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peur

  • L’Iguifou, nouvelles Rwandaises –Scholastique Mukasonga

    Iguifou.jpgCes nouvelles de Scholastique Mukasonga sont un parfait écho à son livre Inyenzi ou les cafards. Elles auraient pu prendre place dans ce dernier, s’intercaler entre quelques chapitres de l’autobiographie de l’auteur pour donner encore plus de chair –si c’est possible - à son récit. Bien entendu il n’est pas besoin d’avoir lu Inyenzi ou les cafards pour reconnaître la valeur et l’intérêt de ces nouevlles.

    Dans la nouvelle éponyme, l’Iguifou, Scholastique Mukasonga raconte la faim, celle d’une enfant au bord de la défaillance tout simplement parce qu’elle n’a pas assez à manger. Cette faim dont elle nous dit les tourments a pour cadre, la période durant laquelle l’auteur a vécu en tant que déportée ethnique dans la région de Nyamata au Rwanda à la fin des années 50.

    La nouvelle, la peur, essaie de traduire ce que c’est que de vivre dans la peau d’un Tutsi, de ressentir la peur, de vivre avec elle constamment vissée à ses entrailles, parce qu’à tout moment, on peut être la victime d’un Hutu. Après tout, on n’est jamais que des Inyenzi ou des cafards. Scholastique Mukasonga dit comment la peur marque, conditionne envahit tout l’espace mental et reste quelque part nichée dans la mémoire, peut-être pour toujours. Elle en profite aussi pour dire les exactions qui sont à l’origine de cette peur vorace.

    Le malheur d’être belle est à mes yeux, la nouvelle la moins intéressante. Elle raconte l’histoire d’Helena, une fille Tutsi, maudite d’une certaine façon en raison de sa beauté et qui connaît une trajectoire glauque vers les limbes, à base d'exil, de prostitution, d'exactions. Un destin à la Hubert Selby Jr – remember Tralala in Last exit to Brooklyn - façon Rwanda, dimension ethnique en plus.

    Le deuil est une nouvelle qui renvoie à la dernière partie du livre Inyenzi ou les cafards. Elle raconte comment Scholastique Mukasonga a fait face au génocide et au deuil qu’il implique, alors qu’elle était loin de chez elle. Les tourments du deuil et du retour au pays, pour ses morts, ceux dont les noms sont inscrits sur la feuille de papier, c'est la substance de cette nouvelle.

    La gloire de la vache est une nouvelle qui raconte l’importance de la vache dans la culture Tustsi, et donc la tristesse de ces derniers lorsqu’ils se sont retrouvés exilés à Nyamata sans leurs troupeaux. Comme amputés d’une partie d’eux-mêmes, de leur histoire. Le souvenir des vaches a hanté les déportés. Ils ont essayé de transmettre à leur descendance, ce pan de leur culture lié aux vaches. Où l’on comprend que d’une certaine façon, c’était une première mort, une attaque contre leur culture que de priver ces hommes de leur vaches.

    Un recueil de textes qui marquent par une voix qui dit avec simplicité et force, la douleur, la peur, le mal, le deuil, le souvenir.