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mythologie

  • American gods - Neil Gaiman

    american_gods.jpgOmbre sort de prison quelques jours plus tôt que prévu. Motif : sa femme, sa chère Laura, est morte dans un accident de voiture…le sexe de Robbie, son meilleur ami qui lui avait promis du travail dans sa salle de sport, dans la bouche. Que pouvait-il arriver de pire à Ombre à ce moment là sinon de s’engager auprès de Voyageur, un vieil excentrique qui a décidé de mener  une homérique bataille d’un autre temps et d’un autre univers ?

    Neil Gaiman a remporté avec American Gods les prix Hugo, Nébula, Locus et Bram Stoker parce qu’il a eu une idée de génie : que peuvent bien peser les dieux anciens, ceux des mythologies étrangères (scandinaves, africaines, asiatiques, indiennes), une fois ramenés sur la terre des Etats-Unis par les immigrants face aux nouveaux dieux qui ont émergé de la victoire de la technologie et de la civilisation moderne ? C’est une intuition brillante de saisir l’étiolement des mythes et fantaisies ancestraux qui se sont effondrés, ont été oubliés, et qui agonisent dans le kitsch avec la disparition des cultures, des rites et des sacrifices qui leurs sont associés. Odin, Kali, Ananzè et les autres sont devenus des hères embourbés dans la réalité quotidienne d’une Amérique sans pitié, survivant dans le souvenir de leur glorieux passé. Ils tentent dans un dernier sursaut de reconquérir un peu de leur lustre d’antan face aux nouveaux dieux qui peuplent l’Amérique, dans un conflit sanguinaire et cataclysmique qui semble inéluctable.

    Neil Gaiman redonne vie aux dieux anciens qui deviennent des personnages complexes et tourmentés. Il les intègre ainsi que leurs mythologies dans une réalité multiple et fantastique. Il arrive à créer un univers mythologique unique doté de sa propre eschatologie qui tient en haleine le lecteur et donne sens à cette grande aventure. American Gods est riche de trouvailles comme les récits de fins de chapitre qui racontent les arrivées de différents immigrants avec leurs dieux et leurs croyances à travers toutes les vagues d’immigration des Etats-Unis. Et pourtant tout en étant un livre intéressant, il n’est pas le chef d’œuvre proclamé. S’il est une réussite créative concernant les dieux et les mythologies anciennes, il est assez faible au sujet des dieux modernes. Il y a un déséquilibre visible entre le traitement des anciens dieux et des modernes. C’est comme si Neil Gaiman était impuissant à vraiment saisir les mythologies contemporaines ainsi qu’il l’a fait pour les ancestrales. A part Internet, la télévision et les médias – qui ne sont pas non plus très recherchés, ni intéressants – les dieux contemporains sont bien pâles et inexistants – Bois, Ville, etc. Cette dichotomie est d’autant plus gênante qu’elle fait perdre de la force et de la profondeur à ce combat de dieux qui ne devient plus qu’une affaire d’intérêts dont on extrait un peu moins de matière à réflexion sur les destinées, les transformations, les trajectoires des mythologies, cultures, sur l’immigration et les illusions modernes que l’on ne pourrait.

    Il apparaît clairement qu’American Gods est plus une bonne machine narrative à suspens et à aventures même si quelques longueurs sont à déplorer. Le lecteur exigeant sera moins enthousiaste que d’autres devant quelques facilités ou effets de manche dans l’intrigue, notamment dans le dénouement, avec les révélations sur Ombre, le village de Lakeside ou encore la grande bataille tant attendue.

    American Gods n’en demeure pas moins un bon ouvrage fantastique, avec de bonnes idées et qui offre un certain plaisir de lecture.