08.10.2009
Carton Jaune – Nick Hornby
Si vous n’aimez pas le football, si vous n’y comprenez rien et trouvez incroyable la passion qu’il provoque, ce livre n’est certainement pas pour vous, passez votre chemin. Peu importe que Nick Hornby essaie aussi d’expliquer la fièvre du football, sa fièvre aux néophytes, aux sceptiques. Je crois vraiment que pour totalement apprécier Carton Jaune, il est préférable d’être un amateur de ballon rond. En effet, Carton Jaune est l’autobiographie d’un fan d’Arsenal. L’intérêt du livre ne réside pas dans l’existence de Nick Hornby, narrée sur plus d’une vingtaine d’années : sa famille divorcée, ses relations avec son père, sa belle-famille, ses premiers amours pathétiques, son parcours scolaire moyen, ses orientations professionnelles hasardeuses, ses crises existentielles, ses désirs d’écriture, son adhésion à la classe moyenne, etc. de la province anglaise à Londres. Tous ces éléments qui n’ont rien d’original ne prennent valeur que par leur traitement original à travers le prisme du football.
Il est dingue de voir comment le ballon rond est entré dans la vie de Nick Hornby et a tranquillement pris le fauteuil principal pour régenter toute sa biographie qu’il déroule en parallèle de l’histoire du club d’Arsenal. Carton Jaune est un livre intéressant lorsque Nick Hornby explique sa passion, son amok, du football. Il raconte sa difficile condition de supporter, d’une certaine façon une ascèse, qui demande d’insensés sacrifices de toutes sortes. Il faut dire qu’il est de ceux qui ne ratent pas un match, de ceux qui peuvent en parler des heures sans s’arrêter, de ceux qui en font une philosophie, une métaphore de l’existence, de ceux qui croient qu’il n’a pas d’égal sur bien des plans, de ceux qui sont capables de suivre fidèlement le même club pendant plus de vingt ans et de se rendre au stade tous les samedis, d’effectuer des déplacements, de rater des évènements importants pour un match, de perdre la raison, de déborder de sentiments pour un autre match, etc.
Il n’est pas évident d’écrire sur le sport, d’où la valeur de Carton Jaune. Chaque chapitre est construit autour d’un match d’Arsenal et des évènements qui l’entourent. Suivez l’histoire du club, découvrez là, vivez donc ses grands moments, ses pires aussi, voyez ses personnalités légendaires – Adams, Winterburn, Wright, Graham, Mee -, écoutez son ambiance – Highbury - et à partir de là, réfléchissez sur le football en général. Les supporters, le hooliganisme, le racisme, la logique financière, les stades, les compétitions, la révolution de la TV, etc. Le tout jalonné de moments tragiques ou magnifiques que tout amateur de football connaît : Pelé et le Brésil 70 – la meilleure équipe de tous les temps - ou la tragédie du Heysel.
Je suis passionné de football et je dois dire que rien que pour ça, j'ai apprécié Carton Jaune.
16:12 Publié dans Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, passion
25.08.2009
Un roman Russe – Emmanuel Carrère
Il est difficile de résumer et de définir un roman Russe, parce qu’il est à sa manière une sorte d’ovni littéraire qui dépasse les genres. Il se joue des frontières littéraires pour développer ce qui est à la fois un journal intime, le carnet de bord d’un réalisateur, le récit d’une saga familiale et d’une passion amoureuse. C’est le propre du génie romanesque que de ne pas être simplement figé dans une forme (cf. l’art du roman de Milan Kundera) mais de pouvoir articuler différents éléments, récits dans un collage qui a du sens.
Certains ont vu dans un roman Russe, un nouvel opus de la vague autofiction qui prédomine les lettres françaises récemment et l’ont critiqué. Pour ma part, le genre importe peu au regard de la qualité du livre. Le problème de la majorité des autofictions est surtout que ce sont de mauvais livres, mal écrits, mal construits ou inintéressants. Ce n’est pas le cas d’un roman Russe. Et c’est peut-être le petit miracle d’Emmanuel Carrère. Il raconte l’histoire de sa passion amoureuse avec une certaine Sophie. Une histoire difficile, avec bien entendu des coucheries, des orages, des bonheurs, des différences entre les protagonistes etc. Banal ?
