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musique

  • Swing time – Zadie Smith

    swing time.jpgJ’avais envie de lire Zadie Smith depuis les louanges qui ont accompagné Sourires de loup son premier livre paru à l’aube des années 2000. J’ai pourtant toujours trouvé une excuse pour ne pas le faire jusqu’à ce cinquième roman. L’attente a été longue mais la récompense a été à la hauteur puisque Swing time est un très beau roman.

    Zadie Smith part de l’histoire de deux petites filles métisses de la classe moyenne basse du Londres des années 80 qui se rencontrent à un cours de danse, pour dessiner une fresque qui court sur presqu’une trentaine d’années. Elle s’appuie sur l’histoire d’amitié de ces deux filles, quelque part d’abord liées par leur couleur de peau - ce sont d’abord les deux seules métisses ou noires de leurs cours de danse – pour délivrer deux destins croisés, marqués chacun de différente manière par l’échec, la honte, l’effacement et la douleur.

    Il est remarquable de voir comment Zadie Smith dessine progressivement deux sagas familiales, surtout celle de sa narratrice, en même temps qu’elle déroule ce roman de l’enfance puis de l’apprentissage. En plus des thèmes classiques pour ce type de romans - la dislocation de la famille, la perte d’innocence, le devenir adulte…-, elle décrit l’environnement des classes populaires de l’Angleterre Thatchérienne et fait de la couleur de peau et des origines afro-caribéennes, un thème de fond qui irrigue le livre en permanence.

    Zadie Smith arrive à poursuivre ces thèmes à travers le destin d’assistant personnel d’une méga star planétaire qu’elle attribue à sa narratrice. Périlleux de prime abord, ce parti pris romanesque se révèle très intéressant et réussi. Il permet à l’écrivaine anglaise de jouer sur les contrastes entre d’un côté l’environnement de ces super stars et de l’autre côté l’existence de sa narratrice mais aussi l’univers d’un pays pauvre d’Afrique dans lequel ces stars ont souvent un engagement humanitaire.

    Toujours dans l’ombre de la super star Aimée – une sorte de Madonna – la narratrice de Swing Time est un témoin fascinant de ce qu’est la célébrité, une des valeurs phares de notre époque. C’est aussi en ça que le livre est terriblement moderne, dans sa tentative d’appréhender le tourbillon de la célébrité, du star-system, aussi bien dans ses possibilités que dans ses conséquences.

    Swing time est un roman qui fonctionne bien grâce à la maîtrise narrative de Zadie Smith. On ne s’y ennuie pas et on est emporté car cette dernière arrive à imprimer force et énergie à son récit. Empli de musique – le titre du livre est une référence au film musical du même nom de George Stevens sorti en 1936 avec Fred Astaire et Ginger Rogers-, de danse et d’images de notre culture moderne globalisée, le livre arrive à être en équilibre sur trois décennies mais aussi sur trois continents. Il tient grâce à la justesse de Zadie Smith, grâce à son écriture limpide et lumineuse. Elle sait être sensible, touchante tout en délivrant des portraits de femmes qui sont très réussis comme celui de la mère de la narratrice, de son amie Tracey ou de la star Aimée.

    Très bon. Recommandé.

  • Ravel – Jean Echenoz

    ravel.jpgRavel fait partie du « cycle des vies imaginaires », des biographies libres que Jean Echenoz a écrites entre 2006 et 2010, qui comprend également Des éclairs sur Nikola Tesla et Courir sur Emil Zatopek.

    Autant j’avais passé un agréable petit moment de lecture sans prétention avec le léger Courir, autant je suis passé à côté de ce Ravel qui m’est apparu transparent, manquant de densité et d’intérêt. La faute sans doute au parti-pris de Jean Echenoz de se concentrer uniquement sur les dix dernières années de la vie de l’illustre compositeur. La perspective d’ensemble de l’existence d’Emil Zatopek choisie pour Courir me semble plus appropriée pour permettre de saisir la destinée de ces personnages illustres qui est souvent fascinante par l’oscillation entre des périodes de grandeur et de décadence.

    Ce parti pris est d’autant plus dommageable que Jean Echenoz ne se fixe pas vraiment sur des moments-clés qui interviennent durant ces dix dernières années de la vie de Ravel. C’est la période de la tournée américaine à succès de Ravel. Celle durant laquelle il compose le Boléro, une des œuvres les plus jouées au monde depuis sa création. Celle aussi de son déclin cérébral. Tout cela est bien présent dans la petite centaine de pages du livre mais sans qu’on en garde grand-chose. Il n’y a pas de focus, pas d’accroches, rien qui marque. Comme si le livre coulait, insipide vers la mort de son sujet.

