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rébellion

  • Le peuple n’aime pas le peuple - Kouakou Gbahi Kouakou

    kgk.jpg4 ans que la Côte d’ivoire est plongée dans une paralysie destructive, se putréfiant lentement, avec en suspens la menace d’une guerre civile. En effet, le 29 septembre 2002, une rébellion armée mal identifiée est partie du nord du pays puis s’est emparée de la moitié du territoire avant d’être arrêtée par l’armée française qui s’interpose depuis entre les deux parties. Kouakou Gbahi Kouakou le narrateur, paisible agriculteur aspirant à une vie paysanne et calme, se retrouve du jour au lendemain en territoire rebelle, Béoumi sa ville ayant été annexée. Le voici donc confronté à un évènement extraordinaire qui le dépasse et bouleverse son quotidien, son aspiration à la tranquillité. Que faire ? Il serait bien resté à l’écart de tout ceci, mais généralement l’histoire avec ses gros sabots ne vous demande pas votre avis avant d’essayer de vous piétiner. Devant la violence, l’agressivité des rebelles, notre aventurier malgré lui n’a pas d’autre choix que de partir. C’est le début d’un périple qui va le mener en zone gouvernementale loyaliste vers Abidjan, puis vers le Ghana, pays limitrophe, avant un retour au pays et des pérégrinations entre Abidjan et Béoumi. 


     Pour le narrateur, il s’agit de choisir entre la peste et le choléra. D’un côté, la violence, la sauvagerie, l’anarchie et l’univers du racket enfumé de drogue et de peur du côté de la zone rebelle et de l’autre côté la ferveur xénophobe, la terreur purificatrice, la corruption et l’avidité des patriotes de la zone gouvernementale. Difficile d’être raisonnable et d’aspirer au calme et à la raison dans un contexte pareil. Kouakou Gbahi Kouakou nous dévoile l’univers vicié d’un pays en roue libre, un pays qui a perdu ses valeurs et à la recherche de son identité, d’un avenir, semble livré aux pires démons qui paraissent avoir élu domicile en Afrique, tensions ethniques, délabrement économique, corruption endémique, appauvrissement, SIDA et j’en passe. Il a une perception aigüe des difficultés que rencontre son pays, du flou de son avenir, des causes enfouies dans le passé et des problématiques qu’il doit résoudre.


    Se décrivant comme lâche et corpulent, n’hésitant pas à se mettre en scène, il fait preuve d’un certain humour qui n’éteint pas sa cruelle lucidité et ses discours justes. Ce livre a encore plus de pertinence pour ceux qui ont connaissance de la situation de ce pays mais arrive néanmoins à dépasser ce cadre, notamment lorsque le narrateur se plonge dans des questions existentielles sur ses choix de vie, sur ses perspectives. Dans le désordre ambiant, tout est permis, tout est possible, les portes sont ouvertes à tous les arrivistes, à tous les trafics, à tous les vices, à tous les risques. Faut-il céder à certaines sirènes ? Faut-il s’oublier pour s’adapter ? L’une des questions implicites les plus intéressantes est celle-ci : jusqu’à quel point les circonstances font-elles les hommes ? Jusqu’à quel point peut-on lutter contre les circonstances ?

    Un livre intéressant et drôle, un témoignage touchant aussi par l’affection que porte le narrateur à son pays et à certaines valeurs.