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Littérature Anglaise

  • Opération Sweet Tooth – Ian Mc Ewan

    Opération sweet tooth.jpgL’Angleterre des années 70 d’Edward Heath et d’Harold Wilson, avant l’avènement de Margaret Thatcher. Déconfiture économique, conflits sociaux et semaine de trois jours… En pleine guerre froide, dans un contexte difficile, les services secrets de sa majesté décident de mener la guerre culturelle contre le communisme et son attrait intellectuel en finançant discrètement de jeunes écrivains. C’est la jeune, belle et insouciante Serena Froome qui est chargée par le MI5 de cette mission secrète auprès du jeune écrivain Tom Haley. Sauf que patatras, elle tombe amoureuse de lui et tout ne se passe pas comme prévu.

    Ian McEwan excelle dans la restitution d’une époque et de son atmosphère. Opération Sweet Tooth n’y fait pas exception avec l’Angleterre des années 70. Celle-ci se trouve aussi bien incarnée dans cette intrigue qui se nourrit un peu à la grande histoire que dans la biographie et les parcours des personnages principaux et secondaires et particulièrement Serena Froome. Cette jeune femme à peine sortie de l’adolescence et qui découvre le monde professionnel mais aussi l’amour après ses études universitaires démontre la capacité du romancier anglais à construire des personnages épais et des histoires complexes en prenant son temps.

    D’une lenteur relative, le roman d’Ian McEwan est autant un roman d’apprentissage de la vie, de l’éveil à la conscience politique et de la confrontation aux ambiguïtés du quotidien et des sentiments, qu’un roman d’amour, un pastiche de roman d’espionnage, une peinture sociale des seventies et une réflexion sur la création littéraire. En cela, il est d’une réelle richesse qui empêche l’intérêt du lecteur de faiblir même si par moments, le livre semble manquer de rythme et présenter une facture un peu trop classique. La maîtrise narrative d’Ian McEwan est néanmoins incontestable dans un livre qui utilise avec assez de justesse les concours de circonstances et interpelle sur le rôle du mensonge et de la manipulation dans notre existence, dans notre quotidien et dans la littérature plus que dans les activités d’espionnage…

    Calibré. OK.

  • Testament à l’anglaise – Jonathan Coe

    testament à l'anglaise.jpegTestament à l’anglaise est un de ces livres impossibles à résumer tant leur intrigue est riche et complexe, fourmillant de personnages et racontant bien plus que des histoires, une époque, un monde. En l’occurrence celui de l’Angleterre post deuxième guerre mondiale et de sa transformation progressive en la société ultra libérale de Margaret Thatcher.  Pour arriver à faire le portrait de cette société anglaise, Jonathan Coe n’hésite pas à naviguer entre les genres romanesques, depuis le faux roman policier jusqu’à la satire sociale ou au récit intimiste en passant par la chronique familiale.

    Au cœur de ce brillant édifice romanesque se trouve donc la famille Winshaw, une perle de l’aristocratie britannique. C’est la putréfaction de cette famille et de sa descendance qui est au cœur du roman. Elle symbolise le pire d’une époque qui va s’abandonner au culte du pouvoir et de l’argent jusqu’à l’écœurement.  Peu importe le mal qu’ils font, les Winshaw ne pensent qu’à eux même et qu’à leur fortune, leur succès, leur pouvoir, leur influence, leur réussite, etc. Au détriment d’une Angleterre qui en subit les conséquences. L’enquêteur Michael Owen remonte le fil de cette famille symbolique sur plus d’une cinquantaine d’années pour raconter comment chacun de ces descendants ont plombé l’Angleterre. Dans le mépris total et l’absence de moralité.

    Osé dans sa construction romanesque qui dévoile progressivement l’entrelacement des personnages et de leurs trajectoires au-delà d’un découpage en apparence simple, Testament à l’anglaise met en lumière le talent de portraitiste de Jonathan Coe. La galerie de membres de la famille Winshaw, si bigarrée, si folle, est extrêmement réussie (le galeriste libidineux, la chroniqueuse incompétente, le politicien véreux, le trafiquant d’armes…). L’auteur anglais s’attaque aux dérives des cercles dominants de son pays et de leur impact sur la société. C’est un roman très moderne et audacieux qui parle de son époque et qui n’hésite pas à se salir les mains pour dénoncer des maux sociétaux qui perdurent (dérive de la finance et du lobby industrialo-militaire, crise sanitaire et sociale, caricature de journalisme, etc.) et que représentent chacun des personnages.

