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novlangue

  • Amour et ordures – Ivan Klima

    Ivan Klima.jpgLa quatrième de couverture parle d’Amour et Ordures « comme le roman le plus important sur la Tchécoslovaquie d' " avant-Havel " ». Ce qui me laisse un peu dubitatif. Imaginez un peu, un auteur célèbre, tombé en disgrâce, qui devient éboueur dans Prague. Un quotidien de dur labeur pour celui qui se consacrait à l’écriture d’un essai sur Kafka avant d’embrasser cette réalité si prosaïque. Un homme confronté aux ordures qui a des choses à raconter sur la Tchéquie de la seconde guerre mondiale, vu qu’il a connu enfant le camp de concentration de Terezin. C’était avant le rideau de fer et la période communiste qui a assommé la réalité  avec une novlangue qui s’appelle ici le Jerk. Ça en fait donc des choses fortes à raconter pour un homme qui est en plus plongé dans une passion dévorante avec une maîtresse qui n’arrive pourtant pas à le convaincre d’abandonner sa femme.

    Il est juste dommage qu’Ivan Klima raconte tout ceci très mal. Amours et Ordures est un galimatias qui dévalorise ce matériau si riche en refusant d’y mettre de l’ordre ou de créer une véritable architecture narrative. Tout est balancé dans une logique de tout à l’égout qui épuise le lecteur et dilue son intérêt pour les thèmes de l’écrivain tchèque. Finalement, il y a un manque d’épaisseur dans la critique du régime communiste tout autant que dans l’évocation du camp de Terezin. Idem pour l’expérience d’éboueur qui souffre d’un bavardage inintéressant, souvent centré sur les anecdotes des collègues de travail. A la fin, ne reste de tout ça qu’un discours un peu fatigant sur Kafka et cette histoire de femme et de maîtresse qui n’a finalement rien d’extraordinaire et qui s’embourbe dans des situations pénibles et dans la redondance.

    Ivan Klima écrit parfois des choses assez belles, développe une réflexion brouillonne mais riche sur l’existence – notamment sur les ordures -, qui sortent le lecteur de sa torpeur. Ce ne sont cependant que des pépites dans un océan d’ennui et c’est bien difficilement qu’on atteint la fin du livre.

    Immense déception.

  • 1984 - George Orwell

    1984.jpgEst-il possible de dépasser 1984 dans la création d'un univers totalitaire ? Peu de livres sont allés aussi loin dans la description d'un univers détraqué, dans la saisie de l'essence du totalitarisme à travers un roman. 1984 est un chef d’œuvre, une dystopie terrifiante qui ouvre un champ de réflexions et de critiques tellement large que l'on ne peut que rester pantois devant tant de génie.

    Parmi les multiples lectures pertinentes de l’œuvre, il y a celle d'une puissante critique de l'univers totalitaire communiste de l'URSS de Staline. Le régime oppresseur du petit père des peuples est contemporain de l'écriture du livre. Tout y est: du culte de la personne du leader et de son omniprésence inquiétante avec big brother, jusqu'à la réécriture permanente du passé en passant par la toute puissante police et la culture de la haine perpétuelle orientée vers des ennemis toujours changeants en fonction des intérêts du moment. Le livre va encore plus loin, dépasse ce cadre historique et s'avère être une dénonciation de tous les totalitarismes, ce en faisant preuve d'une inventivité pour le moins déconcertante et terrible dans l'horreur totalitaire.

    Comment ne pas parler de la novlangue ? Sans aucun doute le bijou de 1984 qui mérite bien l'appendice à la fin du livre. George Orwell montre comment la manipulation de la langue, sa déformation monstrueuse peuvent transformer le réel et faire des citoyens des esclaves, des êtres malléables, corvéables à souhait. La novlangue, c'est l'outil ultime de la propagande, l'alliée éternelle de tous les totalitarismes. Le langage n'est pas innocent et inoffensif face au réel.

    Il faudrait bien plus que ces quelques lignes pour explorer la portée et la richesse de 1984. C'est une œuvre ambitieuse, à la mécanique implacable, qui est forte dans sa lucidité et son intelligence, dans sa capacité à montrer jusqu'à quels extrêmes peut aller l'oppression, jusqu'à quelle faillite, elle peut conduire l'homme. Et pour enfoncer le clou, George Orwell a prévu un dénouement qui résonne pour toujours dans la mémoire du lecteur comme une fatalité...

    Il n'y a pas de place pour la résistance, pas de place pour la différence, pas d'échappatoire. L'amour, le courage, la lutte, la fuite sont vains. A la fin, "Winston aimait Big brother", sincèrement, vaincu au plus profond de lui même.

    Monument littéraire.