Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

violence

  • Les pêcheurs – Chigozie Obioma

    1466519599_1.jpgAkure, petit village du Nigéria, le milieu des années quatre-vingt-dix, le destin tragique d’une famille modeste composée des parents et de leurs six garçons : Ikenna, Boja, Obembe, Benjamin, David et Nkem. Une famille plutôt heureuse et une fratrie à laquelle les parents essaient d’inculquer une bonne éducation et des valeurs positives afin d’assurer leur avenir. Un édifice d’apparence solide et cohérent qui s’effondre pourtant lorsque le père part gagner son pain dans une ville éloignée du domicile. C’est alors que la famille semble subir le mauvais sort apparemment jeté par Abulu le fou du village et entame une terrible descente aux enfers.

    Véritable saga familiale, les pêcheurs est un roman dense et puissant qui saisit par sa maitrise narrative. Entièrement tendu vers la fatalité de l’effondrement de cette famille attachante, il prend le temps d’installer ses personnages, de les densifier, de multiplier les aventures enfantines et adolescentes alors même qu’il annonce rapidement la tragédie à venir. C’est une lente progression vers le drame qui permet de s’immerger entièrement dans le quotidien de ces jeunes et de leur famille, de s’attacher à eux et de ressentir d’autant plus profondément leur désagrégation et leur tentative de résilience dans la deuxième partie du livre.

    Chigozie Obioma arrive à créer une atmosphère d’insouciance, d’ingénuité, de douceur villageoise qu’il dissout progressivement pour laisser place à quelque chose d’effrayant, de gênant, de triste et de cassé. Le ver est dans le fruit dès le début et le paradis est déjà perdu, la chute inéluctable. L’écriture de Chigozie Obioma est vivante, riche en images, reproduisant sans fioritures le regard de l’enfant à travers les souvenirs de l’adulte, n’hésitant pas à être cru tout en conservant une certaine retenue.

    Si l’auteur nigérian parle essentiellement de la famille, de l’éducation, des rapports entre parents et enfants ou entre les enfants eux-mêmes, il évoque aussi beaucoup le Nigéria et plus généralement l’Afrique des croyances animistes, son opposition avec une réalité qui est partiellement occidentale ou aspire à le devenir. Ce sont ces croyances qui viennent s’imposer à la famille et la faire imploser de l’intérieur.

    A découvrir. Excellent.

  • Bêtes sans patrie – Uzodinma Iweala

    9782757868287.jpgDans un pays d’Afrique qui n’est jamais nommé, dans une guerre qui n’est jamais expliquée et dont les détails ou même les grandes lignes demeurent obscures, l’enfant Agu est brutalement expulsé de la réalité de sa petite vie villageoise pour devenir un enfant soldat. Son monde s’est évanoui d’un coup pour céder place à un autre plus cruel, plus violent, plus horrible, plus inhumain.

    Son père mort, sa mère et sa sœur disparues, Agu suit le commandant et sa troupe d’enfants soldats. Il essaie de se faire au quotidien difficile d’enfant soldat, entre violence, faim, inconfort et pillages, massacres, actes insoutenables. Il essaie de se lier d’amitié avec d’autres enfants soldats comme lui, de ne pas se laisser dévorer par la culpabilité et le mal être tout en se souvenant par intermittences de ce que fut sa vie avant cette malédiction.

    Uzodinma Iweala a écrit un livre fort sur les enfants soldats, sur l’absurdité et l’horreur de leur condition. Il a réussi à faire d’Agu, son enfant soldat à l’âge indéterminé, un personnage fort et attachant qui symbolise cette tragédie qui a culminé à la fin des années 90 et qui perdure encore. Il a également réussi un tour de force linguistique en donnant une voix à Agu qui s’exprime dans un anglais pidgin, oral, vivant, imagé, cassé, boiteux, rapiécé et truffé de fautes – bien servi en français par la traduction d’Alain Mabanckou.

    Malgré toutes ses qualités, le livre m’apparaît néanmoins plutôt en deçà du Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma qui est précurseur. Allah n’est pas obligé me semble encore plus brillant que bêtes sans patrie, aussi bien dans la maîtrise narrative, dans le propos sur les enfants soldats qu’au niveau de l’inventivité langagière et la recherche de l’oralité. La contextualisation du parcours de Birahima lui donne une force et un intérêt encore plus grand. Bêtes sans patries souffre donc de la comparaison avec Allah n’est pas obligé mais se révèle meilleur que Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala.

    OK.

  • Le dîner – Herman Koch

    Le dîner.jpgLa question centrale du dîner, celle sur laquelle le livre est censé tenir, est la suivante : que sommes-nous prêts à faire pour préserver nos enfants ?  Herman Koch nous interpelle: jusqu’où irions-nous pour sauver le futur de nos enfants ? Qu’accepterions-nous de leur part ? Que leur pardonnerions-nous ? Indirectement, l’auteur néerlandais souhaite nous amener à nous interroger sur ce que nous savons vraiment de nos enfants, sur ce que nous leur transmettons comme valeurs à travers l’éducation.

    Cette question pivot n’intervient pourtant vraiment qu’à partir du milieu du livre. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte du véritable enjeu du dîner éponyme qui réunit deux frères et leurs femmes respectives. La comédie de mœurs, qui met en scène une rivalité familiale et des trajectoires opposées, se révèle être un prétexte, une très longue entrée en matière, plutôt ennuyeuse après un démarrage en trombe. Il s’avère finalement difficile de se passionner pour ce professeur d’histoire en disponibilité de son poste qui jalouse son frère qui est tout simplement pressenti pour devenir le futur premier ministre des Pays-Bas. Les situations mises en scène par Herman Koch sont un peu trop mélodramatiques même si elles arrivent à susciter un certain malaise. Le lecteur patiente, essaie de s’intéresser aux protagonistes du dîner pour finalement être déçu après l’exposition des évènements centraux du livre. Le dilemme qui se pose aux participants du dîner tombe finalement à plat, perd progressivement de sa force et de son intérêt car maladroitement exploité. Il n’est en plus pas sauvé par un dénouement précipité, un peu tarabiscoté et d’une crédibilité douteuse.

    La structure narrative qui est calée sur les différentes parties d’un dîner en ville (de l’apéritif au pourboire) apparaît en fin de compte artificielle. Elle pousse Herman Koch à se perdre dans une multitude de détails infimes sur le restaurant et le dîner simplement pour faire mariner le lecteur. La critique des pratiques des grands restaurants jure au bout du compte avec l’importance dramatique des évènements qui sont au cœur de ce livre.

    Pas particulièrement drôle, le dîner arrive à accrocher le lecteur une partie du temps par un certain rythme, un suspens et une tension qui ont néanmoins tendance à s’étioler. Il est dommage qu’il n’arrive pas à exploiter pleinement et avec plus de brio les questions morales qu’il pose. La critique de l’effondrement des valeurs aurait pu être plus percutante.

    Best-seller aux Pays-Bas puis dans le monde.

    Bof.