23.06.2009

Un fusil dans la main, un poème dans la poche - Emmanuel Dongala

fusil-dans-main.jpgL’Afrique a elle aussi rêvé de révolution et de grand soir. De la lutte pour l’indépendance jusqu’aux désillusions des dictateurs et des putschs, elle a espéré les changements qui devaient la relever de la boue et de la misère du colonialisme pour la conduire vers le développement. Mayéla di Mayéla, le héros d'un fusil dans la main et d'un poème dans la poche est en quelque sorte le symbole de cette génération perdue qui a émergé au sortir des indépendances africaines dans les années 60.

Après des études en Europe, Mayéla di Mayéla part combattre pour l’indépendance du Zimbabwe. C'est un révolutionnaire enflammé qui met en pratique ses idées pour la libération de l'Afrique et la prise du pouvoir. Il voit une autre Afrique, sortie de ces maux interminables qui la ravagent, une Afrique maître de son propre destin, suivant sa propre voie, idéalisée, une Afrique qui n’existe toujours pas. Il parcourt l'Afrique Centrale et traverse différents périples, subissant les affres de la torture et de la prison. Sa quête est récompensée par l'obtention du pouvoir suprême dans son pays après un combat politique acharné.  Mais plus dure est la chute de Mayéla qui trahit ses idéaux de justice et de révolution en se coduisant comme un despote corrompu.

Un fusil dans la main un poème dans la poche est malheureusement une histoire tragique qui s'est avérée banale au carrefour des indépendances. Il est donc dommage que le livre d'Emmanuel Dongala n'arrive que partiellement à convaincre. En effet à la fin du livre, on se rend compte que beaucoup de sujets ont été évoqués, amenés sur le tapis sans être approfondis, emportés dans une succession un peu brouillonne d'évènements, d'actions, de souvenirs, de personnages. Il y a un certain manque de consistance dans le traitement des sujets, dans les personnages qui nuit à la force de l'ouvrage et laisse apparaître quelques passages vides. Reste que le personnage de Mayéla di Mayéla est attachant dans ses doutes, ses rêves, ses combats. Sa fraîcheur et sa naïveté en rajoutent à la cruelle désillusion de l’histoire.

Impression très mitigée au final.

 

10.06.2009

La vie et demie - Sony Labou Tansi

SONY_LABOU_TANSI,_La_vie_et_demie.jpgIl faut s’accrocher avant de lire la vie et demie. C’est une œuvre originale d’un baroque ahurissant. C’est peu de dire qu’on a ici affaire à un imaginaire débridé et à un fantastique survolté qui sont utilisés comme moyen de dénonciation et de critique de la dictature, des régimes sanguinaires et de leurs effrayants despotes officiant sous les chaleurs tropicales de l’Afrique noire. En effet, il faut lire la vie et demie comme une attaque désespérée, une offensive délirante en forme de moquerie, de pied de nez contre l’oppression de ces régimes sans noms.  Le guide providentiel, despote de son état, tue son opposant le plus farouche et emblématique, Martial, qui refuse de s’éteindre définitivement et devient un spectre porteur de malédiction pour les années à suivre. Style oral, narration vivante et rythmée, langue truculente pour un enchaînement de péripéties ahurissantes à la suite, du guide qui essaie en vain de se débarrasser de Martial tout en continuant à persécuter son peuple, de Chaïdana la fille de Martial en quête éternelle d’une vengeance, de sa descendance en opposition perpétuelle pour la libération de tout un pays. C’est un ballet sanglant sur plusieurs générations qui monte crescendo avant d’exploser dans une indescriptible hystérie et de se terminer dans l’oubli et la perte de sens par l’absurde.

Tout au long du livre, il est difficile de se départir d’une impression de folie que confirmerait le rire sardonique de l’auteur émergeant comme par miracle des pages noircies d’encre. Volontiers violent et cru, Sony Labou Tansi crache sur les dérives de l’Afrique et du pouvoir en particulier, sur le colonisateur qui est bien sûr évoqué. Il se laisse aller à une folie, à une logique d’emballement, de chaos et d’absurdité qui malheureusement lâchent le lecteur, le perdent, le lassent bien trop vite. Il est difficile de suivre et de survivre à ce foisonnement de personnages, d’intrigues, de styles qui relève vite de l’explosion tout azimuts. Tout est mélangé et le réel n’existe plus peut-être pour achever de persuader de manière originale le lecteur courageux, que ce que l’auteur dénonce est bien inadmissible et ne doit pas être.

