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sport

  • Le meilleur – Bernard Malamud

    9782743629748.jpgLa première fois que j’ai vraiment entendu parler de Bernard Malamud, c’était dans le parlons travail de Philip Roth. J’avais envie de découvrir l’œuvre de cet écrivain sans arriver à dénicher une de ses œuvres, généralement plus éditées. Comme s’il bénéficiait d’une considération moindre de ce côté de l’Atlantique. Ce n’est donc que récemment, à la faveur des rééditions faites par rivages, que j’ai pu me plonger dans le meilleur, premier roman de Bernard Malamud, publié en 1952 et réputé pour avoir influencé Philip Roth ou encore Don De Lillo.

    Roman sur le base-ball, sport américain le plus populaire à cette époque avant de se faire détrôner par le football américain, le meilleur narre le parcours atypique de Roy Hobbs. Pépite à la batte, découvert à la campagne par un recruteur sur la fin, Roy ne connaîtra pas la carrière qui lui semble promise, victime d’un coup du sort. Il reçoit d’une maîtresse passagère une balle dans l’estomac qui va l’éloigner du base-ball une dizaine d’années avant un improbable retour glorieux. A 35 ans, Roy va en effet connaître une saison de rêve qui va le consacrer en super héros capable de transformer une équipe de loosers en prétendants au titre, avant que tout ne finisse mal évidemment.

    Même si vous n’aimez pas le base-ball où que vous n’y comprenez rien, il est possible d’arriver à apprécier Le meilleur mais au prix d’efforts certains. Un petit précis à l’usage des incultes est disponible dans l’édition de rivages, mais il n’est pas suffisant. Le livre est littéralement truffé de passages assez techniques, d’analyses sur des matchs ou des actions qui peuvent perdre les novices et même les plus acharnés. Bernard Malamud rentre dans des détails qui alourdissent le texte et produisent un effet de longueurs et d’ennui.

    Ceux qui auront passé ce premier obstacle non négligeable, découvriront donc une certaine vision du succès et de l’american way of life par Bernard Malamud. Une vision pas forcément reluisante à l’image du monde du base-ball tel que décrit. Parti de sa campagne, Roy arrive à conquérir cette planète sportive grâce à son talent et à sa persévérance. Il surpasse son destin contrarié pour récolter les fruits de ses efforts mais c’est là que ça se gâte... Le succès est une machine infernale qui déverse un flot de récompenses sur ses élus avant de les noyer. Tels des icares, ces héros éphémères se brûlent les ailes aux feux des femmes vénales, de l’argent facile, des couvertures des journaux et des cris du public. Un maelstrom qui finit par les briser et les emporter après avoir dévoilé leurs fêlures et les avoir pervertis et salis.

    Il est dommage que cette critique du rêve américain ne devienne réellement forte et prenante que dans le dernier quart du livre, lorsque Bernard Malamud livre enfin Roy à ses démons et à son destin tragique. Avant ça, outre les longueurs liées au base-ball, beaucoup de moments plutôt inintéressants, vides, les pérégrinations d’un Roy Hobbs qui n’épousent que lâchement, par à-coups, ce schéma descriptif et critique de l’american way of life. Ils sont d’autant plus difficiles à accepter que l’adhésion au style et à la narration de Bernard Malamud n’est pas forcément évidente. Je n’ai pas été vraiment sensible à son rythme accumulant les faits, les gestes et les paroles dans un tourbillon pas forcément limpide. L’humour et les tentatives d’ironie ou de dérision de l’écrivain américain n’ont pas énormément fonctionné non plus. L’ensemble fait un peu daté tout comme les personnages improbables, très « cinéma » (Mémo, Gus, le juge…), pas tristes et qui n’en manquent pas moins d’un peu d’épaisseur – à minima pendant une bonne partie du livre.

    Du base-ball comme allégorie de la vie et du rêve américain par Bernard Malamud ? Une déception avec pas mal de longueurs globalement, pas assez de finesse malgré un excellent final et quelques moments de grâce.

  • Tour de France, Tour de souffrance – Albert Londres

    tour-de-france-tour-de-souffrance-albert-londres-9782842613457.gifEn 1924, Albert Londres a suivi le tour de France pour le compte du journal le Petit Parisien. Ce petit livre est une compilation de ces articles. Pour la petite histoire, ce tour de 15 étapes pour 5 425 km a vu la victoire d'Ottavio Bottechia, premier italien à s’imposer sur la grande boucle. Pour le reste, ce sont des articles courts qui racontent à la fois un tour aujourd’hui disparu et un tour éternel.

    S’agissant du tour disparu, un vent de romantisme, peut-être malvenu, fait frissonner le lecteur. Celui d’aujourd‘hui qui regarde peut-être avec nostalgie cette course barbare du passé, mais aussi celui d’hier qui découvrait une forme d’aventure extraordinaire et d’exploit à travers les mots d’Albert Londres. Un tour de France complètement fou donc avec d’improbables départs nocturnes, des règlements un peu absurdes, des accidents violents et une débrouille permanente: les réparations artisanales des crevaisons, des chaines cassées, la solitude du coureur sans oreillette et j’en passe.