En fait pas tant que ça parce que l’originalité d’Emmanuel Carrère se retrouve dans son écriture. Il s’agit d’une véritable mise à nu. A la lecture de cette histoire, on y sent une dureté, une violence, une noirceur qui sont rares. Emmanuel Carrère est sans concession avec lui-même, avec ce qu’il a vécu. Le lecteur sent qu’il n’y a pas de jeu, pas de légèreté. Il s’agit ici de trifouiller le plus profond des choses, des mots, des pensées. Le mérite de l’auteur est de ne pas faire de son lecteur un témoin éloigné mais presqu’un acteur pris quelque part au milieu des déchirements, des envolées de cette passion complexe. Il y a quelque chose de viscéral et d’essentiel, de nécessaire dans la manière dont ce texte est écrit qui le distingue des autres textes similaires.
D’autant plus qu’excellent romancier, Emmanuel Carrère, mêle cette histoire à celle d’une quête personnelle, une quête identitaire qui est encore plus intéressante à mes yeux. Il essaie de comprendre, de décrypter la fêlure intime qui fait de lui l’homme qu’il est, un écrivain, cet écrivain là. Déchiré, complexe, sombre et envoûtant. Cette quête est un processus de réappropriation d’une généalogie, celle d’une famille de Georgiens que l’histoire et ses grands sabots a poussé à émigrer en France. Suivre l’enquête d’Emmanuel Carrère sur ses origines russes, sur ses grands parents et plus particulièrement son grand père qui se trouve être une personne aussi torturée que lui est un cheminement riche, une fois encore très intime mais aussi très difficile, très âpre. Les sinuosités, les sombres recoins de cette histoire familiale sont exposés et révèlent la face cachée d’une famille. Un traumatisme qui court d’une génération à l’autre est là, tapi. Et à vrai dire, on s’en tape un peu que ce traumatisme concerne aussi Hélène Carrère d’Encausse, la mère de l’écrivain et la secrétaire perpétuelle de l’académie Française. Ce livre vaut plus que ça.
Emmanuel Carrère arrive à faire de la Russie un fil conducteur, un pivot entre sa quête des origines, son problème identitaire et sa passion amoureuse. La Russie est le point de départ du livre et de ces trois sujets. Alors qu’il était parti couvrir l’histoire incroyable d’un prisonnier hongrois resté enfermé pendant cinquante ans dans un hôpital psychiatrique russe à Kotelnitch, s’ouvre sous ses pieds un abîme dans lequel il s’engouffre. Il veut faire un film sur la vie à Kotelnich. La Russie, les voyages pour réaliser ce film entre autres, permettent de tisser des liens entre les trois explorations poursuivies par le livre. La Russie est une pierre angulaire qui lui permet de travailler d’abord, de poursuivre sa quête des origines, de se confronter à lui-même et qui a une importance dans le délitement de son histoire avec Sophie.
Ce qu’il y a de moins intéressant dans un roman Russe, ce sont finalement les passages de « cul » et les longueurs concernant la nouvelle publiée par Emmanuel Carrère dans le monde. Pour le reste, un roman Russe est pour moi une œuvre intéressante, dense et présentant une structure narrative à même d’exploiter ses différents thèmes, et qui offre plusieurs niveaux de lecture. Emmanuel Carrère est un des écrivains français les plus intéressants de ces dernières années et il le confirme.
16:49 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : identité, autofiction, passion
23.06.2009
Un cœur de trop - Brina Svit
Un coeur de trop est-il une simple histoire d’adultère comme les autres ainsi que le pourrait laisser deviner le titre ? Non. Un cœur de trop est un récit un peu plus fort qu'une banale bluette ou une autofiction fadasse à l'eau de rose, loin des platitudes incolores germanopratines.