    Jonathan Coe fait le pari difficile mais réussi d’être drôle, souvent de manière grinçante, tout en étant moral et engagé. Il jette un regard acerbe sur la société britannique sans pour autant céder entièrement au roman à thèse ou d’idées. Bien au contraire, Testament à l’anglaise est un bijou de maîtrise narrative, une fresque qui arrive à tenir en haleine le lecteur sur la durée.

    Excellent. A lire.

  • La moitié d’une vie – V.S. Naipaul

    la motié d'une vie.jpgLa quarantaine, la moitié d’une vie, une trajectoire originale, celle de Willie Chandran. Né en Inde d’un père brahmane et d’une mère de basse caste, Willie s’éloigne d’un pays où il souffre de sa condition inférieure qui ne lui offre que peu de perspectives pour l’Angleterre post deuxième guerre mondiale. Bénéficiant d’une bourse, il y part poursuivre ses études supérieures. L’occasion de se confronter à l’exil et aux épreuves de l’intégration, la possibilité de nombreuses expérimentations, notamment sur le plan sexuel, la chance de devenir quelqu’un d’autre, pas simplement un écrivain. Une opportunité que Willie Chandran saisit avant de suivre Ana, une de ses rares lectrices, métisse elle aussi, dans une colonie portugaise d’Afrique jusqu’à l’aube de son indépendance dans les années soixante-dix.

    La moitié d’une vie est un livre assez déroutant. Il se compose de trois parties et se déroule sur trois continents différents (Asie, Europe et Afrique) et à trois moments différents de l’existence de Willie Chandran (enfance, jeunesse étudiante et adulte). Il n’en conserve pas moins une unité autour des thèmes de l’exil, de l’adaptation, de la différence, du métissage, du choc des cultures et de l’identité. Durant la moitié de sa vie donc, Willie Chandran erre, un peu perdu entre deux puis plusieurs mondes, sans savoir exactement qui il est, ni ce qu’il veut vraiment. C’est un le problème du cul entre deux chaises qu’il ne résoudra jamais vraiment. Il est à la fois de plusieurs castes, de plusieurs cultures et de plusieurs modes de vies et cela semble être un obstacle à son plein accomplissement. Peut-être à cause de toute cette mixité en lui, Willie Chandran semble ne pas savoir ce qu’il veut et subit son existence, un peu baladé au gré de ce qui lui semble des opportunités pour essayer de supporter sa condition.

    Le personnage de V.S Naipaul est une création hybride qui lui permet d’explorer tous ses thèmes avec une certaine facilité. Willie Chandran n’est pourtant pas un de ces personnages attachants et aisé à appréhender. D’une véritable complexité, c’est un lâche qui n’arrive pas à complètement prendre sa vie en main et qui n’a en réalité cesse de trahir les autres et lui-même. Peut-être parce qu’il n’appartient vraiment, entièrement, à aucun cercle, aucune société. Il passe un peu à côté de sa vie alors que celle-ci évolue dans des contextes si différents et si originaux. Il permet tout de même à V.S Naipaul de dénoncer le système des castes de l’Inde, de démystifier l’Angleterre des années cinquante et de jeter un regard acide sur le petit monde pathétique et cruel d’une colonie avant sa chute.

    Le livre de V.S. Naipaul n’est pourtant pas totalement convaincant et souffre de certains défauts qui amoindrissent son impact et nuancent sa réception. Tout en économie et en ellipses, le récit de la vie de Willie Chandran manque parfois d’intensité au vu des thèmes abordés. Il y a une distance vis-à-vis de ce personnage principal si singulier qui n’est pas profitable au livre. Par ailleurs, ce dernier s’égare par moments sur des aventures ou des anecdotes insignifiantes et qui l’alourdissent au regard de la grande variété et densité des thèmes abordé. C’est dommage et l’ensemble finit par sembler un peu moins maîtrisé et moins disert sur l’essentiel.

    Au final, une impression mitigée pour un livre qui n’est pas évident à cerner.

    Intrigant.

     La moitié d’une vie a une suite : semences magiques.