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Littérature Congolaise

  • Petit Piment – Alain Mabanckou

    petit piment.jpgPetit Piment, héros éponyme du dernier livre d’Alain Mabanckou,  est un jeune orphelin Congolais à la trajectoire malheureuse. Il passe des misères de l’orphelinat de Louango à la galère de la rue et du grand marché de Pointe-Noire, avant de continuer dans la cour de la mère maquerelle « Maman Fiat 500 » et de finalement échouer dans une prison après avoir sombré dans une forme de démence. Triste destin de celui qui n’a jamais eu grand-chose mais qui a fini par tout perdre, jusqu’à la raison.

    Petit Piment est dans la lignée des autres productions d’Alain Mabanckou, utilisant les mêmes ingrédients qui ont fait son succès et sa marque de fabrique. Il y a bien sûr l’inventivité langagière qui fait la saveur de l’écriture de l’écrivain Congolais qui n’hésite jamais à violer la langue Française pour lui faire un bel enfant. Il y a aussi la présence de cette Afrique mixte, à la fois urbaine, moderne, si loin de certains clichés mais en même temps encore attachée aux croyances occultes et à ses coutumes ancestrales.

    Petit Piment est le roman d’initiation d’un jeune congolais sur le mode picaresque avec un enchaînement d’aventures plus ou moins extravagantes et une galerie de personnages plus ou moins fantasques et réussis. Alain Mabanckou profite des tribulations de son héros malheureux pour évoquer en filigrane quelques maux du Congo : la corruption bien sûr, la condition des femmes, les conflits ethniques, la pseudo-révolution socialiste postindépendance, les potentats locaux et j’en passe.

    Si Petit Piment est agréable, mené sur un mode alerte par l’auteur chevronné qu’est Alain Mabanckou, le livre ne tient finalement pas la longueur et laisse un souvenir mitigé. La faute à un rythme qui s’essouffle en seconde et en troisième partie de récit. Une fois quitté l’orphelinat, Petit Piment ne retrouve son éclat, son humour et son intérêt que par intermittences, ses aventures se font moins palpitantes. Le livre est alors desservi par ses ellipses temporelles. Certaines situations, comme la rencontre de Petit Piment avec le docteur qui doit le soigner de sa démence, manquent d’intérêt et sont presque ratées. Si l’écriture libre et maligne d’Alain Mabanckou arrive à faire passer la pilule, c’est le moment où l’on se rend compte que finalement les thématiques sur les maux du Congo ont finalement été survolées et que l’ensemble manque d’épaisseur.

    Au final, un petit Mabanckou.

    Intérêt limité.

  • Tram 83 – Fiston Mwanza Mujila

    tram-83-HD.jpgLe tram 83 est le genre de roman dans lequel l’intrigue n’a au final que peu d’importance. En l’occurrence, il n’y a pas grand-chose à tirer de cette histoire de deux anciens amis qui se retrouvent après des années de séparation dans cette « ville-pays » en sécession et qui y entament une errance marquée par d’interminables virées nocturnes et une chaotique série de mésaventures. A vrai dire, il n’est même pas sûr qu’il y ait tant de choses que ça à dire de ces personnages non plus. Que ce soit Lucien le  jeune écrivain un peu pur qui fuit une répression politique tout en essayant d’écrire et de faire publier son livre ou alors Requiem, son bandit d’ami, un ancien soldat qui est au cœur de tous les trafics de la « ville-pays ».  

    Ce qui compte dans le tram 83, c’est d’abord le lieu et l’atmosphère. Ce fameux tram 83 est le bar symbole où se retrouve toute la population de la fameuse « ville-pays ». C’est là où tout se passe, là où tout se fait et se défait, lieu de débauche, milieu interlope, centre névralgique de toutes les affaires et de tous les trafics, quelque part entre le bouge, le lupanar, le club de Jazz, la taverne populaire. C’est un endroit qui brasse l’hallucinante population hétéroclite et dégénérée de la « ville-pays » : enfants prostituées, travailleurs exploités, activistes de tout poil, bandits de grands et petits chemins, touristes suspects et intrigants, etc.

    L’un des piliers du livre est ce fameux bar qui est donc à priori une allégorie de la ville de Lubumbashi, la capitale minière de la République Démocratique du Congo. En réalité, le tram 83 est bien plus que cela, c’est le portrait fantasmatique de ces villes cruelles (Mongo Beti) d’Afrique, ces monstres que doivent chaque jour dompter, domestiquer leurs populations. Le tram 83 est ainsi un creuset au sein duquel se déforment les aspirations aux bonheurs et aux plaisirs simples des habitants qui se retrouvent mélangés, confrontés à l’omniprésence de la drogue, de l’alcool, de la prostitution, de la violence, de l’arnaque, de l’obsession de l’argent. Bienvenue dans une autre Afrique, loin des images de cartes postales ou d’actualités télévisées.