Lorsque le père de Lila Server meurt, il lui lègue une maison près du lac de Bled en Slovénie, son pays d'origine et un manuscrit: un coeur de trop. Alors qu'elle n'est censée effectuer qu'un bref voyage de funérailles, Lila va rester plus longtemps que prévu en Slovénie car s’y cache une histoire plus forte qui va l’attirer de nouveau vers son pays, vers son passé. Dans le legs de son père se trouve effectivement une vérité difficile mais en même temps un souffle de vie plus fort. Elle redécouvre son père et réveille en elle l'élan de la passion qui avec énergie et force l'éloigne de la vie parisienne rangée qui l'attend auprès de Pierre son mari et de ses enfants.
Avec intelligence, Brina Svit établit un parallèle entre l'histoire du manuscrit du père de Lila et la vie de cette dernière. Elle évoque le mystère des aventures, le désir de vivre, de ressentir l’inconnu, à travers un récit plein d’allant, de rythme et de complicité avec le lecteur. Elle parle d'amour et d'amitié en creusant l'histoire entre Lila, son mari Pierre, qu'elle a arraché à une de ses amies vingt ans plus tôt.
Un coeur de trop est également un récit sur le rapport à l’exil, à la double culture et au recul qui en résulte. Lila Server s'est détachée d'une culture qu'elle retrouve finalement dans des circonstances particulières. Partir, rester, à quoi s'accrocher, renouer, recommencer. Le questionnement sur sa relation à son pays la Slovénie est présent. Le style vivant, direct, ne cesse d’interpeller le lecteur. Un coeur de trop est une lecture simple et rythmée qui tire son épingle du jeu grâce à l’exotisme et à la profondeur du personnage principal, sans oublier qu'un dénouement surprenant lui confère un intérêt supplémentaire.
12:17 Publié dans Littérature Slovène | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adultère, passion
Un guide aveugle et fou - Ahmed Dich
C’est l’histoire d’un jeune maghrébin qui décide de devenir écrivain envers et contre tout. Je vous laisse imaginer la montagne de difficultés que cela peut représenter. Seulement, obsédé par son désir de réussir son rêve, Ahmed Dich ne lâche rien et accepte d'aller de galère en galère. Il raconte la misère du quotidien de l'apprenti écrivain qu'il est, les petits boulots pour vivre, les anecdotes - celle avec Lucchini vaut son pesant de cacahuètes - pour percer dans un milieu difficile et hostile.
Le guide aveugle et fou du titre, c'est l'écriture, qui conduit l'existence d'Ahmed Dich. Ce livre est un témoignage brut qui possède une force d'attraction étonnante. Il y a une telle fraîcheur de ton, une telle naïveté ou innocence - comme vous voulez - dans la foi en l'écriture et en l'amour que c'en est vraiment touchant. AHmed Dich apparaît dans son récit comme un personnage entier, habité par sa vocation et entraîné dans une série d'aventures qui font d'un guide aveugle et fou, aussi un roman d'apprentissage.
Un apprentissage douloureux qui connaît son paroxysme au moment où la passion amoureuse d'Ahmed Dich pour Jenny, celle qu'il considère comme la femme de sa vie, se heurte d'une certaine façon à sa vocation. Tout lâcher, tout abandonner, tout subir pour ce guide aveugle et fou qu’est la littérature ? Jusqu'à sacrifier Jenny, l'amour, la vie normale ? Un guide aveugle et fou est plus qu'un banal récit de galères et d’ambition. Un livre simple, sincère et brut, vibrant de passion pour l'écriture.
12:11 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, passion, apprentissage
Tours et détours de la vilaine fille - Mario Vargas Llosa
Il n’y a que Mario Vargas Llosa pour parler d’amour et de passion dans un livre avec un tel lyrisme en ce début de XXIème siècle sans passer pour un auteur pour filles ou à l’eau de rose. Tours et détours de la vilaine fille est un livre qui paraît échappé de la vague romantique XIXème siècle. dans ce qu'il a d'absolu, d'intense, de tragique et aussi de kitsch.
