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  • La fête de l’insignifiance – Milan Kundera

    la-fete-de-l-insignifiance,M144886.jpgVoici un moment que je craignais que ce jour arrive, entretenant secrètement l’espoir qu’il ne soit jamais. Il m’avait semblé s’éloigner un peu avec l’entrée dans la pléiade de Milan Kundera. Comme un point final à son œuvre. Il y avait certes le pincement au cœur de se dire que peut-être on ne lirait plus rien de neuf du grand auteur tchèque, mais en même temps la satisfaction de voir close, une œuvre cohérente, dense d’une intelligence et d’un brio romanesque remarquables. Et puis, voilà, est arrivée cette fête de l’insignifiance…

    Je ne fais pas partie de ceux qui jugent sévèrement l’œuvre de Milan Kundera depuis l’abandon du tchèque pour le français. Cela mériterait débat, mais j’ai toujours trouvé que l’essentiel de sa pensée et de son talent, et même de sa voix, était demeuré présent, simplement déployé dans des constructions romanesques différentes, moins impressionnantes, certes. Oui, mais maintenant il y a cette fête de l’insignifiance.  Une œuvre faible, qui sent la fin, et que pourtant dans un chœur suspect, la quasi-totalité des médias a salué comme un chef d’œuvre, le retour du grand Kundera pour certains. Faut-il mal connaître l’œuvre de Milan Kundera pour dire ça…

    Oui, la fête de l’insignifiance reprend les fameuses constructions chorales des premiers ouvrages de Milan Kundera, ces formidables chassés croisés de personnages qui rendent ces œuvres si complexes et si difficiles à résumer. Oui, le livre n’hésite pas à reprendre les thèmes chers à ce formidable auteur, jusque dans ce titre. La légèreté, l’ironie, le comique de l’existence, les horreurs du communisme, les failles de la modernité contemporaine sont également présents dans ce livre. Oui presque tout y est jusqu’à cette voix reconnaissable entre mille qui transpire l’intelligence, la profondeur et la distance salutaire.

    Oui, c’est bien Milan Kundera, mais en mode très, très mineur. Pour rester poli. Oui, Milan Kundera mais en ressassé, en dépassé, en altéré, en évanescent. Ce livre est très court, comme si l’auteur n’avait plus le souffle pour aller plus loin. Il est vite oublié, peut-être parce que les idées énoncées ne sont plus neuves, ne sont plus aussi fortes ou pire se noient dans la légèreté, l’esprit de farce voulus par l’auteur. Un esprit de comédie, de farce qui n’arrive pas à atteindre le lecteur nettement moins amusé que Milan Kundera. Oui, je suis dur mais l’image qui me vient est celle d’une valse arthritique avec des instruments pas toujours audibles…

    Pour ceux qui se rappellent de Tamina du livre du rire et de l’oubli, du docteur Skreta de la valse aux adieux ou du jeune poète Jaromil dans la vie est ailleurs, ou Tereza dans l’insoutenable légèreté de l’être (et tant d'autres), passez votre chemin. Aucun personnage fort ne s’imprime vraiment dans ce concert de voix d’amis qui racontent leurs vies pas vraiment passionnantes et qui passent dans un rire un peu forcé et des dialogues quelconques.

    Et à la fin, il ne reste plus grand-chose. Seulement la sidération de celui qui connaît, apprécie Milan Kundera qui reste l’un des plus grands romanciers contemporains. Peut-être qu’au mieux la fête de l’insignifiance pourra servir d’introduction à l’œuvre de Milan Kundera (ou d’appendice) parce qu’il en a malgré tout quelque chose, un peu d’ADN. Et encore, c’est vraiment à voir.

    Déçu.

     Insignifiant au regard de l’œuvre de Milan Kundera.

  • Les menhirs de glace – Kim Stanley Robinson

    les-menhirs-de-glace-kim-stanley-robinson-9782070313044.gifXXIIIème siècle, Mars, une révolution éclate contre le comité, instance dirigeante suprême plutôt portée sur l’autoritarisme. Au même moment quelque part dans l’espace, l’expédition davydov profite de cette diversion pour mettre à exécution un plan fou minutieusement préparé : tenter la grande aventure, partir explorer l’espace à l’aide de vaisseaux minéraliers volés et modifiés. 3 siècles plus tard, la révolte martienne a été écrasée et sa mémoire est victime d’un mensonge d’état. Et si la Sédition n’était pas ce qu’en dit le comité ? Et si la version officielle trahissait la vérité ? C’est ce que cherche à démontrer le professeur Hjalmar Nederland en fouillant les ruines de New Houston, dernier bastion des insurgés. Au même moment, un monument mégalithique constitué de blocs de glace est découvert sur Pluton : Icehenge. A-t-il quelque chose à voir avec la Sédition comme le pense le professeur Nederland ? Ou relève-t-il d’une incroyable mystification  comme tente de le prouver plus d’un siècle après l’obstiné Edmond Doya ?

