elle s'est transformée à chaque étape, pour dépasser ses contradictions, ses multiples courants, ses aspirations et ses écueils. Comment elle est étroitement liée aux évolutions profondes de l'Amérique des trente dernières années.

    Can't stop, won't stop n'est pas un simple livre sur la musique, le style, les arts hip hop. C'est une peinture sociale, économique et politique de l'échec des États-Unis en matière d'intégration raciale et de développement humain et urbain. La naissance du hip hop est concomitante de ces échecs et fait suite à la désillusion qui a suivi les succès du mouvement pour les droits civiques. Jeff Chang narre en mode épique la naissance et la montée du hip-hop dans les ghettos de l’Amérique des minorités raciales puis dans le pays tout entier. Il est au plus près des pionniers et de leurs aventures faisant côtoyer la grande histoire avec celle du hip-hop dans un mélange excitant et érudit de faits historiques, d'anecdotes, d'analyses socio-économiques et politiques.

    C'est à un festin gargantuesque qu'il invite. Dans une volonté démiurgique, il tend à l'exhaustivité en intégrant toutes les problématiques liées au hip-hop. Le gangsta rap, l'homophobie, la misogynie, la récupération commerciale, l'édulcoration, la politisation, les questions identitaires, la violence, le samplage, les innovations musicales et technologiques, l'outrance, le déclin relatif de certains aspects du hip-hop etc. Rien  n'est lâché, laissé de côté. La réflexion est intimement liée au contexte historico-social et toujours en évolution. Jeff Chang gratine le tout de portraits des grands noms, des fondateurs, des rénovateurs du hip-hop. Passionnant, instructif et très ouvert sur les questions identitaires, économiques et sociales qui minent les États-Unis, Can't stop, won't stop est un livre ambitieux qui jette un regard très noir sur les États-Unis d'Amérique en prenant le parti de la perspective du mouvement culturel hip-hop.

    Énorme.

    Indispensable pour tous les fans de hip-hop.