Le premier amour de Ricardo au moment de ses premiers émois à Miraflores au Pérou sera le seul de son existence : la vilaine fille. Le livre est tout autant l’histoire d’une passion éternelle que le portrait d’une femme avide d’argent. Car la vilaine fille qui va revenir à fréquence régulière dans la vie de Ricardo est une femme vénale, une petite tigresse sans cœur qui n’a d’autre ambition que d’acquérir la fortune à travers un mariage. La nina mala est une femme sans pitié qui n’a cure des sentiments et Ricardo, l'amoureux transi, ne fait pas exception. Il est une constante dans sa vie dont elle semble apprécier l’honnêteté mais pour lequel elle ne peut abandonner son vice ou sa nature. La folle passion de Ricardo, maladive et tragique à bien des égards, ne lui suffit pas.
Et pourtant ce dernier souffre pour obtenir la vilaine fille, il ne rechigne à aucun sacrifice, aucune douleur n'est assez grande pour assouvir sa soif de cette fille. Tout au long de son existence, de ses voyages, de ses expatriations, la vilaine fille n'est pas loin, quelque part dans son cœur, au fond, quelque part dans son existence, à la marge. L’intérêt de cette histoire tient d’ailleurs d’abord au portrait de cette héroïne hors du commun puis à cette passion surannée.
Comme souvent avec Mario Vargas Llosa, le Pérou et son histoire sont présents. L'élégance de la narration, et le rythme emportent le lecteur. On est quelque fois à la limite du kitsch et quelques aventures sont parfois prévisibles ou un peu trop étirées. Mais peu importe, il y a une telle fraîcheur dans ce livre, une telle passion, quelque chose de si fou et de si attirant qu’on se laisse gagner par le jeu des deux protagonistes, par le lyrisme de Mario Vargas Llosa et on plaint Ricardo qui semble atteint du fameux mal du siècle (mélancolie) et on déteste la fascinante nina mala. Bon moment de lecture. Plaisant.
11:56 Publié dans Littérature Péruvienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passion
Tante Julia et le scribouillard - Mario Vargas Llosa
Tante julia est une jeune divorcée, la mi-trentaine, qui revient au pérou pour se trouver un mari après des années en Bolivie. Peut-elle imaginer que ce sera le jeune Varguitas, son neveu par alliance de 18 ans, qui ne gagne même pas encore sa vie et rêve de devenir écrivain ? Rien, rien ne résiste à cet amour fou qui nait progressivement puis explose en faisant fi des conventions, des différences d'âge, de personnalités, de centres d'interêt, des difficultés financières et des pressions sociales et familiales. Ce n'est pas seulement beau et pur comme un roman à l'eau de rose, c'est fort, intelligent et subtil comme un petit chef d'oeuvre.
Mario Vargas Llosa se joue des clichés avec cette histoire d'amour impossible qui croît dans le secret, puis contre les difficultés, les oppositions, avant de fleurir dans une escapade folle de rebondissements, des péripéties qui la consacrent et clament une victoire du romanesque, de l'épique sur l'attendu, le préjugé, la fade normalité. Autour de ces deux tourtereaux gravitent des personnages consistants qui les aident à faire survivre leur amour mais qui donnent aussi une couleur très locale au roman.
Le roman se contenterait de tout ça qu'il serait bon, mais il est excellent parce que Mario Vargas Llosa fait de Varguitas, un ambitieux de l'écriture. Il peut ainsi aborder les thèmes chers à tout écrivain: la vocation, la peur de l'echec, la vie d'artiste et ses mille misères financières et la reconnaissance arttistique. Surtout, il arrive à mettre en contact Varguitas et son ambition de l'écriture avec un personnage unique: Pedro Camacho, auteur de génie de feuilletons radios qui enchantaient l'amerique latine de cette époque. Pedro Camacho est en quelque sorte une caricature de l'ambition littéraire totale, absolue, de la postérité, de la pérennité de l'oeuvre et du succès. Il permet de poser certaines questions sur l'art et l'écriture et de jouer d'une certaine opposition avec Varguitas.
