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néocolonialisme

  • L'Afrique répond à Sarkozy

    afrq à skz.jpgLe discours de Dakar, vous connaissez ? Nicolas Sarkozy, le président de la rupture, s’est rendu à Dakar, à l’université Cheikh Anta Diop en juillet 2007, tout fraîchement élu à la tête de la France, pour y tenir un discours fondateur de sa politique africaine et de sa vision du continent noir. Très attendu après les promesses répétées et radicales de mener une autre politique en Afrique, d’afficher un autre regard et de montrer une vraie différence, ce discours a fait l’effet d’une bombe nucléaire. Du moins en Afrique – qui d’autre cela intéresse t-il… ?

    La raison tient au contenu du discours écrit par Henri Guaino, la plume et aussi la pensée de l’hyperprésident. En effet, l’Afrique n’avait connu depuis longtemps pareille outrecuidance, un véritable affront, une humiliation aussi frontale, directe, décomplexée. C’est avec une arrogance et un complexe de supériorité manifestes que le président Sarkozy a déclamé un tissu d’inepties réellement lénifiant. Ce devait être un grand moment, ça a été une grande honte. Ce discours néocolonialiste - qui ne renie pas non plus le colonialisme à la papa – a offert une vision arriérée de l’Afrique et véhiculé des clichés stupides et des conceptions racistes.

    En résumé, l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire , elle est bloquée dans le souvenir d’un âge doré qui n’a jamais existé, elle est fermée au monde et à la part européenne en elle – les lumières, le progrès, l’ouverture qui sont forcément européens n’est ce pas…-, le colonialisme n’était pas si mauvais que cela, il a même apporté du positif, et quelque part même les colonisateurs eux-mêmes en étaient victimes, l’Afrique doit arrêter de ressasser le passé, l’histoire du continent n’est que guerres, prévarications, corruption et compagnie – c’est vrai que le vingtième siècle européen et ses immenses charniers font envie…, les africains ont livré d’autres africains. J’en passe et des meilleures.

    Le mérite de ce livre est d’offrir aux intellectuels africains, la possibilité de répondre à ce discours affligeant. Ils saisissent cette opportunité pour répondre avec brio aux débilités contenues dans ce discours. La réfutation est faite à tous les niveaux, aussi bien au niveau de l’argumentation, que de la sémantique et de l’histoire. C’est avec précision et une foule de références pour ceux qui voudraient aller voir plus loin que ces intellectuels rassemblés par Makhily Gassama expliquent comment l’Afrique est une fois encore victime de ceux qui disent vouloir l’aider, de ses faux amis. C’est donc un éclairage historique, sociologique, économique et culturel qui est donné ici, pour montrer l’impact négatif de l’esclavage, de la traite négrière et de la colonisation, pour démontrer que l’Afrique a bien eu une histoire riche et très instructive avant sa rencontre avec les européens, pour démonter les discours racistes sur l’infériorité, la différence de l’Afrique, pour expliquer le poids et l’influence des puissances occidentales dans un système économique pervers qui enfonce l’Afrique, pour révéler la fourberie de ces mêmes puissances qui ne reculent devant rien – surtout pas le malheur de l’Afrique – pour jouer les néocolons et influencer la politique, l’économie de l’Afrique dont les forces vives, positives ont fort à faire pour émerger, résister.

    Il faut lire cet ouvrage qui n’est pas uniquement un livre de circonstance, d’actualité. Ce collectif d’intellectuels arrive à élever le niveau du débat et à offrir une véritable leçon pour déniaiser tous ceux qui sont encore gavés de clichés, d’illusions, d’idées fausses et reçues, de raisonnements préconçus sur l’Afrique et ses enjeux, ses réalités, son histoire. Très solide, instructif et salutaire.