    Qu’est-ce que Jean Echenoz veut nous dire sur Ravel ? Sur son œuvre ? Le portrait d’un homme assez solitaire mais paradoxalement mondain à sa façon et souffrant d’insomnie n’est pas assez abouti. La mise en scène du génie qui perd sa tête et sa musique tombe également à plat. Le tout étant probablement noyé dans des détails, des anecdotes sans intérêt qui semblent surtout servir à meubler les pages entre les différents moments de vie empilés du compositeur.

    Reste alors l’écriture de Jean Echenoz ? Légère, dotée de sa propre petite musique, celle-ci n’arrive néanmoins pas à envoler le récit et à faire passer un certain ennui. Le souffle du romancier, qui est si bien calé sur celui du champion olympique Zatopek dans Courir, a ici du mal à faire revivre les dernières années de Ravel ou sa musique.

    Plutôt raté.

  • Amsterdam – Ian Mc Ewan

    ian_mcewan_amsterdam.jpgLa citation de W.H Auden, extraite de La croisée des chemins, en épigraphe d’Amsterdam dit l’essentiel du livre : « Les amis qui furent ici ensemble et s’étreignirent sont partis, chacun vers ses erreurs ». La mort de Molly Lane, critique et gastronomique et photographe qui fréquente la haute société Londonienne, est le point de départ de cette histoire centrée sur l’amitié et les valeurs morales. D’un côté, Clive Linley, musicien reconnu, en charge de composer une symphonie pour le millénaire, de l’autre Vernon Halliday, patron de presse, qui essaie de redresser un vénérable quotidien en train de prendre la poussière. Jusqu’à quoi sont prêts ces deux protagonistes pour arriver chacun à leurs fins ? Que sont-ils prêts à sacrifier sur l’autel de leurs ambitions personnelles ?
    Il est facile pour chacun d’entre nous de travestir nos pires actions avec les habits de la vertu pour garder la face alors que nous piétinons allègrement les valeurs morales que nous prétendons défendre. C’est ce que font Clive et Vernon, chacun sous le regard de l’autre. En fait, ils n’ont en tête que leurs carrières professionnelles et leurs prestiges personnels respectifs quand ils basculent, chacun à leur façon de l’autre côté de la morale. Place à la mesquinerie, à l’égoïsme, au cynisme et à la lâcheté, qui font que ces vieux amis en arrivent à s’interroger sur le sens de leur amitié et à ne plus se reconnaître au point de se dire : « nous savons si peu de choses les uns des autres. Tels des icebergs, nous ne donnons à voir que la surface, d’une apparente clarté à l’usage du monde, d’un moi dont l’essentiel reste immergé. »
    Comme souvent, Ian McEwan fait montre d’un réel sens de l’immersion, en nous plongeant complètement dans le quotidien professionnel de ses deux personnages. Les pages sur la musique avec Clive ont une certaine beauté et sont réussies, portant au passage une réflexion acide sur la création artistique. Celles sur la conduite de la rédaction d’un quotidien avec Vernon sont fouillées et révélatrices des problématiques actuelles du journalisme coincé par l’effritement des ventes et tenté par le spectaculaire et l’indécence au détriment d’un traitement de fond et de la qualité. L’auteur anglais permet ainsi aux questions éthiques auxquelles sont confrontés ses deux personnages de prendre plus de relief.
    Ian McEwan a un savoir-faire évident qui lui permet de mener habilement son intrigue qui monte crescendo vers une conclusion paroxystique. Il déshabille progressivement ses personnages avec intelligence, révélant leur côté obscur qui est l'enjeu central de son livre. Amsterdam pourrait ainsi être une totale réussite n'eut été la fin pour laquelle l'auteur anglais a opté. C'est vraiment dommage car ce dénouement, quoi qu’original, est un peu prévisible, trop scénarisé, voire grotesque. L'impression globale du livre souffre donc de sa dernière partie sans suspens et un peu longuette. Ce n’est néanmoins pas l’essentiel à retenir d'Amsterdam qui a d’autres qualités: une fluidité dans la narration, une écriture limpide et beaucoup d’ironie.

    Moins dense et abouti que Samedi ou Expiation.
    Booker Prize 1998.
    OK.