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passé

  • L’homme du hasard - Yasmina Reza

    L'homme du hasard.jpgParis-Francfort, un homme et une femme se retrouvent seuls dans un compartiment de train. Chacun est perdu dans ses pensées. Deux monologues à priori déconnectés mais qui se révèlent rapidement reliés. La femme est en train de lire l’homme du hasard, le dernier ouvrage de l’écrivain renommé Paul Parsky qui n’est personne d’autre que l’homme en face d’elle, qu’elle a reconnu.
    Cette pièce de théâtre joue sur plusieurs ressorts évidents : une mise en abyme potentielle avec son titre qui est celui du livre que la femme a entre les mains, un autre jeu autour du titre au sujet du hasard qui amène de manière improbable l’écrivain à se retrouver face à une femme en pleine lecture de son dernier ouvrage, une tension ou un suspens sur ce dont peu accoucher une telle mise en situation de ces deux personnages.
    Malheureusement aucun de ces ressorts ne fonctionne pleinement et il est difficile de dépasser une sensation de vacuité et d’inabouti à la lecture de cette pièce. Il y a un aspect artificiel dans ces procédés qui est encore plus criant en raison du minimalisme de la pièce.
    Restent maintenant les deux monologues qui constituent pour chacun des personnages des regards en arrière – contraste facile avec le train qui avance etc. Ces derniers sont plutôt banals avec cet écrivain un peu misanthrope, doutant quelque peu de la valeur de certains de ses ouvrages, et cette femme qui hésite sentimentalement. Une épaisseur proche du néant et un ton froid n’aide pas à donner de la chair à ces personnages de papier.


    Une première rencontre très décevante avec Yasmina Reza.
    Déjà oublié.

  • L’ange sur le toit – Russell Banks

    mélancolie,passé,tristesse,divorce,évènements,séparation,enfanceL’ange sur le toit, c’est un recueil de 10 nouvelles (dont une introduction) de Russell Banks construites autour d’un point de bascule dans la vie des principaux protagonistes. Certaines nouvelles sont au plus près de ces moments de rupture alors que d’autres prennent du recul pour s’attarder sur leur irradiation ou leur réapparition dans l’existence ultérieure des principaux concernés. Pour la plupart, à l’exception notable de la première nouvelle, elles se déroulent aux USA et concernent un américain moyen plutôt blanc, entre deux âges, pas vraiment fortuné et dans une situation affectueuse plutôt instable.

    Chacune des nouvelles baigne dans une atmosphère triste et mélancolique qui embrasse parfois des paysages pauvres, désolants, en hiver ou dans des coins reculés. La sensation d’échec est grande dans chacune des situations décrites qui ont souvent un caractère irrémédiable et qui laissent un vrai goût d’amertume. A quelques exceptions près, Russell Banks ne fait jamais dans le sensationnel, ni dans la totale noirceur, il y a beaucoup de subtilité dans la mise en scène de ces moments de vie, dans ces retours en arrière et beaucoup de finesse dans la description des états des différents personnages.

    Un bon recueil de nouvelles qui n’en est pas pour autant complètement égal et entièrement maîtrisé, chose par ailleurs extrêmement difficile avec le genre.

    Plutôt bon.

    Pour le détail des nouvelles :

    Introduction : Une première « nouvelle » autobiographique en forme d’introduction dans laquelle Russell Banks se sert des récits mythomanes de sa mère pour essayer d’expliquer son goût pour la fiction et un peu de son art. En fait c’est un récit qui ne sert pas de réelle introduction à ce recueil de nouvelles en particulier et qui trouve difficilement une cohérence avec les autres nouvelles. Sans compter qu’il est plutôt qelconque…

    Djinn : Cette nouvelle, la seule à se dérouler hors des USA, est également un peu à part dans le recueil. Elle démarre plutôt lentement avant de donner toute sa mesure, notamment dans un final un peu ahurissant. Elle allie un côté spectaculaire et marquant à un propos finalement subtil, à un bouleversement intérieur radical. Intéressante et marquante.

    Moments privilégiés : Une nouvelle finalement assez quelconque qui raconte la rupture définitive d’un père divorcé et sa fille partie vivre ailleurs avec sa mère. Un peu lente, un peu abrupte dans sa chute, pas forcément subtile, la nouvelle raconte la prise de conscience brutale de la mascarade des moments privilégiés de rencontre entre ce père et sa fille.

    Assistée : Pas la meilleure des nouvelles non plus. Un fils et sa mère maintenant dans le quatrième âge reviennent sur un déménagement marquant de nombreuses années avant. Ils n’en ont pas la même vision, cette dernière déterminant un regard plus global sur l’existence de la mère et le comportement du père de son fils.  Un final peu enthousiasmant et une nouvelle un peu terne.

