Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

spiritualité

  • Les Dix Enfants que madame Ming n'a jamais eus - Éric-Emmanuel Schmitt

    madame-ming-a%20vue-oeil.jpgUn riche homme d’affaires français fait à la faveur de son originale technique de négociation qui le conduit bien souvent aux toilettes, la rencontre de Madame Ming, la dame pipi de son hôtel de luxe dans la province de Guangdong où il traite avec des entreprises locales. C’est l’occasion pour le businessman d’échanges inhabituels et privés avec cette femme plutôt originale. En effet Madame Ming en arrive assez rapidement à parler des dix enfants qu’elle aurait eus dans une Chine pourtant soumise à la politique de l’enfant unique. Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité de notre hommes d’affaires, par ailleurs célibataire endurci et rétif à la procréation. Quel est donc le secret de Madame Ming ? Quelle vérité se cache derrière les histoires un peu rocambolesques de chacun de ses enfants qu’elle déroule de manière très linéaire ?

    Voici pour ce qui est du résumé de l’intrigue. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est du genre simpliste. Pas étonnant que le livre soit si bref au point que la maison d’édition ne soit obligée d’utiliser d’une mise en page à même de jouer les cache-misère (police de caractère pour aveugles, espacement et interligne maximaux, etc.). Le livre tient en grande partie sur le mystère de Madame Ming, à savoir si c’est une fabulatrice ou pas et repose donc directement sur son dénouement et sur la découverte du secret de cette femme. Encore faut-il accepter quelques grosses ficelles au niveau de la narration. Cette amitié entre le businessman français et Madame Ming la dame pipi est tout simplement improbable et relève du vœu pieux. Il faut une bonne dose de crédulité pour accepter cette histoire, ses rebondissements et sa conclusion qui sont prévisibles ou en tout cas assez peu subtils. Même pour un « conte philosophique », il faut un peu plus de finesse ou au moins de magie et de maîtrise. Là, c’est un peu gros en plus d’être beaucoup trop cliché.

    En effet, Eric-Emmanuel Schmitt véhicule de la Chine une image d’Epinal. Ce n’est pas possible de nous vendre encore aujourd’hui une chine fantasmée qu’illustre bien le personnage de Madame Ming, une espèce de Confucius déguisée en madame pipi. C’est un personnage plutôt kitsch qui est un peu ridicule à force de s’exprimer en aphorismes pleins de sagesse, de vagues citations que l’écrivain a bien voulu lui mettre dans la bouche. L’aspiration à une dimension spirituelle et philosophique se noie ici dans le sirop de bons sentiments et dans une prose diluée dans le glucose qui ne lésine pas sur la banalité…

    Je ne peux résister à l’envie de citer le texte: « La Chine, c’est un secret plus qu’un pays. Madame Ming, l’œil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi l’européen de passage : nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l’éducation. Elle avait raison…même si je la parcourais, la Chine m’échappait » ou encore « La chine contenait autant de sujets que la Méditerranée de poissons ». Mouais.

    Ce livre qui fait partie du cycle de l’invisible dans l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt, à côté d’autres œuvres qui ont l’air de loin de sentir autant la spiritualité light de supermarché et le sucre écœurant du sentimentalisme le plus larmoyant.

    Je suis peut-être dur mais en résumé, vite lu et vite oublié. Vraiment, aucun intérêt, à part celui de valider à nouveau cette phrase célèbre d’André Gide : « on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments ».