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ruralité

  • Rendez-vous à Crawfish creek – Nickolas Butler

    Rendez-vous-a-Crawfish-Creek.jpgJ’avais été séduit par Retour à Little Wing de Nickolas Butler. C’est avec plaisir que je le retrouve pour Rendez-vous à Crawfish Creek, un recueil de dix nouvelles qui s’inscrivent dans la continuité de son très bon roman. Chacune de ces nouvelles  évoque l’Amérique profonde que Nikolas Butler veut mettre au centre de son œuvre. Elles se passent toutes en milieu rural ou alors dans de modestes centres urbains, dans cette Amérique des grands espaces, des conditions climatiques rudes qui est peuplée de gens de conditions modestes qui galèrent avec un quotidien qui n’est pas des plus aisés.

    Il y a une homogénéité dans ces nouvelles qui sont des tranches de vie qui racontent un monde dur, violent, sans concession où les valeurs positives sont mises à mal, où les protagonistes s’échinent à prendre un peu de plaisir, à s’en sortir, à surnager en rêvant de lendemains meilleurs qui semblent bien lointains… Chacune de ces nouvelles sont de petites comédies humaines qui composent avec richesse une fresque aigre douce dont les points forts illustrent le talent de Nickolas Butler. L’écrivain américain est très doué pour installer rapidement des ambiances très visuelles et très immersives, au-delà des décors. Il esquisse rapidement des personnages bruts, solides et vrais, qu’il fait courir après des destins plutôt tristes autour des grands thèmes de l’amour, de l’amitié, la vengeance, la solitude, la filiation, etc.

    Nickolas Butler arrive à ciseler des nouvelles concrètes, sans fioritures, qui ne sont pas dépendantes de leurs chutes. Au plus près de ses personnages, il sait être prenant et percutant tout en racontant l’ordinaire et le ressenti de cette Amérique qui se sent décrochée, un peu paumée. Un peu de l’Americana.

    Quelques bijoux parmi ces dix nouvelles.

    Bon et plaisant.

  • Pays perdu – Pierre Jourde

    9782266143783.jpgUn pays perdu ? C’est ce à quoi ressemble le petit village du Cantal qui est au centre de ce livre. Pour l’histoire, c’est deux frères qui reviennent dans le village de leur enfance parce que l’un d’eux a hérité d’un cousin. Durant le court laps de temps qu’ils passent au village pour chercher un éventuel magot caché dans la ferme laissée en héritage, se déroule l’enterrement de la fille d’un des habitants, récemment décédée. Le retour au pays natal de ceux qui sont devenus assez tôt des citadins est l’occasion de raconter ce coin, une espèce de bout du monde.

    Il n’y a pas vraiment d’intrigue dans Pays perdu. Pas besoin. Ici, il s’agit juste du portrait du village et de ses habitants. Portraits qui défilent les uns après les autres. Ceux qui pensent que les descriptions n’ont plus d’avenir en littérature en sont pour leurs frais. Pierre Jourde réhabilite l’art du portrait et de la description en se faisant succéder sous nos yeux ébahis, un monde autre. En fait un monde que l’on croyait disparu ou peut-être fantasmé, celui de la ruralité âpre et dure, de la tradition, enfoncé dans une espèce d’immobilisme, vaincu par la désuétude.
    Qu’est ce que  ce pays alors ? Un monde qui se meurt, une réminiscence du passé. Un monde rongé par l’alcool, la promiscuité, la dureté de l’existence. Un décor aride, rustique  froid qui semble écraser les existences du poids du néant, de l’absence d’horizon. Ici les grandes valeurs semblent porter le vice sur leurs dos. Ici, on est buriné, maltraité par la vie mais on la lui rend bien, au moins sur les voisins et les gens de l’extérieur, parce qu’évidemment on n’aime pas les gens de l’extérieur.

    Pierre Jourde arrive à faire exister avec force chacun des habitants de ce village à l’esprit de son lecteur. Leurs petites histoires, leurs manières, leurs traits sont restitués, sans concession, avec justesse. Il les met à nus, ouvre leurs entrailles peu ragoûtantes et livre leurs secrets, leurs maux intimes, leurs failles, leurs défaites. C’est dur, c’est moche mais en même temps il faut reconnaître que ces habitants sont contés avec une langue riche qui d’une certaine façon leur donne un aspect poétique brut, une densité fascinante.

    Pays perdu est un livre intéressant. Il a valu à son auteur de violentes représailles lors de son retour sur les terres de son village qui lui a inspiré ce livre. Certains habitants n’avaient pas aimé ce qu’ils pensaient être leurs portraits.