    Cette intrigue pluriséculaire est bâtie sur un postulat, celui d’une humanité qui a repoussé les limites de l’âge et qui tutoie plutôt facilement le millénaire sans que la mémoire n’ait pu suivre. La Mémoire, l’Histoire, l’oubli écrivait Paul Ricoeur en 2003, c’est le trio au centre du livre de Kim Stanley Robinson. Dans la mesure où la mémoire n’est que d’une centaine d’années sur une durée de vie de 1000 ans, qu’une grande partie de l’existence des hommes tombe dans l’oubli, l’histoire, les activités humaines prennent un sens différent. C’est ce à quoi sont confrontés les personnages du livre de Kim Stanley Robinson. La question n’est pas anodine : que valent nos liens de parenté, l’amour, l’engagement, l’action sur une telle durée de vie ? Surtout si nous sommes condamnés à l’oubli ?

    C’est une question que Kim Stanley Robinson traite en filigrane – seulement - à travers les journaux des trois personnages : Emma Weil - qui a participé aux évènements de la Sédition, Hjalmar Nederland et Edmond Doya. Il ne lui donne malheureusement pas assez de force, préférant surtout insister sur la manipulation politique et historique autour de la révolution martienne et d’Icehenge. Qui a construit ce monument ? Quand ? Pourquoi ? C’est un choix regrettable au vu de la longueur du roman et malgré les interrogations face auxquelles se retrouvent ses personnages sur l’objectivité, le sens de l’histoire, ses trous béants, ses vérités révisables, sa manipulation par le politique etc. devant le mystère d’Icehenge

    Si la construction romanesque est plutôt habile, difficile de ne pas trouver que Kim Stanley Robinson est parfois ennuyeux à force de longueurs, de passages pas forcément inintéressants mais trop étirés, d’un jargon pas tant abscons – encore que - qu’omniprésent. L’intérêt du livre est diminué, noyé malgré des personnages forts et des problématiques passionnantes. Le roman finit par tourner comme un derviche autour de quelques éléments et par décevoir ou fatiguer le lecteur. Kim Stanley Robinson est passé à côté d’un roman plus fort et plus riche.

    Très moyen. 

  • Et quand le rideau tombe - Juan Goytisolo

    goytisolo.gifAvec Et quand le rideau tombe, Juan Goytisolo a écrit une œuvre forte sur le sentiment de perte et le deuil. Il aborde la disparition de sa femme avec beaucoup de retenue. Il n’est pas tant question ici de souvenirs étalés, de pathos que d’une lucidité acérée qui brutalement effondre un monde. Avec sobriété, Juan Goytisolo dénude une réalité qui perd son sens et révèle son absurdité. Il s’agit ici de penser plus que de raconter la disparition de l’être cher qui a partagé son existence et ses conséquences.

    Dans une atmosphère sèche malgré la présence de rêves, avec une écriture tendue, perçant le voile des choses, il dit l’étiolement des souvenirs, la sournoiserie de l’oubli, alors que la nostalgie et la mélancolie le gagnent. Le passé s’effrite alors que l’avenir même est incertain nous dit-il. Misère de ce pourquoi nous nous sommes battus et de ce que nous prévoyons, de nos projets. Qu’en reste (ra) – t-il ? Juan Goytisolo s’appuie sur son expérience personnelle pour tendre vers l’universel et le destin des hommes, de l’humanité en général.

    On peut lui reprocher un pessimisme forcené et un abandon à une forme de nihilisme sans pour autant démentir la cruauté de la question du sens qui est sous jacente. Pourquoi tout ce bruit et toute cette fureur pour ce qui ressemble à un perpétuel recommencement ou à une fuite en avant, une course dépourvue de sens ? L’histoire se répète, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce dit Marx, et la millième fois ? L’oubli serait-il le grand vainqueur comme le dit Milan Kundera ?

    On peut tatillonner et regretter par moments des procédés un peu simples, les dialogues avec Dieu ou encore certaines images. On appréciera en revanche moult passages qui tracent un chemin vers Tolstoï. La lecture de Et quand le rideau tombe s’avère en tout cas dense et mérite largement le détour.

    Intéressant.