La ruine presque cocasse d’un polichinelle - Mongo Beti

little_4898.jpgMor-Zamba le vieux prudent, Jo le jongleur le hâbleur et Evariste le sapak érudit. Trois figures originales qui donnent à ce roman d’aventures, un souffle inépuisable. Le jeu constant autour de ces personnages apparemment contradictoires captive le lecteur. Il  rythme les aventures rocambolesques de ces héros pathétiques partis libérer le village de Mor-Zamba d’un tyran grabataire, de son fils violent et de leur âme damnée, un despotique curé français. C’est une épopée comique qui se permet d’aborder quelques thèmes chers à la littérature africaine, notamment la colonisation, le rapport à l’occidental, la tyrannie. Les épisodes rocambolesques de cette incroyable aventure de libération se succèdent joyeusement sans laisser une seconde au lecteur avec mille rebondissements, retournements de situation conduits de main de maître par l'auteur. Une régalade entraînante servie avec une faconde magistrale, la langue est foisonnante, riche, colorée, exotique. Plaisant.

12.05.2009

Verre Cassé - Alain Mabanckou

verre cassé.jpgVerre cassé est un client assidu du crédit a voyagé, une échoppe perdue quelque part au Congo. Depuis qu’il a parlé de Charles Bukowski à son ami et propriétaire des lieux, ce dernier lui a remis un cahier avec injonction d’écrire, persuadé de tenir en Verre Cassé, un émule congolais de ce vieux Hank.

Ainsi donc débute ce livre qui se dévore d’une traite et emporte l’adhésion du lecteur. Affaire de style d’abord, car les superlatifs ne peuvent que s’enchaîner devant la crudité, l’originalité d’une langue foisonnante, créative. De néologismes en jeux de mots, en passant par de très nombreux clins d’œil à la littérature, à l’histoire et à un fonds culturel mondial commun évident (un peu trop ?), l’auteur crée une façon unique de dire dont les racines sont puisées dans le parler courant de la plupart des pays africains francophones. Il trouve souffle et puissance dans une narration rythmée, survitaminée et entortillée qui ne s’embarasse pas de grand-chose, à commencer par la ponctuation.

Le livre apparaît comme un chaos créateur qui livre d’abord toute une galerie de portraits avec des personnages truculents, hauts en couleurs qui débitent leurs histoires rocambolesques. Les anecdotes, plus amusantes les unes que les autres s’enchaînent dans une atmosphère exotique et étonnante créée par le conteur Verre Cassé. Les tribulations des habitués de ce bar iconoclaste dont la création et l’histoire sont aussi contées finissent par céder place à l’histoire personnelle du narrateur qui mélange le drame, la tragédie et le comique dans un pleurer-rire alors que pointent en arrière-plan quelques colères, quelques réflexions qui ne gâchent rien au plaisir bien au contraire.

Alain Mabanckou a réussi à créer un véritable personnage, une atmosphère, une langue, des histoires qui fonctionnent parfaitement ensemble, saluons son travail. Réussi. (PS: verre cassé serait-il le fruit d'un plagiat ? La polémique est ouverte par Mountaga Fané, juriste, journaliste, écrivain qui accuse)

Voici le dernier jour du monde - Gaston Paul Effa

voici venu.jpgPourquoi a t-il fallu que Gaston Paul Effa se perde ainsi à la fin ? Pourquoi a t-il fallu qu’il choisisse ce faux retournement de situation, cette fausse surprise qui transforme son livre en une espèce de roman policier ou d’action bidon ? Pourquoi a t-il fallu qu'il discrédite d'une certaine manière les thèmes qu'il a abordé par cette pirouette un peu inutile ? Peut-être juste pour trouver une chute. Mais il gâche ainsi une impression plutôt favorable de prime abord. 

C’est dommage parce qu’on rentre très vite dans ce roman, emporté par son argument principal, son style. C’est parlé tout en étant travaillé, on est dans une oralité conquérante, une faconde plaisante, débordante qui nous entraîne avec gourmandise dans l’intrigue. Celle de l’Afrique et de ses maux interminables relatés ici à travers fabien, l’ami du narrateur. Le retour au pays du narrateur marque le début de la déchéance de son ami. Une multitude de péripéties enchaînées avec verve pour dénoncer pêle-mêle - un peu trop légèrement ou à la va vite - la corruption, le népotisme, le militarisme, les enfants-soldats, la responsabilité et l’abandon de l’occident, le sida, la misère. On a parfois la sensation d'un manque d'approfondissement. On est plus dans le zapping, tout est frôlé, effleuré, rien ne reste, rien ne marque, rien n'est vraiment creusé. Du coup une autre sensation, de légèreté, de superficialité, emporte dans l'oubli, tous les thèmes et aussi l'histoire un peu rocambolesque. Dommage.