    Les plaines d’Abraham : Peut-être la meilleure du recueil. Elle comporte une belle chute, une bonne mise en scène narrative et un côté spectaculaire qui n’éclipse pas pour autant son esprit mélancolique et triste, une certaine beauté mêlée à l’ironie de la situation.

    Le maure : Bonne nouvelle. De facture classique, elle relate la rencontre fortuite entre deux anciens amants des années après. Retrouvailles hésitantes, jeu de mensonges sur le passé et sur le présent, quelque chose d’un peu mélancolique mais de très beau, accentué par la différence d’âge entre les deux protagonistes. Le temps passe trop vite et est sans pitié…

    Juste une vache : Nouvelle plutôt classique aussi qui représente bien l’esprit du recueil. Un moment charnière, un peu tragi-comique et brusquement, une réalité morne et pauvre qui est découverte, un aspect pathétique qui pousse cet homme et sa femme vers une issue sans doute inéluctable et crainte. Banale histoire de couple, subtilement racontée.

    Noël : Une nouvelle assez courte mais plutôt dense. Tout en non-dits qui se résument en un coup de poing qui rompt le fil ténu qui maintenait artificiellement le récit amoureux du personnage principal. Nouvelle de la faille, elle est aussi tranchante que déroutante.

    La visite : Une nouvelle assez classique, mais convaincante, sur un thème et un mode qui n’ont rien d’originaux. Un homme revient sur les lieux de son enfance qui restent les mêmes sous une superficielle couche de vernis et de travaux. Il revit un moment pivot de son histoire lors duquel il n’a pas su, pas voulu cacher la tromperie de son père envers sa mère. Douleur, tristesse, mélancolie sont omniprésents tout en étant souterrains.

    La soirée du homard : La dernière nouvelle du recueil est assez énigmatique. Elle comporte les ingrédients de toutes les autres mais avec un aspect surréaliste et spectaculaire qui la rapproche de la première Djinn alors qu’elle est différente dans son propos. Une nouvelle plus complexe qu’elle en a l’air et qui laisse un goût d’incertitude sur le propos, les personnages. Pourquoi Stacy a-t-elle tué Noonan au fait ?

  • L’héritage d’Esther – Sandor Marai

    esther.jpgDès les premières pages de l’héritage d’Esther, le lecteur est pris dans une étrange et sombre atmosphère d’inquiétude, d’excitation, de fatalité et de violence sourde. Lajos revient, aujourd’hui, vingt après son dernier passage en ces lieux. Et tous les personnages de s’interroger sur ce retour. Pour quoi faire ? Que veut-il ? Les souvenirs affleurent à la mémoire des personnages et les supputations vont bon train. Un suspens diffus est rapidement installé.

    S’il y a personnage marquant dans ce livre, c’est bien celui de Lajos autour duquel tout tourne (y compris Esther). C’est un menteur, un voleur, un escroc, de la pire espèce, de ceux qu’on n’arrive pas à haïr complètement, à qui l’on trouve des excuses et qui sont attachants d’une façon ou d’une autre, comme soumis à d’autres règles. C'est un des éléments les plus intéressants de l'héritage d'Esther. Cet homme, lâche et séducteur a joué un tour à tous les personnages du livre mais surtout à Esther, l’héroïne éponyme à qui il a tout pris et surtout l’essentiel : le souffle de vie.

    Lajos est le seul homme qu’Esther a aimé et il l’a laissée comme cette maison qu’elle habite, seule, vieillissante, au bord de l’effondrement, avec sa splendeur et sa grandeur derrière elle, avec Nounou, une vieille gouvernante comme compagne. Esther ressasse le passé et ses faillites, dessine un déclin auquel elle a au fond consenti. Elle apparaît comme une figure classique au milieu de ce qui est une tragédie.

    Le style de Sandor Marai est sobre, racé et lui permet de dessiner avec subtilité un huis clos qui culmine dans la confrontation de Lajos avec Esther. En finalement peu de mots, avec un sens certain de l’implicite et du non-dit, le passé est omniprésent tout au long du roman. Il contribue à cette ambiance tendue dans laquelle les personnages principaux réévaluent leurs certitudes, rejouent leurs drames et finalement essaient de régler leurs comptes, de terminer convenablement quelque chose entamé il y a vingt ans.

    L’occasion pour Sandor Marai de nous dire que nous n’en avons peut-être pas aussi facilement fini avec le passé que nous le croyons, qu’il y a aussi une certaine dignité dans la capitulation, que le destin peut avoir quelque chose d’inéluctable ou une force tragique à laquelle nous finissons par nous plier avec résignation. Il y a quelque chose de profondément nostalgique et crépusculaire dans ce livre

    Dotée d’une certaine élégance stylistique, de personnages principaux forts, d’une ambiance singulière, la mécanique huilée de l’héritage d’Esther fonctionne bien sans qu’il n’y ait besoin de crier au chef d’œuvre non plus. Elle incite à découvrir encore plus Sandor Marai.