    Sinon une part de ce que décrit Albert Londres peut encore être retrouvée aujourd’hui par les amateurs de la pédale. Déjà le dopage à l’aide de toutes sortes de produits, même si on est vraiment loin de la triste ère de suspicion et de médicalisation malsaine du cyclisme actuel. La ferveur populaire est aussi présente, avec cette admiration sans bornes pour ces gars qui laissent leurs tripes sur la route, mais aussi les excès d’enthousiasme dans le soutien aux coureurs et sur la route du tour, voire une certaine agressivité, la fascination un peu gênante pour la souffrance physique à un très haut niveau.

    Ce n’est pas parce qu’il est consacré au sport et plus précisément au vélo qu’il faut croire que Tour de France, Tour de souffrance diffère des autres livres d’Albert Londres. Avec ces articles, le grand reporter reste inscrit dans sa tradition de dénonciation de la souffrance des hommes, de la violence qu’ils subissent, du système qui la produit. Ce sur quoi s’attarde Albert Londres, c’est vraiment sur la folie d’une entreprise telle que le tour de France pour les coureurs. Dans chacun des articles, il revient sur les conditions de ces « forçats de la route », des passionnés livrés à une mécanique qui les broie physiquement bien sûr, mais aussi mentalement. La course elle-même, le public, l’organisation, le règlement, tout semble concourir à une certaine aliénation et à la souffrance de ceux qui apparaissent comme « de bons gars » sous la plume du reporter.

    Tour de France, Tour de souffrance, c’est du Albert Londres dans le texte : une fausse candeur, un humour un peu grinçant,  un verbe acéré qui n’hésite pas à piquer là où ça fait le plus mal, une posture d’humaniste aussi.

  • Courir – Jean Echenoz

    courir.jpgSceptique après les lectures de Je m’en vais et un an, c’est avec une certaine circonspection que j’ai abordé Courir, le livre de Jean Echenoz consacré au grand coureur de fond des années 50 : le tchèque Emile Zatopek.

    Pour le situer sportivement, le bonhomme, c’est quand même 4 titres olympiques en 2 olympiades, presqu’une vingtaine de records du monde, une invincibilité de six années sur sa distance favorite de 10000 m et jusqu’à ce jour le seul athlète à avoir remporté le marathon, le 5000 et le 10000 m aux jeux olympiques, ce fut à Helsinki en 1952.

    Zatopek, c’est aussi une de ces folles trajectoires que les régimes communistes ont favorisé derrière le rideau de fer après la seconde guerre mondiale. Ouvrier à Zlin, dans la république tchèque profonde, Zatopek connaît l’ascension sociale grâce à ses performances sportives. Les promotions multiples au sein de l’armée jusqu’au grade de colonel, la renommée nationale et internationale, c’est un modèle de héros communiste avant la déchéance qui suit son soutien au socialisme plus humain aux côtés d’Alexander Dubcek en 1968. La suite, c’est donc la radiation de l’armée, la vie d’éboueur et de mineur jusqu’à la rédemption à l’effondrement du mur.

    Cette vie à elle seule suffit à donner de l’intérêt au livre de Jean Echenoz. Elle a quelque chose de romanesque qui a attiré l’écrivain et qui touche le lecteur. Peu importe d’ailleurs que l’écrivain ne soit pas exhaustif, ne se lance pas dans la course aux détails ou aux révélations et avance de manière elliptique. Jean Echenoz s’éloigne délibérément de la biographie classique dans son livre qualifié de roman.

    Jean Echenoz butine dans la vie de Zatopek, il la dessine avec une certaine légèreté qui parfois confine à la négligence tant on a parfois l’impression que l’essentiel est l’accessoire. Ce n’est pas forcément faux, il est important de souligner que la magie du nom joue autant dans le phénomène Zatopek que son image au faciès grimaçant au moment de la course.

    Le ton ironique, parfois moqueur a une fonction double. Il dénude le mythe du formidable athlète de l’est en dévoilant l’homme simple qui est malgré lui entraîné par la trame historique de fond, depuis la seconde guerre mondiale jusqu’aux soubresauts du printemps de Prague. Cette existence singulière dit symboliquement l’absurde et l’horreur qui se sont nichés au cœur même de la machine des républiques socialistes.

    Le tout à un rythme qui rappelle…celui de la course à pied. Et c’est ce qui rend la lecture de Courir, agréable. On est dans une narration à petites foulées régulières, légères, suivant à la trace la vie de cet athlète comme un lièvre.

    Livre agréable, sympathique. Bon moment de lecture en attendant d’aborder donc Des éclairs sur Nikola Tesla ou Ravel.