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pauvreté

  • La chambre n°12 et autres nouvelles – Naguib Mahfouz

    Chambre 12.jpgCe recueil est une création composée à partir de 18 nouvelles issues de d’autres recueils de l’écrivain égyptien prix Nobel de littérature 1988. L’ensemble dégage néanmoins une certaine unité, la plupart des nouvelles sont ainsi construites autour des thèmes récurrents de la vengeance, du meurtre, de la malédiction et de la déchéance.

    Elles dégagent toutes également une certaine atmosphère qui mêle chaleur, poussière, désert, ambiance de quartiers populaires et qui est empreinte d’un certain mysticisme. Elles constituent une vision kaléidoscopique de l’Egypte de la date de parution des différents recueils, entre 1962 et 1984.

    L’ensemble est varié et met en valeur le talent de Naguib Mahfouz pour aborder une multitude de thèmes, généralement autour de la vie de la cité et des valeurs traditionnelles, tout en se renouvelant dans les nouvelles. Celles-ci sont néanmoins plutôt inégales même si plusieurs d’entre elles sortent du lot et font montre d’un art recherché de la chute.

    Certaines nouvelles marquent par leur absurde, leur mise en lumière de la vanité des choses (La mosquée du quartier, Le seigneur et le maître, Handhal et le policier, une parole mal comprise, le désert…), d’autres par leur drôlerie ou leur caractère intrigant (La lettre, la rencontre, la chambre n°12…) alors qu’un peu moins de la moitié tombent à plat (le tueur, contre X, le rêve de minuit, la peur, vague de chaleur…).

    Possible porte d’entrée sur l’œuvre de Naguib Mahfouz.

    OK.

  • L’ambassadeur triste – Ananda Devi

    L'ambassadeur triste.jpgL’ambassadeur triste, ce sont onze nouvelles écrites par l’écrivaine mauricienne Ananda Devi et qui se déroulent pour la grande majorité d’entre elles en Inde. Chacune de ces nouvelles démontre un art maîtrisé de la nouvelle. En peu de pages, Ananda Devi arrive à installer une atmosphère prégnante, à tenir son lecteur en haleine, à dessiner des personnages épais, à faire valoir son sens de la chute et à dire quelque chose d’essentiel. Son savoir-faire est patent dans chacun de ces courts récits qui lui servent à parler de l’Inde.

    Elle y montre une connaissance fine du sous-continent et en parle avec beaucoup de subtilité et de justesse. Elle évoque ainsi l’Inde à travers le regard des étrangers - occidentaux ou non – ou des indiens eux-mêmes et parle aussi bien de la place des femmes dans cette société que de celle du corps dans nos vies ou encore de la violence du quotidien ou de l’extrême pauvreté.

    Parfois, elle se met en scène discrètement, transformant aussi ces nouvelles en journal de voyage d’un écrivain. C’est également une manière pour Ananda Devi de parler d’elle-même, de son activité de romancière mais surtout de son pays – l’île Maurice est en effet peuplée par environ deux-tiers d’indiens. Le tout est mené avec une férocité, une acidité et une ironie qui appuient l’intelligence du propos d’Ananda Devi et le plaisir de lecture.

    Un recueil solide, intelligent. Réussi.

    A découvrir.

  • On achève bien les chevaux – Horace Mac Coy

    mc coy.jpgPublié durant l’entre-deux-guerres, On achève bien les chevaux est un livre témoin de la grande dépression qui a touché les Etats-Unis après le krach boursier de 1929. Le pays était le théâtre d’une grande vague de misère, de spectacles affligeants comme celui des marathons de danse qui sont au cœur du livre. En échange de repas gratuits et d’une prime qui leur permettrait de survivre à cette période de chômage et de pauvreté, des couples acceptaient de danser des heures et des jours jusqu’à total épuisement, sous les yeux d’un public voyeur. Le capitalisme le plus sauvage à l’œuvre : le mercantilisme omnipotent, l’exploitation de l’homme par l’homme dans les conditions les plus déplorables, la place aux instincts les plus vils, bassesse et déchéance.

    Le succès de l’œuvre d’Horace Mc Coy tient essentiellement à la mise en lumière d’une période difficile de l’histoire par l’intermédiaire de ses principaux protagonistes : Robert et Gloria. Ces pauvres hères qui viennent à peine de se rencontrer, chairs à cinéma du mirage hollywoodien, se lancent donc dans un de ses marathons dont l’issue tragique est annoncée en incipit du roman. Le temps que la sentence soit prononcée, chacune des phrases la composant ouvre les différents chapitres, Robert se remémore comment il en est arrivé à tuer Gloria, au bout de la souffrance physique et pour la libérer d’un désespoir qui la rongeait de l’intérieur.

    Pour ma part, j’ai du mal à faire grand cas du livre même si j’en perçois l’intérêt décrit ci-dessus, d’autant plus que la critique d’un système capitaliste ayant mis à genoux une société et ses valeurs me semble particulièrement pertinente de nos jours. Peut-être parce qu’en dépit de sa brièveté, le livre m’a paru aussi long qu’un de ces fameux marathons de danse. Peut-être parce que les péripéties qui meublent les pages en attendant la mort de Gloria ne m’ont pas semblé pouvoir maintenir le souffle d’un récit qui s’étiole malgré un certain suspens. Peut-être parce que nous restons au bord des personnages, pas assez près du désespoir de Gloria, pas assez loin dans la psychologie de Robert. Peut-être parce que le passage à l'acte de Robert est finalement pas très bien amené. Peut-être enfin parce qu’Il est en plus difficile de se raccrocher à une langue d’un intérêt limité, finalement transparente, qui lasse à force de dialogues répétitifs.

    Pas convaincu.