Mario Vargas Llosa devient tout simplement brillant lorsque tout au long du roman, il décide d'intercaler des chapitres qui sont des exemples de ces feuilletons radios typiques d'amerique du sud et qui sont écrits par Pedro Camacho. Mario Vargas Llosa les parodie un peu tout en soulignant l'importance du phénomène. La fin de l'auteur Pedro Camacho et la lente désagrégation de ses feuilletons au fur et à mesure des chapitres est un pic d'inventivité et une métaphore sur la mort, la valeur d'une oeuvre, la vie d'un artiste, l'obsession d'un certain absolu. Que dire de plus de cette oeuvre qui très vite nous emporte sur ses longues phrases souples ? Que c'est un miracle de narration dans lequel la langue riche et habile ondule, oscille entre la suggestion, la légèreté et l'exagération, l'emphase pour notre plus grand plaisir.
Brillant.
11:47 Publié dans Littérature Péruvienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, passion, écriture
Soie - Alessandro Baricco
Au XIXième siècle, Henry Joncour, marchand de soie, français, est obligé de se rendre au japon, qui sort de son isolationnisme, pour acheter ses œufs de vers à soie en raison d’une épidémie persistante en Europe et au Moyen-Orient. Il y rencontre une autre culture et surtout un drôle d'amour. Quelque chose d’unique, de différent, loin de son mariage ennuyeux avec Hélène: une occidentale mystérieuse au pays du soleil levant. Cette dernière devient l'objet principal de ses voyages et délite l'existence européenne d'Henry qui lui apparaît fade et ennuyeuse. Cet amour est-il possible, partagé ? Quid d'Hélène ?
Soie est une histoire charmante sans être extrêmement originale, qui bénéficie surtout de l'écriture d'Alessandro Baricco. L'auteur italien a une écriture qui permet de sublimer une histoire somme toute simple. Du premier voyage d'Henry Joncour au Japon jusqu'au dénouement surprenant, le livre est parcouru d'un romantisme puissant (parce que naïf ?) qui tire sa force dans la poésie et la musique de l'écriture dont le minimalisme - cohérence avec le japon ? - est une caractéristique. Soie est un livre agréable à lire.
11:32 Publié dans Littérature Italienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passion
Salammbô - Gustave Flaubert
Salammbô est un roman très ambitieux de Gustave Flaubert qui diffère du reste son oeuvre. Avec Salammbô, l'auteur de Madame Bovary s'attaque à l'histoire et plonge dans une Carthage qui vient d'être défaite par Rome. Les mercenaires assiègent donc la ville pour réclamer leurs soldes et se heurtent à la résistance du général Hamilcar. C'est le contexte historique qui révèle l'impressionant travail de Gustave Flaubert. Le livre est extrêmement bien documenté, trop peut-être ? Le lecteur contemporain peut vite suffoquer sous les détails, la méticulosité de l’auteur qui parfois alourdissent le roman, faussent son rythme et noient l'intrigue.
Parce qu'au milieu de cette déferlante d'éléments historiques, Gustave Flaubert a niché l'histoire de la passion de Mathô, chef des barbares pour Salammbô, la fille du général Hamilcar le maître de Carthage. Ambiance, ambiance...D’un lyrisme ébouriffant, débordant de mysticisme, cette histoire d'amour paie le mélange à la chronique historique. Les longueurs et les lourdeurs du récit l'entravent. Salammbô est donc une déception qui ne manque pourtant pas d'intérêt, notamment pour un personnage réussi comme Spendius, l’espiègle esclave manipulateur (Iago es-tu là?) ou encore pour le parfum de mystère autour de l’héroïne éponyme, les grandes batailles épiques de violences et d’atrocités.
11:06 Publié dans Littérature Française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passion, guerre
19.06.2009
Notre pain de chaque nuit - Florent Couao Zotti
Voici l’histoire de Dendjer, enfant de la rue, délinquant sorti de la géhenne par la voie de la boxe. Passionné, violent, Dendjer aurait pu connaître le bonheur en allant au sommet du noble art et en s’occupant de Viko le fils qu’il a eu un soir de légèreté et d'oubli avec Adjoké la vendeuse d’oranges. Mais il n’en est rien parce que Dendjer est lié par une folie amoureuse, un amok charnel avec Nono, la prostituée dont il s’occupe et qu’il aime jusqu’au fond de son être. Seulement, Nono est une femme avide d’hommes et d’argent, une fille vénéneuse à laquelle il ne faut pourtant pas s’attacher, envoûtante par ses charmes démoniaques, maudite dans ses actes, insaisissable.
Ces deux personnages liés par un meurtre dès le début du roman se poursuivent, s'aliènent jusqu’à une issue dramatique. Le livre de Florent Couao Zotti a un rythme enlevé, débordant de verve et de lyrisme dans la langue comme dans les sentiments. Il est facile de coller aux basques de Dendjer le boxeur colérique qui essaie de reconquérir l’amour de Nono la prostituée qui s’est jetée dans les bras d’un richissime et ambitieux député. Peu importent les failles et les insuffisances du roman, notamment en ce qui concerne les meurtres ou l’ascension du boxeur, l’essentiel n’est pas là. Le cœur du roman, c’est la passion romantique brute, maladive associée à l’avilissement sexuel, à la magie de charmes divins qui provoquent la chute de la totalité des personnages, entraînés dans une spirale de la décadence qui exclut morale, sagesse, raison et tradition.
Qu’est ce qui peut résister à la passion et encore plus au sexe – toujours, partout, tout le temps, le sexe - ? Pas grand-chose, pas grand monde dans le roman de Florent Couao Zotti qui a un regard dur, passionné et fasciné sur l’amour et le sexe, ces addictions dont on peut parfois sous estimer l'impact, le pouvoir sur nos frêles existences. Il en profite au passage pour tracer rapidement le portrait d'un Bénin délabré – qu'on peut par facilité étendre à une grande partie de l’Afrique noire – perdu entre corruption à tous les étages, libertinage sexuel inconséquent, vénalité et misère avilissantes, fièvre sauvage et incontrôlée.
Pur et naïf par moments, parfois convenu et simple, violent et intense, empli de passion et de sexe à l’état brut, ce livre vaut le détour.
15:53 Publié dans Littérature Béninoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : passion, sexe
14.05.2009
Daisy Miller - Daisy Miller
Daisy Miller est une jeune américaine, fraîche, ingénue, libre, une bombe dans la société corsetée et guindée de l’Europe du début du vingtième siècle. C'est une femme au charme fou qui échappe aux conventions sociales rigides de son époque. Elle est une promesse de différence, de liberté et de lumière qui fait succomber le très classique Winterburne. Ce dernier entrevoit le grand bol d’air frais salutaire que représente Daisy Miller dans l’air vicié de la vieille europe, dans son environnement rigide et complètement sclérosé. Ce n'est malheureusement pas du goût de tout le monde. Mais peut-on impunément échapper au contrôle social ? Une relation pérenne est-elle possible entre Daisy Miller et Winterburne ?
Henry James est un écrivain sobre, racé, et très classique. Daisy Miller n’est que plus attirante par le pouvoir qu’elle a de dynamiter cette société guindée qu'il décrit et ses conventions. Henry James, dans sa facture très classique, toute en retenue, en accord avec l’univers social qu'il décrit, accentue la fraîcheur de Daisy Miller par le jeu des contraires avec son style. Elle échappe à Winterbourne, à ses mots, à ses détracteurs. C’est une héroïne romantique avide de vivre mais prisonnière d’un monde classique, étouffant sous ses règles. Elle va périr de sa fougue, de son désir absolu d’être libre. Une frêle héroïne. Classique.
14:27 Publié dans Littérature Américaine, Littérature Anglaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, passion

