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viol

  • Bêtes sans patrie – Uzodinma Iweala

    9782757868287.jpgDans un pays d’Afrique qui n’est jamais nommé, dans une guerre qui n’est jamais expliquée et dont les détails ou même les grandes lignes demeurent obscures, l’enfant Agu est brutalement expulsé de la réalité de sa petite vie villageoise pour devenir un enfant soldat. Son monde s’est évanoui d’un coup pour céder place à un autre plus cruel, plus violent, plus horrible, plus inhumain.

    Son père mort, sa mère et sa sœur disparues, Agu suit le commandant et sa troupe d’enfants soldats. Il essaie de se faire au quotidien difficile d’enfant soldat, entre violence, faim, inconfort et pillages, massacres, actes insoutenables. Il essaie de se lier d’amitié avec d’autres enfants soldats comme lui, de ne pas se laisser dévorer par la culpabilité et le mal être tout en se souvenant par intermittences de ce que fut sa vie avant cette malédiction.

    Uzodinma Iweala a écrit un livre fort sur les enfants soldats, sur l’absurdité et l’horreur de leur condition. Il a réussi à faire d’Agu, son enfant soldat à l’âge indéterminé, un personnage fort et attachant qui symbolise cette tragédie qui a culminé à la fin des années 90 et qui perdure encore. Il a également réussi un tour de force linguistique en donnant une voix à Agu qui s’exprime dans un anglais pidgin, oral, vivant, imagé, cassé, boiteux, rapiécé et truffé de fautes – bien servi en français par la traduction d’Alain Mabanckou.

    Malgré toutes ses qualités, le livre m’apparaît néanmoins plutôt en deçà du Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma qui est précurseur. Allah n’est pas obligé me semble encore plus brillant que bêtes sans patrie, aussi bien dans la maîtrise narrative, dans le propos sur les enfants soldats qu’au niveau de l’inventivité langagière et la recherche de l’oralité. La contextualisation du parcours de Birahima lui donne une force et un intérêt encore plus grand. Bêtes sans patries souffre donc de la comparaison avec Allah n’est pas obligé mais se révèle meilleur que Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala.

    OK.

  • Viol, une histoire d’amour – Joyce Carol Oates

    viol - une histoire d'amour.jpgLe 4 juillet, fête d’indépendance des Etats-Unis dans la petite ville de Niagara Falls, Tina Maguire, une trentenaire divorcée, rentre avec Bethie sa fille de treize ans d’une fête un peu arrosée. Pour rentrer plus vite, elles passent par le parc de Rocky Point en plein milieu de la nuit. Mauvais choix. Leur vie est changée à tout jamais. Plus rien ne sera pareil après car Tina subit un viol collectif sous les yeux de sa fille et est laissée pour morte dans un hangar à bateaux situé dans le parc. Les agresseurs ? De petites frappes de la ville sous l’emprise de la drogue à ce moment-là et que Tina connait. Voilà comment deux vies sont détruites.

    Ce récit de Joyce Carol Oates est extrêmement puissant. Il prend le lecteur aux tripes dès les premières lignes et ne le lâche plus jusqu’à la fin. Il raconte à travers des scènes étouffantes, tout long de chapitres incisifs, dans un style direct et préservé de tout excès ou de pathos, une tragédie aux multiples tenants. Le livre est parfois d’une dureté difficile à soutenir, brut, dans l’épure. Il interpelle autant le lecteur que les personnages sur ce drame qu’ils vivent et sur l’impact qu’il a sur leurs corps, leurs psychismes et leurs vies. On est au plus près des personnages, immergés dans le poisseux de ce viol et de ses suites, de ses conséquences.  