    C’est par ce regard lucide et dur mais également déformé que le roman de Fiston Mwanza Mujila s’avère original et intéressant. Il se débarrasse des tabous et des clichés pour faire tomber le voile. Et il le fait par le biais d’une langue unique. Il faut s’accrocher pour suivre le Fiston et pour pénétrer profondément dans le tram 83. C’est une langue vive, véloce, qui dans un rythme endiablé et à peine maîtrisé, joue sur les effets d’accumulation, les énumérations, les répétitions jusqu’à saturation. Saturation d’images, de mots, de corps et d’obsessions qui peut laisser K.O. debout le lecteur mais qui ne laisse forcément pas indifférent.

    Tram 83 joue en permanence sur la corde raide et finalement cache derrière son goût du risque et de l’excès, un petit côté inachevé. En effet, le brio et l’inventivité de la langue, tout comme l’imagination débridée de l’auteur autour du tram 83 ne suffisent pas à faire du livre un chef d’œuvre. Ils ne le portent pas jusqu’au bout, s’essoufflant par moments, tournant parfois à vide ou donnant l’impression d’une fuite en avant. En réalité, le livre manque de figures fortes, ce que ne sont ni Requiem, ni Lucien, ni les autres personnages du livre qui sont en fait à peine des hologrammes. Lucien, double de Fiston Mwanza Mujila et sa pose idéaliste d’écrivain qui rêve de sauver le monde et toute la « ville-pays » et le tram 83, sont un peu artificiels, tout comme le mauvais génie et les malversations un peu burlesques de Requiem. Leurs péripéties sont aussi rapidement oubliées, tout comme le sous-texte politique du livre par rapport à la sécession de la « ville-pays » et à son général gouverneur.

    Original, énergique, avec une langue inventive et un univers singulier, mais finalement inabouti.

    Qu’en restera-t-il vraiment du Tram 83 ?

  • Lumières de pointe noire – Alain Mabanckou

    lumiecc80res-de-pointe-noire.jpgVingt-trois ans après son départ pour la France, Alain Mabanckou revient sur les terres de son enfance et de sa jeunesse, au Congo, à Pointe-Noire. Vingt-trois ans, une éternité. Depuis, Maman Pauline, la mère de l’écrivain, fils unique, s’en est allée sans que ce dernier ne puisse revenir et assister à ses funérailles. Tout comme Papa Roger, son père adoptif. Le souvenir des parents disparus de l’écrivain est omniprésent dans ce livre. Avec mélancolie et tendresse, Alain Mabanckou dresse le portrait de ces deux personnes qui ont été au centre de sa vie à Pointe-Noire. Ils sont vivants, tels que l’écrivain congolais les a laissés à son départ, mais aussi bloqués, figés dans cette époque éloignée qui renaît à coups d’anecdotes, d’épisodes plus ou moins marquants, de flashbacks.

    Déambulant dans le décor de son enfance, Alain Mabanckou écrit le livre d’un temps heureux malgré quelques galères et un dénuement relatif. Il est littéralement interpellé par son environnement qui le projette loin en arrière, que ce soient les ruelles du quartier Voungou, l’ancien cinéma du quartier ou les rencontres imprévues avec des parents, d’anciennes fréquentations ou même des inconnus. Tout est bien sûr prétexte au souvenir mais aussi au choc comme dans tout bon roman sur le retour. En vingt-trois ans, certaines choses ont changé, se sont transformées. Les gens ont vieilli, changé, évolué, quand ils ne sont pas morts, et les lieux abritent parfois d’autres histoires, d’autres fonctions, d’autres mémoires. Le constat est toujours le même, difficile : on est bien de retour à la maison, mais plus vraiment, complètement chez soi. Si on n’est pas assez lucide pour l’admettre, on trouvera toujours quelqu’un pour vous le dire ou pour vous le faire sentir…

    Alain Mabanckou évite le piège du sentimentalisme larmoyant dans Lumières de Pointe-Noire grâce à son indéfectible humour et à une certaine distance qui est salutaire pour observer cette ville, ses habitants, mais aussi le passé. Il s’essaye au difficile exercice de la lucidité et affronte avec une certaine humilité, les vivants et les morts, les imprévus et les chamboulements intervenus durant son absence. L’écrivain se fait même moins gouailleur, moins tape à l’œil que dans certains de ses romans précédents. Cela est d’autant plus appréciable qu’il n’en conserve pas moins de la verve et nous gratifie toujours de bons mots, tout comme de nombreuses références populaires – notamment les titres de chapitres qui renvoient à des films connus. Sa science du portrait fait également toujours mouche avec tous ses personnages hauts en couleur qu’il croise. Il en est de même pour son sens de l’observation intact qui lui permet de livrer des réflexions pertinentes sur sa situation présente, sur le retour, sur le Congo actuel.

    Journal intime, reportage, autobiographie, Lumières de Pointe-Noire est un livre attachant qui bénéficie des photos sobres, en noir et blanc, de Caroline Blatche, la compagne de l’écrivain.

    Bon.