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  • Délicieuses pourritures – Joyce Carol Oates

    Délicieuses pourritures.jpgDélicieuses pourritures est un roman bref qui confirme le grand intérêt que j’ai pour Joyce Carol Oates depuis que je me suis enfin décidé à la lire avec Viol, une histoire d’amour. Ce roman de campus à l’anglo-saxonne déroule en à peine quelques centaines de pages, une tragique histoire faite de jeunesse, d’amour, d’art et surtout de beaucoup de perversité et d’un peu de folie et d’excès.

    Située dans Catamount College, une université féminine de la Nouvelle-Angleterre au milieu des années 70, l’histoire de l’obsession de la jeune étudiante Gillian Brauer pour son professeur de littérature Andre Harrow n’est pas si originale. A vrai dire son funeste dénouement n’est pas très difficile à deviner et on voit venir la catastrophe très rapidement. Il est pourtant impossible de se détacher du roman.

    Ce que Joyce Carol Oates arrive à faire avec beaucoup de brio, c’est la mise en place et la prolongation jusqu’au bout du livre d’une atmosphère de malaise, de mystère et de perdition qu’elle couple à une tension permanente. Avec un art maîtrisé de la narration, elle délivre en quelques chapitres courts mais denses, le venin du malheur et du pourrissement.

    Joyce Carol Oates interroge la relation entre le maître et l’élève, un rapport qui doit tenir sur un point d’équilibre très fragile. Elle décrit la fascination qui peut naître dans ce cadre universitaire, la main mise psychologique et physique de l’un sur l’autre. Dans un contexte de remise en question des valeurs de la société occidentale depuis la révolution des mœurs de la fin des années 60, la pente de la décadence peut-être plus rude.  

    La voix de Gillian est touchante, sa confession gênante et son texte assez juste pour rendre compte d’un climat toxique et d’une déviance devenue institutionnalisée jusqu’à casser des jeunes filles finalement fragiles et livrées à des bourreaux. Avec la poésie de D.H. Lawrence pour les accompagner…

    Bien.

  • Le roman du mariage – Jeffrey Eugenides

    Le-roman-du-mariage.jpegAu premier abord, on pourrait penser que le roman du mariage est un de ces campus novels qui n’ont que peu d’équivalent en France. Il est pourtant bien plus que cela même si son intrigue se déroule en grande partie sur le campus de l’université de Brown, en Nouvelle-Angleterre dans les années 80. Il n’est pas non plus vraiment un roman sur le mariage en tant que tel malgré son titre qui s’avère donc quelque peu trompeur. Ce roman du mariage est d’abord celui d’un triangle de jeunes amoureux au sortir de l’université. Madeleine, 22 ans au compteur, aime Léonard alors que Mitchell est éperdument amoureux d’elle. Le choix pourrait s’avérer simple si Léonard ne sombrait pas progressivement dans la maladie mentale alors que Mitchell décide de s’enfuir en Inde, lancé dans une difficile quête spirituelle.

    Classique, ce triangle amoureux n’est pas si passionnant dans sa problématique du choix amoureux, d’autant plus que le roman s’étend sur plus de cinq cents pages et que l’époque moderne a relativisé l’impact de ce genre de choix. Son intérêt réside partiellement dans la profondeur donnée à cette problématique du choix à travers le parallèle établi par Jeffrey Eugenides avec le roman du mariage anglais du XIXème siècle. Lire ce roman du mariage, c’est accepter de revisiter les romans de Jane Austen, Henry James, etc. et de les confronter aux modifications, aux évolutions sociales de l’amour, de la sexualité, de la condition de la femme.

    Plus globalement, le roman du mariage est un livre qui a également pour sujet la littérature. Jeffrey Eugenides sait en tirer matière à développement et à enrichissement de son œuvre et de ses personnages mais cela peut peser négativement dans la balance du lecteur avec une appétence limitée pour de telles problématiques. Le roman du mariage constitue donc en tout cas un véritable jeu sur les romans d’amour anglais du XIXème, mais contient également une critique, une moquerie de la période déconstructiviste de l’intelligentsia des lettres de certaines universités américaines dans les années 80.

    La force du roman de Jeffrey Eugenides tient principalement dans la fusion du triangle amoureux de son intrigue dans un roman d’apprentissage complexe qui propose de jeunes personnages denses et attachants et qui les confronte à de profonds enjeux de personnalité et de destin avec une certaine finesse. Pour Madeleine, il s’agit de dépasser son origine sociale bourgeoise, sa soif d’idéal et de se heurter à une réalité bien plus brusque. Du côté de Léonard, c’est l’acceptation et la gestion du talent mais aussi de la maladie maniaco-dépressive dont une brillante description est faite. Concernant Mitchell, c’est le combat contre la recherche de l’absolu et l’exigence féroce envers soi-même qui est en jeu.

    Le roman du mariage excelle ainsi en tant que roman de la fin de l’adolescence et de l’entrée dans l’âge adulte. Jeffrey Eugenides suit un trio qui s’échappe difficilement de sa chrysalide, entame une métamorphose aux violents soubresauts, avec comme horizon la liberté d’agir hors des déterminismes de la génération qui les a précédés et loin de leurs idéaux de jeunesse ou des modèles théoriques issus de la littérature. Bienvenue dans le monde cruel jeunes gens !

    Roman de facture très classique, faisant preuve d’un savoir-faire évident mais long par moments, le roman du mariage séduit par son intelligence, l’épaisseur de ses personnages et par sa finesse psychologique même s’il n’est au final pas si original ni si marquant.

    Solide.