    Joyce Carol Oates ne s’en tient pas uniquement au viol et aux traumatismes qui y sont liés. Elle interroge le regard de la société sur ce crime et sur la liberté des femmes. C’est ainsi qu’à son procès, Tina Maguire est victime de sa réputation : une femme attirante, mère mais libre, qui aime les hommes n’est-elle pas un peu coupable de ce qui lui est arrivé ? Le poids du cadre du drame prend ainsi un peu plus d’importance. Dans cette petite ville de l’Amérique profonde, il n’est peut-être pas si facile d’être une femme comme Tina Maguire. Tout comme il n’est pas si facile de manquer de moyens. Ce que comprennent ses agresseurs qui s’offrent le meilleur avocat, à prix exorbitant, pour s’assurer d’être acquitté par cette justice quasiment à deux vitesses que Joyce Carol Oates pointe du doigt.

    La critique de la société américaine est féroce en même temps que Joyce Carol Oates démontre une maîtrise de la narration. Elle n’hésite pas à parfois pencher du côté du polar dans le style, dans la conduite de son intrigue et dans son dénouement pour emporter son lecteur. Elle ne laisse pas vraiment la parole à ses personnages mais c’est pour mieux suggérer l’indicible et appréhender l’épreuve du viol. Le titre, provocateur, est aussi révélateur de la volonté critique de Joyce Carol Oates tout comme de la noirceur du roman qui n’épargne rien au lecteur.

    Dur, maîtrisé, efficace. Très bien.

  • Un thé au Sahara – Paul Bowles

    Paul Bowles.jpgAu milieu des années quarante, trois américains, Port, Kit et Turner partent en voyage dans le nord de l’Afrique. Qui sont-ils ? On le sait vaguement au fur et à mesure qu’ils progressent vers le désert, en territoire inconnu. Port et Kit forment un couple de riches artistes désenchantés, en pleine errance psychologique, qui espère que ce voyage va les sauver d’un ennui profond et mortifère. Ils sont accompagnés par leur ami Turner qui est amoureux de Kit. Ce trio amoureux n’arrive jamais à dégager autre chose que du vide, celui de leurs existences. Finalement sans réelle épaisseur, ils ne suscitent qu’un désintérêt, si ce n’est un agacement grandissant au fil des pages. A l’instar des quelques personnages secondaires qui croisent leur chemin.

    Les pérégrinations de Port et Kit dans une Afrique du Nord au sortir de la deuxième guerre mondiale ne compensent nullement le vide des personnages. Paul Bowles les fait pourtant voyager dans des conditions difficiles et dans un milieu potentiellement hostile, mais rien n’y fait. Tout sonne creux et faux, tant ce voyage vers le Sahara est loin de l’esprit de la découverte, de l’aventure ou de la rencontre. Il est pollué par le néant et les préjugés que véhiculent les personnages. A vrai dire, Paul Bowles ne s’intéresse pas vraiment au monde que traversent ses personnages et réduit ainsi le potentiel de son livre à ces derniers et donc à peau de chagrin.

    L’ensemble reste néanmoins peut-être supportable malgré une pluie de clichés jusqu’à la dernière partie du livre et à la mort de Port. C’est là que tout se gâte irrémédiablement. La chute de Kit qui laisse son mari agonisant pour s’enfoncer dans le désert, pour devenir entre autres l’esclave sexuelle d’un bédouin, est parfaitement ridicule. Pas à tant cause de la réalité que Paul Bowles décrit que de la manière dont il le fait. Est-il encore possible de lire pareilles bêtises soixante après qu’elles aient été écrites ? La mise en scène de la folie de Kit est empreinte d’un racisme et d’un sexisme qui laissent pantois même s’ils sont plus que latents dans tout le livre... Qui peut encore accepter cette vision d’une femme, sexuellement accomplie par un exotisme de pacotille auprès d’un arabe et d’un noir, qui est dans l’acceptation – pas loin de l’exaltation…-  de la pure soumission et du viol ? Pas moi.

    Déconseillé. Mauvais, long et ennuyeux.

    PS: A voir ce que ça a donné devant la caméra de Bernardo Bertolucci…