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montagne

  • Le poids du papillon – Erri De Luca

    papillon.jpgCa faisait un moment que j’avais envie de découvrir Erri De Luca qui jouit en France d’une certaine renommée ou en tout cas d’une réelle visibilité dans les médias et les rayons de librairie. C’est donc chose faite avec Le poids du papillon…qui ne restera pas dans mes annales.

    Ce très court récit est celui d’une opposition entre un braconnier, ancien révolutionnaire devenu chasseur ermite et le mâle dominant d’un troupeau de chamois dans les alpes italiennes. Les deux créatures sont sur le déclin et le savent. Leur duel revêt une importance d’autant plus particulière que c’est le chasseur qui a abattu la mère du chamois. Au milieu de tout ça, il y a le papillon dont il ne faut pas trop en dire sur le rôle d’arbitre dans le dénouement. Même si ce dernier est révélateur de ce qui cloche dans ce livre.

    Tout est un peu trop gros et lourd dans le poids du papillon. On est saturé d’images faciles, usées, le long des pages. Erri De Luca est vraiment convenu dans sa mise en scène du chasseur, comme du chamois et même du décor hivernal et montagneux des alpes. Il y a une impression de déjà vu, de stéréotypes et de clichés qui rendent la lecture plutôt longue malgré le nombre réduit de pages. La poésie qui pourrait se dégager de l’ensemble est irrémédiablement gâchée au détour d’une page par une guimauve de sentiments éculés prêtés aux personnages. Je pourrais faire quelques concessions aux thuriféraires du style de l’écrivain italien, mais cela ne changerait pas grand-chose à l’affaire.

    Si je ne compte pas en rester là avec Erri De Luca, très grande est ma déception. Heureusement que c’est court. 

    Quelconque. Déjà oublié.

  • La grande peur dans la montagne – Charles Ferdinand Ramuz

    9782253010968-G.jpgDans un village de la Suisse Romande, la rumeur court, diffuse, depuis vingt ans sur une terre de pâturage inexploitée. La dernière expédition a s'y être rendue a été victime de malheur dont la nature reste indéterminée. Mais voilà que le président du conseil souhaite la reprise de l'exploitation pour des raisons financières. Les vieux du village s'y opposent, mais le vote du conseil, sous l'impulsion des jeunes, entérine l'envoi d'une expédition là-haut. Ainsi commence La grande peur dans la montagne, œuvre forte de Charles Ferdinand Ramuz : un conflit entre les anciens et les jeunes dans un climat progressivement empesté par la rumeur. Il s'est passé quelque chose dont les jeunes ne peuvent pas se souvenir et qu'il faut respecter.

    Voilà que partent donc pour le territoire interdit, sept personnes avec des motivations différentes : le maître Crittin et son neveu, le petit Ernest, le vieux Barthélémy qui a déjà fait partie de la première expédition deux décades auparavant, Joseph qui souhaite gagner de l'argent pour épouser Victorine, Clou le borgne asocial et marginal du village et enfin le jeune Romain. La mécanique de Charles-Ferdinand Ramuz est assez méticuleuse et huilée. Faire en sorte que le malheur s'abatte sur chacun des membres de l'expédition. Comme un mal insidieux qui s'installe lentement, pour frapper de plus en plus vite et fort dans un enchaînement tragique jusqu'à une apothéose finale.

    Il y a une sorte de fatalité mêlée au suspens qui atteint le lecteur. Ce dernier sait qu'il va arriver malheur aux personnages, il attend dans une atmosphère étrange et angoissante qui est la grande réussite de Charles Ferdinand Ramuz. Il fait de ce lieu de haute montagne un endroit maudit, par le jeu de la rumeur d'abord sur les évènements passés, avec le récit du vieux Barthélémy ensuite, par la description aussi d'un décor, âpre, dénudé, pur qui semble interdit aux hommes, possédant sa propre logique, par l'apparition de la maladie. L'atmosphère est pesante et les mésaventures successives contribuent à  tisser un univers où le fantastique est omniprésent sans être identifiable.

    Charles Ferdinand Ramuz, fait vivre au lecteur, de l'intérieur, cette tragédie marquée du sceau du fantastique. Il fait du lecteur un membre de la communauté paysanne du village face au défi lancé au passé et à des forces identifiables par cette expédition. C'est aussi un des intérêts de la grande peur dans la montagne, de dessiner ces communautés à l'ancienne ou règnent la tradition, un certain respect de la nature et des codes, des mécanismes qui nous sont aujourd'hui quelque peu étrangers. La rumeur, mais aussi l'amour, le chagrin, la violence, la revanche, la colère, la recherche d'un bouc émissaire sourdent du village - une entité - et de cette histoire pour former un cocktail explosif. Le dénouement est fort symboliquement.

    Bon livre, atmosphère singulière, suspens, personnages intéressants et dénouement apocalyptique. A découvrir.